Alors que le Mexique coorganise la Coupe du monde 2026 avec les États-Unis et le Canada, des collectifs de familles de disparus profitent de la visibilité internationale du tournoi pour dénoncer une crise humanitaire qui s’étire depuis plus de quinze ans. Selon Euronews FR, ces proches, dont les proches sont portés disparus parmi les 133 000 personnes recensées officiellement dans le pays, mènent une campagne intitulée « Mondial des disparus » depuis le 10 mai dernier. Leur objectif : briser l’omerta et forcer les autorités à agir, alors que l’impunité et la corruption gangrènent les institutions.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 133 000 personnes sont officiellement portées disparues au Mexique, selon les chiffres gouvernementaux.
  • Des familles organisent depuis le 10 mai une campagne intitulée « Mondial des disparus » pour mobiliser l’opinion internationale pendant la Coupe du monde 2026.
  • Le collectif FUNDENL, présent dans l’État de Nuevo León, dénonce l’impunité des responsables et l’inaction des autorités malgré l’existence de lois.
  • Les militants ont lancé des initiatives symboliques comme des « cascaritas » (matches de quartier) et une « équipe nationale de disparus » générée par IA pour donner un visage à cette crise.
  • Le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées a conclu à des « indices fondés » de crimes contre l’humanité au Mexique.

Pour Angélica Orozco, porte-parole du collectif Fuerzas Unidas por Nuestros Desaparecidos y Desaparecidas en Nuevo León (FUNDENL), cette campagne n’a rien d’anodin. « Nous menons ce combat depuis plus de 15 ans », explique-t-elle à Eurnevs FR. « Le Mondial des disparus est une série d’actions que nous menons depuis le 10 mai, lorsque nous avons lancé une campagne en onze langues avec la question que nous nous posons toujours : « Où sont-ils ? » ». L’enjeu est de taille : transformer l’attention médiatique mondiale portée sur le Mondial en un levier pour faire reconnaître l’ampleur de la crise des disparitions, souvent éclipsée par d’autres sujets nationaux.

Des actions symboliques pour marquer les esprits

Pour rendre visible leur combat, les familles ont adopté des symboles footballistiques afin de capter l’attention d’un public international. L’une de leurs initiatives les plus marquantes reste les « cascaritas pour les personnes disparues », des matches informels organisés dans les rues des quartiers. « Nous ne pourrons jamais aller à un match de ce Mondial, en raison des coûts et de ce que cela représente », souligne Orozco. « En revanche, nous allons organiser des matches dans la rue, avec les gens, avec le quartier ».

Ces rencontres s’accompagnent de maillots floqués de slogans percutants : « crions pour les disparus comme nous crions pour un but » ou encore « plus de 133 000 disparus ». Les participants brandissent aussi une « sélection mexicaine » particulière, une équipe de 21 personnes disparues dont les visages, générés par intelligence artificielle, apparaissent vêtus du maillot national. « C’est une représentation des plus de 133 000 personnes disparues qu’il y a au Mexique », précise la militante. « À chacune, nous avons attribué comme numéro le dernier jour où la personne a été vue par sa famille ».

À proximité du stade de Monterrey, l’une des enceintes du Mondial, des militants ont installé plus de 150 fiches avec des photographies de personnes disparues. « Le stade de Monterrey pourrait accueillir plus de deux fois le nombre total de personnes disparues au Mexique », rappelle Orozco. « Au-delà des chiffres, ce sont des personnes qui ont un nom, une famille, et que nous continuons de rechercher ». L’objectif est clair : rappeler que derrière chaque statistique se cache une histoire humaine.

Une crise structurelle alimentée par l’impunité

Le Mexique traverse l’une des pires crises de disparitions au monde. Selon les données officielles, le pays compte aujourd’hui 133 000 personnes disparues ou non localisées, un chiffre qui ne cesse de croître depuis des années. Pour les familles et les collectifs, la persistance du phénomène s’explique avant tout par l’impunité. « Nous sommes toujours dans une situation où n’importe qui peut être victime d’une disparition », estime Orozco. « Les mêmes fonctionnaires qui, à l’époque, n’ont pas fait leur travail occupent toujours des postes clés dans la recherche, l’enquête et la sécurité. Ils ne font que changer de siège ».

La militante dénonce également le fait que de nombreux responsables n’ont jamais été jugés ou continuent d’opérer en toute impunité. « Nous avons constaté que beaucoup de délinquants sont toujours libres et ont recommencé à commettre les mêmes crimes qu’en 2010 et 2011 », affirme-t-elle. Cette impunité généralisée crée un climat de terreur : « N’importe qui peut disparaître. Nous avons vu des cas où quelqu’un va au magasin acheter un soda et disparaît ; des jeunes qui sortent à une fête et ne rentrent jamais ; des personnes qu’on enlève dans leur propre maison ». Ces exemples illustrent à quel point la menace plane sur le quotidien des Mexicains, quels que soient leur statut social ou leur lieu de résidence.

La gravité de la situation a été soulignée par des organismes internationaux. Le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées a décidé de porter le cas mexicain devant l’Assemblée générale de l’ONU après avoir conclu à des « indices fondés » de disparitions forcées, susceptibles de constituer des crimes contre l’humanité. L’organisme a également alerté sur l’existence de milliers de fosses clandestines et de dizaines de milliers de restes humains en attente d’identification. Ces constats renforcent la légitimité de la campagne « Mondial des disparus », qui cherche à obtenir une réponse urgente des autorités.

Le Mondial comme levier politique et médiatique

Ces dernières semaines, plusieurs mouvements sociaux mexicains ont saisi l’opportunité offerte par le Mondial pour faire entendre leur voix. Syndicats d’enseignants, organisations de quartier et collectifs de familles de disparus ont multiplié les manifestations et actions publiques, souvent en marge de l’arrivée de visiteurs internationaux. Pour Angélica Orozco, il ne s’agit pas de ternir l’image du pays, mais de rappeler une réalité qui touche des milliers de familles. « Nous voulons que l’État se tourne vers les personnes disparues avec la même attention qu’il accorde à cet événement mondial », déclare-t-elle. « Le Mondial est important, mais ses citoyens et citoyennes devraient l’être encore davantage ».

Elle critique vivement la priorité accordée par les autorités à la projection d’une image positive du pays, au détriment des moyens alloués à la recherche des disparus. « Au Mexique, il existe déjà des lois et un cadre juridique que nous avons obtenus après des années de lutte. Cependant, il n’y a ni plans de recherche ni plans d’enquête. Le Registre national des personnes disparues est un désastre », dénonce-t-elle. Cette carence institutionnelle aggrave la souffrance des familles, déjà confrontées à l’absence de réponses et à l’indifférence générale.

Et maintenant ?

La campagne « Mondial des disparus » devrait se poursuivre jusqu’à la fin de la compétition, voire au-delà, afin de maintenir la pression sur les autorités. Le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées a déjà saisi l’Assemblée générale de l’ONU, mais les conclusions de cette démarche pourraient prendre plusieurs mois. D’ici là, les familles espèrent que leur mobilisation forgera une prise de conscience internationale, tout en exigeant des mesures concrètes : accélération des enquêtes, publication de rapports transparents et condamnation des responsables coupables d’inaction ou de complicité. Reste à voir si la visibilité médiatique du Mondial suffira à faire bouger les lignes.

Au-delà de la dénonciation, la campagne porte un message universel : personne ne devrait être victime d’une disparition. « Les disparitions forcées sont des crimes contre l’humanité et elles affectent l’humanité tout entière », rappelle Orozco. « Nous lançons un appel à l’humanité pour qu’elle regarde ce qui est en train de se passer au Mexique ». Alors que les projecteurs du Mondial éclairent les stades, des milliers de familles mexicaines continuent, dans l’ombre, de chercher un visage, une trace, une réponse.

Il s’agit d’une initiative lancée le 10 mai 2026 par des collectifs de familles de disparus au Mexique, visant à utiliser la visibilité de la Coupe du monde 2026 pour dénoncer la crise des disparitions forcées dans le pays. Elle inclut des actions symboliques comme des matches de quartier (« cascaritas »), des affiches et une « équipe nationale de disparus » générée par IA.

Selon les données officielles, le Mexique compte plus de 133 000 personnes disparues ou non localisées, un chiffre qui fait du pays l’un des plus touchés par ce phénomène au monde.