Cuba franchit une nouvelle étape dans sa lente marche vers une économie plus libérale. Selon BFM Business, l’île communiste a ouvert à la concurrence privée plusieurs secteurs stratégiques jusqu’alors réservés à l’État. Stations-service, pharmacies, gestion des déchets ou encore exploitation pétrolière font désormais partie des activités accessibles aux entreprises privées, une décision qui intervient dans un contexte économique particulièrement tendu pour l’île des Caraïbes.
Ce qu'il faut retenir
- Ouverture de 12 secteurs clés à l’économie privée, dont stations-service, pharmacies et gestion des déchets.
- Plus de 15 000 PME recensées en 2026, contre seulement quelques centaines en 2021.
- Le secteur privé représente déjà plus de la moitié du commerce de détail en 2025.
- La santé et l’éducation restent des prérogatives strictes de l’État.
- Le blocus pétrolier américain de 2026 aggrave une crise économique déjà profonde.
Parmi les domaines désormais ouverts à l’initiative privée figurent les stations-service, les pharmacies, les services optiques, les maisons de retraite, les terminaux portuaires (passagers et fret), les importations de véhicules, les énergies renouvelables ou encore la gestion des marinas. L’exploitation pétrolière et minière est également concernée, sous conditions strictes. Dans un communiqué, les médias d’État cubains ont salué une réforme « qui élargit de manière considérable le champ d’action des entrepreneurs et des entreprises privées sur l’île ».
Cette libéralisation s’inscrit dans un mouvement plus large engagé depuis 2021, date à laquelle Cuba avait déjà autorisé la création d’entreprises privées. Cinq ans plus tard, le bilan est spectaculaire : selon les autorités, plus de 15 000 petites et moyennes entreprises sont désormais recensées. Un chiffre qui illustre l’accélération récente du processus, alors que ces structures ne représentaient que quelques centaines en 2021. En 2025, elles ont d’ailleurs généré plus de la moitié du commerce de détail du pays, un indicateur clé de leur poids croissant dans l’économie locale.
Cependant, certains secteurs stratégiques restent fermés à la privatisation. Dans un communiqué officiel, les autorités ont rappelé que les soins médicaux et l’éducation demeurent des « responsabilités de l’État ». Les services hospitaliers gratuits et l’enseignement public sont donc maintenus, tandis que l’activité médicale continue d’être « garantie à la population cubaine ». Seules exceptions notables : les garderies d’enfants, les cours de langues et le soutien scolaire, désormais ouverts à des acteurs privés. Les médias, les télécommunications, la sécurité et les secteurs stratégiques restent également sous contrôle étatique.
Cette réforme s’ajoute à une série de mesures adoptées le 18 juin 2026 par le Parlement cubain. Parmi les 176 nouvelles règles figuraient notamment l’ouverture de l’agriculture et des banques à l’initiative privée. Un virage historique pour une économie socialiste centralisée, plongée dans une crise profonde depuis plusieurs années. Les difficultés se sont encore accentuées en 2026 avec l’imposition par Washington d’un blocus pétrolier inédit, en vigueur depuis près de cinq mois. Ce dernier a précipité l’économie cubaine, déjà asphyxiée par un embargo américain en place depuis 1962, au bord de l’effondrement.
Une économie sous pression
Les conséquences de ce blocus se font sentir au quotidien. Les Cubains subissent des coupures de courant généralisées, des pénuries de nourriture, de carburant, d’eau potable et de médicaments. La situation est d’autant plus critique que l’île dépendait historiquement des importations de pétrole en provenance des États-Unis, aujourd’hui bloquées. Dans ce contexte, l’ouverture de nouveaux secteurs à l’économie privée est perçue comme une bouffée d’oxygène pour un système économique à bout de souffle.
Les réformes adoptées en 2026 s’inscrivent dans une logique de survie pour le régime. En élargissant l’accès à l’entrepreneuriat, les autorités espèrent relancer une économie atone, tout en maintenant un contrôle strict sur les secteurs sensibles. « Cette libéralisation partielle vise à dynamiser l’activité économique sans remettre en cause les piliers du socialisme cubain », explique un économiste cubain sous couvert d’anonymat. Pourtant, certains observateurs doutent de la capacité du pays à surmonter sa crise sans une remise en cause plus profonde de son modèle économique.
Un changement progressif, mais réel
Les autorités cubaines insistent sur le caractère progressif de ces réformes. Depuis 2021, l’île a progressivement assoupli ses règles pour les entreprises privées, autorisant notamment la création de coopératives et de micro-entreprises. En 2025, ces dernières avaient déjà pris une place majeure dans le commerce de détail, un signe que la population s’est rapidement adaptée à ce nouveau paysage économique. « On voit émerger une classe d’entrepreneurs cubains, souvent jeunes et dynamiques, qui profitent de ces opportunités », précise un observateur basé à La Havane.
Parmi les secteurs les plus dynamiques figurent la restauration, le tourisme et les services aux particuliers. Les entreprises privées y emploient désormais des milliers de Cubains, offrant des salaires bien supérieurs à ceux proposés par l’État. Cependant, ces activités restent encadrées par des réglementations strictes, avec des licences délivrées au cas par cas par les autorités locales. « Le processus est encore très contrôlé, mais l’ouverture est réelle », souligne un entrepreneur de 32 ans, propriétaire d’un petit restaurant à Santiago de Cuba.
Quels secteurs restent exclus ?
Malgré ces avancées, certains domaines restent fermés à la privatisation. Outre la santé, l’éducation et les télécommunications, les médias et les secteurs stratégiques (comme la défense) demeurent sous le contrôle exclusif de l’État. Les autorités ont justifié cette position par la nécessité de « préserver la souveraineté nationale ». « Ces secteurs sont trop sensibles pour être laissés aux mains du privé », a déclaré un responsable du ministère de l’Économie lors d’une conférence de presse.
Un autre domaine exclu est celui des banques, bien que le Parlement ait approuvé en juin 2026 leur ouverture progressive au privé. Pour l’heure, le système bancaire cubain reste largement étatisé, avec une monnaie unique (le peso cubain) et un contrôle strict des changes. « La libéralisation des banques prendra du temps, car elle implique une réforme profonde du système financier », explique un analyste basé à Miami.
Une chose est sûre : la libéralisation économique à Cuba ne fait que commencer. Dans un pays où l’État a traditionnellement tout contrôlé, ces changements, même limités, marquent un tournant. Pour les Cubains, ils représentent à la fois une opportunité et un défi : celui de s’adapter à un monde économique qu’ils n’ont pas connu depuis des décennies.
Les secteurs les plus dynamiques incluent la restauration, le tourisme, les services aux particuliers (comme les cours de langues ou les gardes d’enfants) et les énergies renouvelables. Ces domaines bénéficient d’un cadre réglementaire plus souple et d’une demande croissante de la part de la population.
Les autorités cubaines justifient cette position par la nécessité de « préserver la souveraineté nationale » et de maintenir un contrôle sur les secteurs stratégiques, comme la santé, l’éducation, la sécurité ou les télécommunications. Ces domaines restent considérés comme des prérogatives de l’État.