Le Parlement cubain a validé, le 18 juin 2026, un vaste plan de réformes visant à ouvrir 176 secteurs d’activité aux acteurs privés, une décision sans précédent dans l’histoire récente du pays, selon Le Monde. Parmi les domaines concernés figurent notamment l’agriculture et le secteur bancaire, deux piliers économiques jusqu’ici réservés à l’État. Cette mesure s’inscrit dans une volonté affichée de moderniser l’économie nationale, en encourageant l’entrepreneuriat et en diversifiant les sources de croissance.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 18 juin 2026, le Parlement cubain a approuvé 176 mesures pour libéraliser l’économie.
  • L’agriculture et les banques font partie des secteurs ouverts aux acteurs privés.
  • Cette réforme vise à stimuler l’entrepreneuriat et à diversifier les sources de revenus de l’État.
  • Les mesures s’ajoutent à une série de réformes économiques lancées depuis 2021.

Une libéralisation inédite de l’économie cubaine

Parmi les 176 secteurs concernés par cette ouverture, plusieurs domaines clés ont été identifiés comme prioritaires. Selon les documents parlementaires consultés par Le Monde, l’agriculture arrive en tête de liste, un secteur où l’État cubain a longtemps maintenu un contrôle strict. Les banques, quant à elles, pourraient désormais accueillir des investisseurs privés, une évolution majeure dans un pays où le système financier reste largement étatisé. D’autres domaines comme le tourisme, les technologies de l’information ou encore les services professionnels figurent également dans cette liste exhaustive.

Cette réforme s’inscrit dans la continuité des changements initiés depuis 2021, lorsque Cuba avait déjà commencé à assouplir certaines restrictions pour les travailleurs indépendants. « Nous entrons dans une nouvelle phase de notre modèle économique », avait déclaré le président Miguel Díaz-Canel lors d’un discours en mai 2026. « L’objectif est clair : attirer des investissements, créer des emplois et améliorer le niveau de vie de la population. » Ces propos résument l’ambition affichée par les autorités, alors que l’île fait face à des défis économiques persistants, aggravés par les sanctions américaines et les conséquences de la pandémie de Covid-19.

Des secteurs historiques encore partiellement protégés

Malgré cette libéralisation sans précédent, certains domaines restent exclus de cette ouverture. Les industries stratégiques comme l’énergie, les télécommunications ou encore la santé continuent de relever du monopole de l’État. Cette distinction s’explique par la volonté des autorités de préserver les secteurs jugés vitaux pour la souveraineté nationale. « Il ne s’agit pas d’une privatisation sauvage », a précisé le ministre de l’Économie Alejandro Gil, lors d’une conférence de presse tenue le lendemain de l’adoption des mesures. « Nous maintenons un contrôle strict sur les activités essentielles, tout en offrant de nouvelles opportunités aux Cubains et aux investisseurs étrangers. »

Les réactions à cette réforme sont contrastées. Si certains économistes saluent une avancée nécessaire, d’autres soulignent les risques d’inégalités accrues ou de concentration des richesses entre les mains d’une minorité. « L’ouverture est une bonne chose, mais elle doit s’accompagner de mécanismes de redistribution », a estimé la chercheuse en économie Saira Pons, interrogée par Le Monde. « Sinon, on risque de creuser encore davantage les écarts sociaux déjà profonds sur l’île. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à publier les décrets d’application détaillant les conditions d’accès aux secteurs libéralisés. Une période de transition est prévue jusqu’à la fin de l’année 2026, permettant aux acteurs privés de s’adapter aux nouvelles règles. Les observateurs s’attendent à ce que les premières licences soient délivrées dès le premier trimestre 2027. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé la création d’un fonds d’investissement dédié à accompagner les entrepreneurs locaux, avec un budget initial de 500 millions de dollars.

Cette réforme pourrait également relancer les discussions avec les partenaires internationaux, notamment l’Union européenne et la Chine, déjà investies dans plusieurs projets à Cuba. Pour l’heure, les autorités cubaines restent prudentes sur les retombées attendues, insistant sur la nécessité de « mesurer les effets à moyen terme ». Une chose est sûre : cette libéralisation marque une étape historique pour une économie encore largement dirigée par l’État.

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si cette stratégie portera ses fruits ou si elle accentuera les déséquilibres économiques existants.