Plusieurs incidents de cybersécurité touchant des plateformes de suivi vaccinal en France ont mis en lumière l’éditeur bordelais Syadem, spécialiste des logiciels médicaux dédiés à la vaccinologie. Selon FrenchBreaches, l’entreprise, qui développe notamment les solutions MesVaccins.net et Colibri, serait au cœur d’une compromission ayant permis à des tiers non autorisés d’accéder à des données personnelles et vaccinales. À ce jour, aucune fuite publique n’a été observée, mais les investigations se poursuivent pour déterminer l’ampleur exacte de l’incident.
Ce qu'il faut retenir
- Syadem, éditeur bordelais de logiciels vaccinaux, est au centre de plusieurs incidents de cybersécurité signalés en juin et juillet 2026.
- MesVaccins.net, plateforme de carnets de vaccination numérique, a confirmé un accès non autorisé à des données personnelles le 15 juin 2026.
- La Ville d’Antibes Juan-les-Pins a révélé un incident similaire touchant le suivi vaccinal scolaire, désignant Syadem comme prestataire technique impliqué.
- Les données potentiellement exposées incluent adresses e-mail, numéros de téléphone, données d’état civil, informations vaccinales et, dans certains cas, numéros de sécurité sociale.
- Aucune preuve publique n’indique que des données ont été diffusées sur des forums cybercriminels ou revendiquées par des acteurs malveillants.
- Syadem revendique plus de 3 millions de carnets numériques créés et 9 millions d’actes vaccinaux enregistrés en France.
Syadem, un acteur clé de la vaccination numérique en France
Fondée à Bordeaux, Syadem (Systèmes d’Aide à la Décision Médicale) conçoit des outils dédiés à la prévention, à la vaccinologie et à l’aide à la décision clinique. Selon les informations disponibles, l’entreprise a été cofondée par des ingénieurs en informatique et des médecins, avec pour objectif de développer des solutions adaptées aux professionnels de santé comme au grand public. Syadem met en avant plusieurs engagements, notamment l’hébergement des données en France, la sécurisation des informations personnelles et l’interopérabilité avec les systèmes nationaux de santé. L’éditeur a été récompensé à plusieurs reprises, notamment par le Prix Galien, le Trophée e-santé 2012 ou encore les Entretiens Bichat 2011, et bénéficie du soutien de l’écosystème French Tech Aquitaine.
Les chiffres annoncés par Syadem illustrent son rôle central dans l’écosystème vaccinal français : plus de 3 000 000 de carnets numériques créés, 9 000 000 d’actes vaccinaux enregistrés, 40 000 souscriptions professionnelles et 200 centres de vaccination équipés de son logiciel Colibri. Les solutions de l’entreprise, telles que MesVaccins.net, CVN, CNV, SIV ou encore Mentor Citoyen, sont utilisées par des particuliers, des familles, des mineurs, des centres de vaccination, des collectivités territoriales, des pharmacies et des professionnels de santé libéraux.
Deux incidents distincts mais aux similitudes troublantes
Le premier incident public concerne MesVaccins.net, plateforme historique de gestion de carnets de vaccination numériques développée par Syadem. Dans une communication aux utilisateurs datée du 15 juin 2026, la plateforme a confirmé avoir été informée d’un accès non autorisé à certaines de ses données. « Un tiers non autorisé a pu accéder à certaines données personnelles traitées par la plateforme et en obtenir une copie », précise le message. Les investigations sont toujours en cours pour déterminer les circonstances exactes de l’intrusion et l’étendue réelle des données concernées. Une notification a été transmise à la CNIL, et une plainte a été déposée auprès des autorités compétentes.
Parmi les catégories d’informations potentiellement exposées figurent les adresses e-mail, numéros de téléphone, données d’état civil, données vaccinales, numéros de sécurité sociale (lorsqu’ils avaient été renseignés) et informations du profil santé codées. Syadem précise que les mots de passe, conservés sous forme chiffrée, ne seraient pas concernés. Aucune exposition directe de données médicales en clair n’a été identifiée à ce stade.
Quelques jours plus tard, la Ville d’Antibes Juan-les-Pins a annoncé un incident similaire touchant son prestataire informatique intervenant dans le suivi vaccinal scolaire. L’intrusion a permis à une personne non autorisée d’accéder à des données hébergées sur une plateforme utilisée pour le suivi vaccinal des élèves de Petite Section, Grande Section et CE2, ainsi que pour la campagne de vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) destinée aux collégiens. La municipalité a indiqué que l’incident était désormais contenu et que des mesures de sécurisation complémentaires avaient été déployées.
Des données sensibles, dont celles de mineurs, potentiellement touchées
Les catégories de données susceptibles d’avoir été exposées dans le cadre de l’incident d’Antibes incluent, comme pour MesVaccins.net, les adresses e-mail, numéros de téléphone, données d’état civil, données vaccinales, informations relatives aux consultations effectuées et numéros de sécurité sociale dans certains dossiers liés à la campagne HPV. Ces éléments pourraient concerner des enfants scolarisés en maternelle, des élèves de CE2 ainsi que des collégiens participant aux campagnes de vaccination organisées par les collectivités. À ce stade, aucune utilisation frauduleuse des données n’a été signalée publiquement.
Dans sa communication aux familles, la Ville d’Antibes a explicitement renvoyé les usagers vers une page d’information dédiée publiée par Syadem, identifiant ainsi l’entreprise comme prestataire technique impliqué dans l’incident. Cette référence, couplée à la confirmation de MesVaccins.net, dessine progressivement les contours d’une compromission affectant un acteur majeur des systèmes d’information vaccinaux en France.
Un incident sans fuite publique, mais des interrogations persistantes
Contrairement à de nombreux cas de cyberattaques ayant donné lieu à des publications de données sur des forums cybercriminels, aucun échantillon de données personnelles n’a été diffusé à ce jour, et aucun acteur malveillant n’a revendiqué l’attaque. Les investigations techniques se poursuivent pour déterminer l’origine de l’intrusion, les systèmes réellement impactés, le volume exact de données concernées et le nombre de personnes potentiellement affectées. Aucune estimation officielle n’a encore été publiée.
« Aucun élément ne permet d’affirmer qu’une fuite de données a été rendue publique ou que des informations personnelles circulent sur des forums cybercriminels », souligne FrenchBreaches. Les prochains jours devraient apporter des éclaircissements sur l’ampleur réelle de l’incident et les éventuels autres services ou collectivités concernés.
Si ces événements devaient confirmer une compromission unique à l’origine des deux incidents, il s’agirait probablement de l’une des attaques les plus sensibles observées récemment dans l’écosystème français de la vaccination numérique. Syadem, qui revendique une place centrale dans ce secteur, devra sans doute renforcer ses protocoles de sécurité et clarifier les responsabilités entre ses différentes plateformes.
Cette affaire soulève plus largement la question de la cybersécurité des données de santé en France, un enjeu d’autant plus critique que les outils numériques jouent un rôle croissant dans la gestion des campagnes vaccinales et le suivi médical des populations.
Syadem a indiqué avoir contenu les incidents et déployé des mesures de sécurisation complémentaires. L’entreprise a également confirmé avoir transmis une notification à la CNIL et déposé une plainte auprès des autorités compétentes, tout en menant des investigations internes pour déterminer l’origine et l’étendue des accès non autorisés.
Les données potentielles concernent des mineurs scolarisés en maternelle, en CE2 ou participant aux campagnes HPV en collège. Les catégories de données incluent des informations vaccinales, d’état civil et des numéros de sécurité sociale dans certains cas. Cependant, aucune confirmation officielle n’a encore été publiée sur l’exposition effective de ces données.