« C’est quelque chose qui se fait partout. » Invité sur LCI le 25 août 2026, Éric Coquerel, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale et député de La France insoumise, a défendu Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et lui-même membre de LFI, visé par une enquête du Parquet national financier (PNF). Cette enquête porte sur les conditions dans lesquelles l’élu a été employé et rémunéré par la RATP depuis le début des années 2000, parallèlement à ses activités politiques et électives. Selon nos confrères de Franceinfo – Politique, Éric Coquerel a justifié ce cumul en invoquant des indemnités d’adjoint « trop faibles » pour permettre à un élu de renoncer à une activité professionnelle.

Le droit français autorise effectivement le cumul entre un mandat d’adjoint au maire et un emploi, sous certaines conditions. Les maires, adjoints et conseillers municipaux bénéficient d’autorisations d’absence et d’un crédit d’heures pour exercer leur mandat tout en conservant leur activité professionnelle. Ils peuvent également suspendre leur activité professionnelle pour se consacrer pleinement à leur fonction élective. Cependant, les chiffres avancés par Éric Coquerel sur la généralisation de cette pratique, ainsi que ses propos sur l’insuffisance des indemnités, sont aujourd’hui contestés par les données disponibles.

Ce qu'il faut retenir

  • Éric Coquerel a affirmé sur LCI que le cumul entre un mandat d’adjoint et un emploi « se fait partout », en invoquant des indemnités jugées trop faibles.
  • Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, est visé par une enquête du Parquet national financier pour les conditions de son emploi à la RATP.
  • Près de 7 adjoints sur 10 déclarent une profession active dans le Répertoire national des élus (RNE), mais cette donnée ne permet pas de confirmer que le cumul est systématiquement effectif.
  • Les indemnités d’adjoint varient de 447 € à 2 713 € brut par mois, selon la taille de la commune, rendant la généralisation d’Éric Coquerel discutable.
  • Dans le cas de Bally Bagayoko, ses indemnités municipales et départementales atteignaient environ 61 000 € brut par an en 2014, soit plus de 5 000 € par mois, sans compter sa rémunération à la RATP.

Un cumul légal, mais dont la généralisation est difficile à établir

Le statut des élus locaux en France permet explicitement le cumul entre un mandat électif et une activité professionnelle. Les adjoints au maire bénéficient notamment d’un crédit d’heures rémunérées et d’autorisations d’absence pour exercer leurs fonctions. Ils peuvent aussi choisir de suspendre leur activité professionnelle pendant la durée de leur mandat. L’Association des maires de France (AMF) consacre d’ailleurs une partie de son guide sur le statut d’élu local à la conciliation entre mandat et activité professionnelle. Dans une fiche publiée en mars 2026, l’AMF indique que « cumuler un emploi dans la fonction publique territoriale et un mandat électif est une option pour de nombreux élus locaux ».

Cependant, l’affirmation d’Éric Coquerel selon laquelle cette pratique serait « partout » est difficile à vérifier. Ni l’AMF ni la Direction générale des collectivités locales (DGCL) ne disposent de statistiques précises sur le nombre d’adjoints qui continuent effectivement d’exercer une activité professionnelle en parallèle de leur mandat. Le Répertoire national des élus (RNE), géré par le ministère de l’Intérieur, permet d’approcher cette réalité : selon une analyse de ces données, près de 7 adjoints sur 10 sont enregistrés avec une profession correspondant à une catégorie socioprofessionnelle active en 2026. Cette proportion atteint 85 % dans les communes de plus de 100 000 habitants, comme Saint-Denis.

Des chiffres déclaratifs, qui ne reflètent pas toujours la réalité du cumul

Ces données méritent cependant d’être nuancées. La profession indiquée dans le RNE par les élus est déclarative et ne permet pas de savoir si elle est toujours exercée pendant le mandat, ni dans quelles conditions. Un adjoint peut déclarer une profession tout en ayant suspendu son activité ou réduit son temps de travail. Ainsi, la majorité des adjoints déclarent une profession à leur entrée en poste, mais la fréquence réelle du cumul entre emploi et mandat reste inconnue. Il est donc impossible d’affirmer, comme le fait Éric Coquerel, que ce cumul se pratique « partout ».

Les indemnités perçues par les adjoints au maire, souvent pointées du doigt par Éric Coquerel, varient fortement selon la taille de la commune. Le Code général des collectivités territoriales (CGCT) fixe ces indemnités à 10,89 % de l’indice brut terminal de la fonction publique dans les communes de moins de 500 habitants (soit environ 447 € brut par mois), et jusqu’à 66 % dans celles de 100 000 à 200 000 habitants, comme Saint-Denis (près de 2 713 € brut par mois). Cette disparité rend toute généralisation abusive, d’autant que certains élus perçoivent des indemnités supplémentaires en cumulant plusieurs mandats.

Le cas de Bally Bagayoko illustre les disparités des revenus d’élus

Le parcours de Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, met en lumière ces disparités. En 2014, lorsqu’il était adjoint au maire communiste de la ville, il cumulait son mandat municipal avec celui de vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis et son emploi de cadre à la RATP. Selon sa déclaration auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP, consultée par Franceinfo), ses indemnités liées à ses deux mandats s’élevaient à environ 61 000 € brut par an, soit un peu plus de 5 000 € par mois. À cela s’ajoutaient 51 447 € brut perçus au titre de son activité à la RATP.

En 2015, après la perte de son mandat départemental, le conseil municipal de Saint-Denis lui a accordé une « hausse de 102 % » de ses indemnités d’adjoint, passant d’environ 1 577 € à 3 183 € brut par mois, selon Le Canard enchaîné. Parallèlement, sa rémunération à la RATP a augmenté pour dépasser les 6 000 € par mois, « en intégrant le 13e mois et les primes ». Ces montants, bien supérieurs à la moyenne des adjoints dans les petites communes, relativisent la justification avancée par Éric Coquerel dans le cas précis de Bally Bagayoko.

« Je souhaite que cette affaire soit traitée le plus rapidement possible et me tiens à disposition de la justice. Ma position ne change pas : je suis serein sur l’issue. »
— Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, par la voix de son entourage

Et maintenant ?

L’enquête du Parquet national financier sur les conditions d’emploi de Bally Bagayoko à la RATP devrait se poursuivre dans les prochains mois. Les prochaines étapes pourraient inclure des auditions supplémentaires ou des demandes de précisions sur les modalités de son recrutement et de sa rémunération. Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer le débat sur la transparence des cumuls entre mandats électifs et activités professionnelles, alors que plusieurs élus locaux sont régulièrement pointés du doigt pour des situations similaires. Une réforme du statut des élus, évoquée depuis plusieurs années, pourrait être à l’ordre du jour.

Bally Bagayoko, présumé innocent, a rejeté en bloc les accusations qui pèsent sur lui. Son entourage a réagi en soulignant son « entière disponibilité » pour coopérer avec la justice et en qualifiant les attaques de « non fondées ». Pour l’heure, aucune date n’a été annoncée pour la suite de l’enquête, qui pourrait s’étendre sur plusieurs mois.

Le droit français autorise le cumul entre un mandat d’adjoint au maire et une activité professionnelle, à condition de respecter les règles de déontologie et de transparence. Les élus bénéficient d’autorisations d’absence et d’un crédit d’heures pour exercer leur mandat. Ils peuvent aussi suspendre leur activité professionnelle pendant la durée de leur mandat. Le Code général des collectivités territoriales fixe les indemnités en fonction de la taille de la commune.