Selon Euronews FR, la demande croissante en intelligence artificielle et la pénurie de puces mémoire RAM et DRAM alimentent une flambée des prix des ordinateurs portables, smartphones et bientôt des véhicules neufs. Baptisée « RAMaggedon » par les professionnels du secteur, cette crise s’aggrave en 2027 et devrait persister jusqu’en 2028, selon les prévisions du directeur financier de Samsung Electronics.

Ce qu’il faut retenir

  • La pénurie de puces RAM et DRAM s’aggrave en 2027 et devrait durer jusqu’en 2028, selon Samsung Electronics.
  • Les prix des mémoires pour PC et smartphones ont été multipliés par cinq ou six en un an, selon l’analyste Ellie Wang (TrendForce).
  • La demande en HBM (mémoire à large bande passante) pour l’IA a redirigé la production, réduisant l’offre de RAM classique.
  • Les constructeurs automobiles anticipent une hausse des coûts des systèmes embarqués, potentiellement répercutée sur les prix des véhicules.
  • ChangXin Memory Technologies (CXMT), entreprise chinoise, est devenue la société la plus valorisée de Chine continentale lors de son introduction en Bourse à Shanghai.

Une crise provoquée par le virage de l’industrie vers l’IA

La « RAMaggedon », contraction de RAM (mémoire vive) et Armageddon, illustre l’ampleur de la crise des puces mémoire. Elle résulte du basculement des fabricants vers la production de mémoires HBM (High Bandwidth Memory), essentielles pour les serveurs d’IA. Wade Lam, gérant d’In-Technology Services à Hong Kong, constate que ses clients « ne savent pas ce qui s’est passé » face à cette hausse brutale des prix. Son magasin, situé dans le Wan Chai Computer Centre, expose des équipements pour informer une clientèle désorientée par l’inflation des composants.

Les boutiques de ce quartier hongkongais, spécialisées dans les pièces détachées et les gadgets technologiques, subissent de plein fouet cette tension sur l’offre. Ken Tam, responsable de Videocom Computer, une enseigne proposant des PC sur mesure, indique que son chiffre d’affaires a été divisé par deux depuis septembre 2025, lorsque les prix ont commencé à flamber. « Seize gigaoctets de RAM coûtaient entre 300 et 400 HK$ (35 à 45 €) il y a un an, contre 1 500 HK$ aujourd’hui », précise-t-il. Pour lui, la hausse soudaine génère un « blocage psychologique » chez les consommateurs, qui reportent leurs achats ou optent pour des composants moins performants.

Des acteurs asiatiques profitent de la situation

L’analyste Ellie Wang, du cabinet TrendForce, souligne que les prix des mémoires pour PC et smartphones ont été multipliés par cinq ou six en un an. Cette envolée des cours a dopé les valorisations boursières des trois géants du secteur : Samsung Electronics et SK hynix (Corée du Sud), ainsi que Micron (États-Unis). Leur performance reflète l’engouement pour les puces liées à l’IA, notamment les HBM, utilisées dans les centres de données pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle.

Un quatrième acteur, ChangXin Memory Technologies (CXMT), chinoise, a marqué l’actualité en devenant la société la plus valorisée de Chine continentale lors de son introduction en Bourse à Shanghai. « CXMT reste un suiveur en matière de technologies de pointe », tempère James Zhao, analyste principal chez Omdia. Cependant, la pénurie de RAM classique et de DRAM pourrait lui offrir un avantage en tant que nouvel entrant sur un marché contraint par l’offre. « L’environnement actuel pourrait lui permettre de tirer son épingle du jeu », explique Zhao.

Des répercussions dans tous les secteurs

Les constructeurs automobiles anticipent une hausse des coûts des systèmes informatiques embarqués, susceptible de se répercuter sur les prix des véhicules neufs. Cette situation s’ajoute aux défis déjà rencontrés par l’industrie automobile, déjà touchée par d’autres pénuries de composants électroniques. À Tokyo, dans le quartier technologique d’Akihabara, Charles Brousse, graphiste belge et assembleur de PC sur mesure, décrit des prix « à des niveaux ridicules » pour la RAM, les cartes graphiques et les cartes mères. Pour son activité « PC & Chill », il ne préassemble plus les machines pour éviter des coûts prohibitifs, et demande désormais à ses clients d’acheter eux-mêmes les composants avant le montage.

Brousse s’inquiète aussi de l’impact de cette crise sur les habitudes d’achat des consommateurs. « Les gens se tournent vers des ordinateurs portables bon marché, avec une durée de vie plus courte, ce qui alimente un cycle de consommation », souligne-t-il. « C’est d’autant plus frustrant que je suis graphiste, et que l’IA a un impact direct sur ma profession », ajoute-t-il. Pour lui, cette situation est alimentée par une « bulle spéculative » autour de l’IA, dont les retombées sur les prix des équipements informatiques sont tangibles.

Un consommateur hongkongais adapte ses choix

Henry Wong, banquier d’investissement basé à Hong Kong, illustre cette adaptation forcée. Plutôt que d’acheter un nouvel ordinateur portable aux caractéristiques supérieures, il a choisi d’augmenter la RAM de son appareil actuel. « Après avoir augmenté la mémoire, l’ordinateur tourne vraiment bien, et j’ai renoncé à acheter un nouvel appareil », explique-t-il. Son cas montre que, malgré la hausse des prix, certains utilisateurs trouvent des solutions pour limiter l’impact financier.

Cette stratégie reflète une tendance plus large : les consommateurs et les entreprises cherchent à optimiser leurs dépenses dans un contexte où les puces mémoire restent rares et coûteuses. Les revendeurs, comme ceux du Wan Chai Computer Centre, jouent un rôle clé en informant une clientèle souvent désemparée face à l’ampleur de la crise.

Et maintenant ?

D’ici à 2028, la situation pourrait s’améliorer progressivement, à condition que les fabricants parviennent à rééquilibrer leur production entre les mémoires HBM pour l’IA et les RAM/DRAM classiques. Les prévisions de Samsung Electronics suggèrent une aggravation en 2027, mais un retour à la normale reste possible si la demande se stabilise. Les constructeurs automobiles et les assembleurs de PC devront quant à eux composer avec des coûts élevés, potentiellement répercutés sur les prix finaux pour les consommateurs.

En Chine, l’entrée en Bourse de CXMT marque une étape clé pour le secteur, mais son positionnement en tant que suiveur technologique pourrait limiter son impact immédiat. Les analystes restent prudents : la « RAMaggedon » pourrait durer tant que l’engouement pour l’IA continuera de dicter les choix de production des grands fabricants.

La flambée des prix s’explique par une pénurie d’offre liée à la demande massive en mémoires HBM pour l’intelligence artificielle. Les fabricants ont réorienté leur production vers ces composants, réduisant l’offre de RAM et DRAM classiques. Selon Euronews FR, les prix ont été multipliés par cinq ou six en un an, et cette tension devrait persister jusqu’en 2028.

La High Bandwidth Memory (HBM) est un type de mémoire informatique à haute performance, essentielle pour les serveurs d’IA. Elle permet des transferts de données ultra-rapides, nécessaires au fonctionnement des modèles d’intelligence artificielle. Sa demande croissante a provoqué une redirection des capacités de production, réduisant l’offre de RAM classique.