Alors que l’année universitaire 2026-2027 démarre au Portugal, des milliers d’étudiants font face à une difficulté majeure : trouver un logement abordable dans les grandes villes. Selon nos confrères d’Euronews FR, près de 50 000 nouveaux étudiants ont intégré l’enseignement supérieur cette année, aggravant une crise du logement déjà marquée par une offre insuffisante et des prix élevés.
Ce qu'il faut retenir
- 49 991 étudiants ont été admis lors de la première phase du Concours national d’accès à l’enseignement supérieur, soit une hausse de 13,9 % par rapport à 2025.
- La demande de chambres étudiantes a progressé de 27 % au deuxième trimestre 2026, avec des pics à 160 % à Beja et 120 % à Coimbra.
- L’offre de logements a reculé de 11 % à l’échelle nationale, avec des baisses particulièrement marquées à Porto (-43 %) et Coimbra (-48 %).
- À Lisbonne, le loyer médian d’une chambre atteint désormais 550 euros par mois, un niveau inégalé dans le pays.
- Seules 17 974 places sont disponibles dans les résidences étudiantes publiques, pour un besoin estimé à plus de 227 000 étudiants vivant hors de leur foyer.
Une demande en forte hausse, tirée par les nouvelles admissions
Le début septembre marque traditionnellement le coup d’envoi de l’année universitaire au Portugal. Pourtant, pour les nouveaux étudiants, la rentrée s’accompagne d’un défi bien plus complexe que l’inscription aux cours : dénicher un logement abordable. D’après les données de la Direção-Geral de Ensino Superior (DGES), 49 991 étudiants ont été admis lors de la première phase du Concours national d’accès, un chiffre en hausse de 6 092 unités par rapport à 2025 (+13,9 %).
Parmi eux, une majorité doit quitter le foyer familial pour intégrer une université située dans une autre ville. Cette tendance se reflète dans les chiffres de la demande immobilière : selon le portail Idealista, spécialisé dans l’immobilier, la recherche de chambres a bondi de 27 % au deuxième trimestre 2026 par rapport à la même période en 2025.
Des villes comme Beja ou Coimbra enregistrent des hausses de demande record
Si la demande progresse partout, certaines villes connaissent des augmentations particulièrement spectaculaires. Beja arrive en tête avec une hausse de 160 % en rythme annuel, suivie de Coimbra (+120 %) et Porto (+104 %). Dans ces deux dernières villes, « la demande a plus que doublé en un an », souligne Idealista. D’autres municipalités comme Évora, Viseu et Bragança affichent également des progressions « très significatives ».
À l’inverse, Setúbal, Vila Real, Faro, Braga, Castelo Branco et Portalegre sont les seules à connaître un repli de la demande par rapport à 2025. Un phénomène qui pourrait s’expliquer par une saturation précoce du marché ou par des dynamiques économiques locales moins attractives pour les étudiants.
Une offre en berne, des prix qui résistent
Malgré l’afflux de demandes, l’offre de chambres disponibles n’a pas suivi. Selon Idealista, le nombre de logements proposés a même reculé de 11 % au niveau national. Les baisses les plus marquées concernent Porto (-43 %) et Coimbra (-48 %) — deux villes où la demande a pourtant explosé. Résultat : une pression accrue sur les prix dans ces zones déjà tendues.
Côté tarifs, les loyers ont augmenté dans 13 des 20 municipalités analysées. Les hausses les plus fortes ont été enregistrées à Funchal (+500 euros) et Vila Real. Mais c’est à Lisbonne que la situation est la plus critique : la capitale concentre les loyers les plus élevés du pays, avec un prix médian avoisinant 550 euros par mois. Viennent ensuite Funchal (500 euros), Porto (450 euros), Ponta Delgada (430 euros) et Faro (420 euros).
Des chambres à moins de 300 euros ? Un luxe réservé à quelques villes
Pour trouver une chambre à moins de 300 euros par mois, les étudiants doivent se tourner vers des villes comme Leiria, Vila Real, Beja, Viseu, Castelo Branco ou Portalegre. Les localités les plus abordables restent Guarda (210 euros) et Bragança (220 euros), où les prix reflètent une demande et une pression immobilière bien moindres.
À titre de comparaison, un rapport publié en août 2025 par l’Observatoire du logement étudiant indiquait qu’à Lisbonne, le loyer moyen d’une chambre s’élevait à 500 euros, avec des pics à 722 euros. À l’échelle nationale, le coût moyen était alors de 416 euros. Autant dire que les tarifs actuels représentent une hausse significative pour les nouveaux arrivants.
Un marché de la location qui dépasse le cadre étudiant
Si les étudiants constituent le cœur de la demande, ils ne sont plus les seuls à chercher une chambre. Selon Idealista, la location de chambres « n’est plus réservée aux étudiants », mais devient aussi une solution pour des « jeunes en début de carrière » ou des « personnes célibataires ou séparées » incapables de supporter le coût d’un logement entier. « La situation actuelle du marché locatif portugais dans les grandes villes fait qu’il est difficile pour de nombreuses personnes de supporter le coût d’un logement, ce qui fait de la location d’une chambre l’option la plus avantageuse — et souvent la seule possible », explique le communiqué de la plateforme.
Des résidences étudiantes publiques insuffisantes face à la demande
Pour répondre à cette crise, les résidences étudiantes publiques et privées sont souvent présentées comme une alternative. Pourtant, les chiffres sont sans appel : selon le rapport Purpose Built Student Accommodation (PBSA) du cabinet CBRE, il existe seulement 27 700 lits disponibles dans ces structures pour l’année 2026-2027. Or, le Portugal comptait l’an dernier 147 000 étudiants portugais vivant hors de leur foyer, auxquels s’ajoutent 80 000 étudiants étrangers. Le déficit dépasse ainsi 100 000 places.
Le Plan national pour le logement dans l’enseignement supérieur (PNAES), publié en juin 2026, évalue à 17 974 lits l’offre dans les résidences publiques, un chiffre bien en deçà des besoins. Face à ce constat, des initiatives émergent pour tenter de fluidifier le marché.
La crise du logement étudiant au Portugal soulève une question de fond : comment concilier l’attractivité des grandes villes universitaires avec la réalité d’un marché immobilier de plus en plus inaccessible ?
Plusieurs solutions existent : se tourner vers des villes moins chères comme Guarda ou Bragança, consulter la plateforme de DECO Proteste pour des offres institutionnelles, ou envisager des résidences étudiantes privées — souvent plus chères, mais parfois plus disponibles. Les annonces locales et les groupes d’étudiants sur les réseaux sociaux peuvent aussi offrir des pistes.