Assimi Goïta, le chef de la junte malienne, et Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, ont discuté de la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel lors d’un entretien à Bamako, mardi 28 juillet 2026. Les deux dirigeants ont abordé l’escalade des tensions dans la région, marquée par une multiplication des activités subversives ces deux dernières années. Celles-ci s’appuient notamment sur l’usage de drones et l’envoi de conseillers militaires étrangers. Selon RFI, les dynamiques régionales soulèvent des questions sur l’implication des puissances extérieures, au premier rang desquelles figure la Russie.
Ce qu'il faut retenir
- Assimi Goïta et Bassirou Diomaye Faye ont évoqué la crise sécuritaire au Sahel le 28 juillet 2026 à Bamako.
- Les activités subversives, incluant l’utilisation de drones et de conseillers militaires, se sont intensifiées depuis au moins deux ans.
- Vincent Crouzet, ancien collaborateur de la DGSE, souligne un « mode dégradé » pour les forces russes dans la région.
- La Russie est identifiée comme l’une des puissances extérieures les plus actives, mais d’autres acteurs sont également impliqués.
- Vincent Crouzet a publié un ouvrage, « Le jour où je suis devenu espion », aux Éditions de l’Observatoire.
Une dégradation progressive des capacités opérationnelles russes
Vincent Crouzet, expert en renseignement et ancien agent de la DGSE, estime que les forces russes opèrent au Sahel « en mode dégradé » depuis plusieurs mois. Cette analyse s’appuie sur l’observation d’un recul de leur efficacité opérationnelle, malgré une présence militaire et logistique toujours visible. Selon lui, cette situation reflète une stratégie russe adaptative, mais dont les résultats concrets se font attendre.
L’expert précise que Moscou continue de déployer des conseillers militaires et des systèmes de drones, mais que leur impact réel sur la stabilisation de la région reste limité. « Les Russes fonctionnent en mode dégradé depuis quelques mois, car leurs capacités logistiques et humaines sont mises à rude épreuve », explique-t-il. Pour Crouzet, cette dégradation s’inscrit dans un contexte plus large de tensions internes au Mali et de pressions internationales sur les acteurs étrangers.
Le Sahel, un théâtre d’opérations sous influence étrangère
La crise sécuritaire au Sahel s’est transformée en un terrain de rivalités géopolitiques, où plusieurs puissances extérieures interviennent directement. Outre la Russie, dont le groupe Wagner reste un acteur central malgré son retrait officiel du Mali, d’autres pays comme la Turquie, les Émirats arabes unis ou encore la Chine renforcent leur présence. Ces acteurs apportent un soutien militaire, financier ou sécuritaire aux gouvernements locaux, souvent en échange d’accès à des ressources stratégiques ou d’influence politique.
Les drones, utilisés pour des frappes ciblées ou des missions de surveillance, sont devenus un symbole de cette militarisation croissante. Leur déploiement, souvent opéré par des entreprises privées liées à des États, soulève des interrogations sur le respect du droit international et la souveraineté des pays sahéliens. Pour Vincent Crouzet, cette multiplication des acteurs étrangers « complexifie la donne sécuritaire et rend toute solution régionale encore plus difficile à envisager ».
Un dialogue bilatéral pour une réponse régionale
L’entretien entre Assimi Goïta et Bassirou Diomaye Faye à Bamako illustre la volonté des dirigeants sahéliens de coordonner leurs efforts face à la menace terroriste et aux ingérences étrangères. Le président sénégalais, élu en mars 2024, a fait de la stabilisation du Sahel une priorité de sa diplomatie, tandis que la junte malienne, au pouvoir depuis 2020, cherche à consolider son alliance avec les partenaires internationaux. « La crise au Sahel ne connaîtra de solution durable que si les pays de la région unissent leurs forces », a déclaré Bassirou Diomaye Faye lors de la rencontre.
Pourtant, les divisions persistent. Le Mali, suspendu de la CEDEAO depuis 2022, refuse toute médiation de l’organisation régionale. Le Sénégal, membre actif de la coalition anti-djihadiste G5 Sahel, mise sur une approche plus inclusive, incluant les acteurs civils et les partenaires internationaux. Ces divergences risquent de freiner toute avancée concrète, alors que les groupes armés profitent de l’instabilité pour étendre leur emprise.
Un expert français décrypte les enjeux
Vincent Crouzet, dont l’ouvrage « Le jour où je suis devenu espion » vient de paraître aux Éditions de l’Observatoire, apporte un éclairage rare sur les mécanismes du renseignement et les stratégies des puissances étrangères. Ancien collaborateur de la DGSE, il connaît bien les rouages des services secrets et des interventions extérieures en Afrique. « Le Sahel est devenu un laboratoire des conflits hybrides, où la guerre par procuration et l’influence géopolitique priment sur la stabilité », analyse-t-il dans son livre.
Selon lui, la France, malgré son retrait militaire officiel du Mali, conserve des réseaux d’influence et des partenaires locaux. « Paris reste un acteur clé, même à distance, et ses choix stratégiques pourraient redessiner l’équilibre des forces dans la région », souligne-t-il. Ces dynamiques, combinées aux rivalités entre puissances, laissent peu de place à une solution simple ou rapide.
Alors que la crise sécuritaire au Sahel s’aggrave, les pays de la région et leurs alliés devront faire des choix difficiles. La multiplication des acteurs étrangers, l’épuisement des ressources locales et l’absence de vision commune risquent de prolonger l’instabilité. Dans ce contexte, les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer si une coordination régionale peut émerger, ou si la région sombrera davantage dans le chaos.