Alors que le conflit opposant les États-Unis, Israël et l’Iran s’intensifie, le Sri Lanka subit de plein fouet ses répercussions économiques. Selon Le Monde, l’île dépendante à plus de 90 % des importations d’hydrocarbures voit sa fragile reprise, entamée après la crise de 2022, désormais menacée par le blocage du détroit d’Ormuz et la flambée des prix du pétrole. Entre rationnement du carburant, inflation galopante et tourisme en chute libre, la population sri-lankaise paie un lourd tribut à cette situation géopolitique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Sri Lanka importe près de 100 % de son pétrole, rendant son économie vulnérable aux crises régionales, d’après Le Monde.
  • Le détroit d’Ormuz, principale voie d’approvisionnement, est partiellement bloqué depuis le début du conflit en 2026, perturbant les livraisons.
  • Le gouvernement a instauré un rationnement strict du carburant pour tenter de limiter l’impact sur les ménages et les entreprises.
  • L’inflation atteint des niveaux records, dépassant les 50 % en mai 2026, selon les dernières estimations officielles.
  • Le secteur touristique, vital pour l’économie locale, enregistre une baisse de fréquentation de près de 40 % depuis le début de l’année.

Une économie asphyxiée par la dépendance énergétique

Avec une facture pétrolière représentant près de 30 % de ses importations annuelles, le Sri Lanka n’a d’autre choix que de subir les conséquences du conflit au Moyen-Orient. Comme l’explique Le Monde, le détroit d’Ormuz, par lequel transite près du tiers du pétrole mondial, est devenu un point de tension majeur. Les sanctions économiques et les attaques contre les tankers ont réduit les capacités d’approvisionnement du pays, déjà fragilisé par la crise de 2022. Les réserves de change, déjà limitées, ne permettent plus de compenser durablement cette hausse des coûts.

Les autorités sri-lankaises ont dû se résoudre à instaurer un système de rationnement du carburant pour les particuliers et les professionnels. Les files d’attente aux stations-service se multiplient, tandis que les entreprises du transport et de l’agriculture peinent à maintenir leurs activités. Les prix à la pompe, déjà élevés, ont encore augmenté de 20 % en deux mois, selon les données du ministère de l’Énergie.

Inflation et appauvrissement : le quotidien des Sri-Lankais

L’inflation, qui frôle désormais les 55 % en glissement annuel, pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages. Les prix des denrées alimentaires de base, comme le riz ou les légumes, ont explosé, tandis que les salaires stagnent. Les agriculteurs, dépendants des engrais importés, voient leurs coûts de production s’envoler. « Cette situation n’est plus tenable », a déclaré hier Sarath Kumara, président de l’association des petits producteurs agricoles. « Nous ne pouvons plus nous permettre d’acheter des intrants, et nos récoltes s’effondrent. »

Les classes moyennes et modestes sont les premières touchées. Beaucoup renoncent à des soins médicaux ou à l’éducation de leurs enfants, faute de moyens. Les transferts d’argent des travailleurs expatriés, une manne vitale pour l’économie locale, ont également diminué en raison de la crise dans les pays du Golfe, où de nombreux Sri-Lankais sont employés.

Tourisme en chute libre, dernier maillon d’une économie en crise

Le secteur touristique, qui représentait avant la pandémie près de 12 % du PIB sri-lankais, subit un nouveau revers. Les arrivées internationales ont chuté de 38 % sur les cinq premiers mois de 2026, selon le Bureau du tourisme national. Les clients européens et asiatiques, principaux visiteurs, reportent ou annulent leurs séjours en raison des incertitudes économiques et de la hausse des prix. Les hôtels de la côte ouest, comme ceux de Colombo ou de Negombo, affichent des taux d’occupation inférieurs à 30 %, contre 70 % en temps normal.

Cette baisse aggrave la crise des devises étrangères, déjà mise à mal par la chute des exportations de thé et de vêtements. Les opérateurs locaux, désespérés, multiplient les promotions pour tenter de relancer l’activité. « Nous devons faire face à une concurrence accrue », explique Priyanga Silva, gérante d’une agence de voyage à Kandy. « Les touristes dépensent deux fois moins qu’avant, et nous devons nous battre pour attirer ne serait-ce qu’une clientèle locale. »

Et maintenant ?

Les perspectives pour les prochains mois restent incertaines. Le gouvernement sri-lankais, déjà sous pression, pourrait solliciter une nouvelle aide du Fonds monétaire international (FMI), comme ce fut le cas en 2022. Une mission d’experts est attendue à Colombo d’ici fin juin pour évaluer la situation. Parallèlement, les négociations entre les parties prenantes du conflit au Moyen-Orient pourraient, si elles aboutissaient, permettre une réouverture partielle du détroit d’Ormuz. Autant dire que les prochaines semaines seront cruciales pour l’avenir économique du pays.

En attendant, les Sri-Lankais continuent de faire face au quotidien. Entre pénuries et inflation, la résilience des habitants sera mise à rude épreuve dans les mois à venir. La communauté internationale, elle, observe, tout en mesurant l’étendue des conséquences humanitaires de cette crise géopolitique.