Pour la troisième fois en deux ans, le projet d’usine de dessalement d’Ironi Bé, présenté comme une solution majeure à la crise de l’eau à Mayotte, est reporté. Le tribunal administratif de Mamoudzou a en effet suspendu son autorisation environnementale, le temps de régulariser plusieurs irrégularités administratives et techniques. Une décision qui, selon Ouest France, satisfait les associations environnementales locales, mais qui plonge dans l’incertitude les acteurs du secteur et les Mahorais, confrontés depuis près de trois ans à des coupures d’eau quotidiennes.
Ce qu'il faut retenir
- Le tribunal administratif de Mamoudzou a suspendu l’autorisation environnementale du projet d’usine de dessalement d’Ironi Bé.
- Plusieurs irrégularités administratives et techniques doivent être régularisées avant toute reprise des travaux.
- Les associations environnementales se réjouissent de cette décision, tandis que les habitants et les professionnels de l’eau expriment leur inquiétude.
- Mayotte subit des coupures d’eau récurrentes depuis trois ans.
Un projet clé retardé par la justice environnementale
L’usine de dessalement d’Ironi Bé, initialement présentée comme un rempart contre la pénurie d’eau à Mayotte, se heurte à des obstacles juridiques. Le tribunal administratif de Mamoudzou a en effet estimé que l’autorisation environnementale délivrée en 2025 comportait des lacunes, notamment sur l’étude d’impact et la prise en compte des espèces protégées dans la zone côtière. Une décision saluée par les associations comme la Ligue pour la protection de la nature (LPN) de Mayotte, qui dénonçaient depuis des mois les risques écologiques du projet.
« On ne peut pas sacrifier les écosystèmes marins au nom d’une urgence qui, elle aussi, doit être mesurée », a déclaré hier Me Élodie Martin, avocate représentant la LPN. De son côté, la préfecture de Mayotte a indiqué qu’elle travaillait à la régularisation des documents, sans préciser de délai. « Les travaux ne pourront reprendre qu’une fois ces irrégularités levées », a confirmé un porte-parole de la direction de l’environnement.
Mayotte en proie à une crise de l’eau chronique
Depuis 2023, Mayotte fait face à une crise de l’eau sans précédent, marquée par des coupures quotidiennes pouvant durer jusqu’à 12 heures par jour. Les infrastructures existantes, vieillissantes et sous-dimensionnées, peinent à répondre aux besoins d’une population en forte croissance. L’usine de dessalement d’Ironi Bé devait produire 25 000 m³ d’eau potable par jour, soit près de la moitié des besoins actuels de l’île. Son retard aggrave la situation des Mahorais, dont certains dépendent de camions-citernes pour s’approvisionner en eau potable.
« On est épuisés », témoigne Aïcha, habitante de Mamoudzou. « Entre les coupures, les files d’attente aux bornes-fontaines et les prix exorbitants de l’eau en bouteille, on n’en peut plus », confie-t-elle. Les professionnels du secteur s’alarment également : « Sans cette usine, la situation ne peut que se dégrader », a alerté hier le président du syndicat des eaux de Mayotte, Karim Attoumani.
Un équilibre entre urgence sanitaire et préservation de l’environnement
La suspension du projet soulève une question centrale : comment concilier l’urgence de la crise de l’eau avec les impératifs de préservation des milieux naturels ? Les associations environnementales, bien que satisfaites de la décision de justice, reconnaissent la gravité de la situation. « Nous ne sommes pas contre le projet en soi, mais contre la précipitation qui a entouré son autorisation », a expliqué hier un représentant de l’association Nature Océan Indien.
Côté autorités, on assure vouloir trouver un compromis. « Nous étudions toutes les options pour accélérer la régularisation des dossiers, tout en garantissant la protection de la biodiversité », a indiqué le directeur de l’Agence mahoraise de l’eau. Pour autant, aucune date n’a été avancée pour la reprise des travaux. Les Mahorais, eux, attendent des solutions concrètes.
Cette affaire illustre les tensions croissantes entre développement infrastructurel et préservation des écosystèmes, un dilemme qui pourrait se reproduire ailleurs en Outre-mer. Reste à savoir si Mayotte parviendra à trouver un équilibre avant que la crise ne devienne ingérable.
Le tribunal administratif de Mamoudzou a identifié plusieurs irrégularités dans le dossier, notamment des lacunes dans l’étude d’impact environnemental et une prise en compte insuffisante des espèces protégées dans la zone côtière où l’usine doit être construite.
L’usine devait produire 25 000 m³ d’eau potable par jour. Aucune date de mise en service n’est encore envisageable, les travaux étant suspendus jusqu’à la régularisation des irrégularités administratives et techniques.