Un nouveau piratage frappe la Direction générale des Finances publiques (DGFiP). Selon nos confrères de FrenchBreaches, un cybercriminel connu sous le pseudonyme ZeroBytes affirme avoir accédé au Serveur Professionnel de Données Cadastrales (SPDC) et extrait les informations personnelles de plus de 2 041 778 propriétaires.
Cette intrusion survient dans un contexte déjà tendu : la DGFiP a confirmé hier une première cyberattaque distincte, ayant permis la consultation et l’extraction de données fiscales concernant particuliers et professionnels. L’administration fiscale, déjà sous pression, doit désormais évaluer l’ampleur réelle de ces deux incidents et les risques associés pour les usagers.
Ce qu'il faut retenir
- Un pirate revendique le vol de données cadastrales pour 2 041 778 propriétaires, soit 252 149 lignes de données extraites du Serveur Professionnel de Données Cadastrales (SPDC) de la DGFiP.
- Les données volées incluent noms, prénoms, adresses, dates de naissance, références cadastrales et informations sur les biens immobiliers associés.
- Le pirate affirme avoir contourné l’authentification multifacteur (MFA) pour accéder au système, bien que cette méthode reste à confirmer.
- Cette intrusion fait suite à une première cyberattaque confirmée par la DGFiP, ayant exposé les données fiscales de 678 438 personnes.
- Les informations volées pourraient servir à des fraudes ciblées, notamment des campagnes de phishing ou des tentatives d’usurpation d’identité.
Plus de 2 millions de propriétaires exposés : une base de données cadastrales en partie piratée
Selon FrenchBreaches, le pirate ZeroBytes revendique l’extraction de 252 149 lignes de données depuis le Serveur Professionnel de Données Cadastrales (SPDC) de la DGFiP. Chaque ligne peut correspondre à plusieurs titulaires d’un même bien immobilier, ce qui porte le total des personnes concernées à 2 041 778.
L’administration fiscale n’a pas encore confirmé officiellement cette intrusion, mais l’ampleur des données revendiquées — ainsi que leur sensibilité — en font un incident majeur. Les données extraites incluent non seulement des références cadastrales, mais aussi des informations personnelles détaillées : noms, prénoms, dates et lieux de naissance, adresses, identifiants fonciers (MAJIC), sections et numéros de parcelle, ainsi que les droits associés aux biens.
Une méthode d’intrusion revendiquée, mais non vérifiée
ZeroBytes affirme avoir contourné l’authentification multifacteur (MFA) pour accéder au SPDC, lui permettant de maintenir son intrusion suffisamment longtemps pour automatiser l’extraction d’une partie des données. Le pirate indique avoir abandonné la récupération complète, qu’il jugeait trop lente, estimant qu’elle aurait pu durer plusieurs mois.
Ces déclarations n’ont pas été confirmées de manière indépendante. La DGFiP n’a pas communiqué sur la méthode utilisée par l’attaquant ni sur la durée réelle de l’intrusion. Par ailleurs, ZeroBytes affirme que le système lui aurait potentiellement permis d’accéder aux données de 20 millions de personnes, mais ce chiffre, non vérifié, doit être interprété avec prudence.
Une succession de cyberattaques qui interroge la sécurité des systèmes fiscaux
Cette nouvelle intrusion intervient au lendemain de la confirmation par la DGFiP d’un premier piratage. Dans cette première affaire, le même acteur revendiquait l’extraction de 678 438 lignes de données fiscales depuis un outil interne lié à impots.gouv.fr. Les échantillons publiés incluaient des informations extrêmement sensibles : identifiants fiscaux, revenus de référence, taux de prélèvement à la source, situation familiale, numéros de téléphone et adresses e-mail.
La DGFiP a confirmé avoir détecté un accès illégitime, mais les investigations se poursuivent pour déterminer précisément l’étendue des données consultées ou extraites. Les deux affaires, bien que distinctes, posent une question centrale : les systèmes de l’administration fiscale sont-ils suffisamment protégés face à des cybermenaces toujours plus sophistiquées ?
Des données hautement sensibles, exploitées pour des fraudes ciblées
La valeur des données volées réside dans leur combinaison : associer le nom d’une personne à son adresse, sa date de naissance et ses biens immobiliers permet de créer des profils précis. Ces informations pourraient être exploitées pour des opérations d’ingénierie sociale, des campagnes de phishing hautement ciblées, ou des tentatives d’usurpation d’identité.
Le ministère de l’Économie a d’ailleurs rappelé que l’identité de la DGFiP est régulièrement usurpée par des fraudeurs pour inciter les victimes à communiquer des données personnelles ou bancaires. Avec ces nouvelles données cadastrales, les possibilités de fraudes deviennent encore plus crédibles et difficiles à détecter.
Parmi les risques identifiés figurent :
- Des faux messages se faisant passer pour l’administration fiscale (courriels, SMS ou appels téléphoniques) visant à obtenir des informations complémentaires.
- Des fraudes utilisant des informations foncières véridiques pour légitimer des demandes de virements ou de documents administratifs.
- Des recoupements avec d’autres bases de données compromises (fuites précédentes, réseaux sociaux, etc.) pour affiner les profils et augmenter l’efficacité des attaques.
Un patrimoine informatique colossal, une cible de choix pour les cybercriminels
La DGFiP gère un système informatique parmi les plus vastes de l’administration française. Selon sa documentation numérique publiée en 2026, elle compte 651 produits numériques en production, plus de 5 000 agents IT et des systèmes touchant jusqu’à 40 millions d’usagers dans le domaine de la fiscalité des particuliers.
Face à la menace croissante des cyberattaques, l’administration a déjà renforcé la sécurité de certains services, notamment avec l’introduction progressive d’un deuxième facteur d’authentification pour les accès professionnels. Malgré ces mesures, les deux incidents récents montrent que les cybercriminels continuent de cibler des infrastructures aussi stratégiques que celles de la DGFiP.
Ces incidents rappellent l’importance de la vigilance pour les propriétaires et contribuables. En cas de doute sur la légitimité d’un message reçu, il est recommandé de contacter directement l’administration fiscale via ses canaux officiels, sans utiliser les coordonnées fournies dans un courriel ou un SMS suspect.
Les personnes concernées par ces fuites sont invitées à signaler toute activité suspecte aux services de la DGFiP ou à porter plainte auprès des autorités compétentes. Il est également conseillé de surveiller ses comptes bancaires et de signaler toute tentative de contact frauduleuse via la plateforme Signal Spam ou Phishing-Initiative.
À ce stade, l’administration n’a pas annoncé de dispositif spécifique. Les éventuelles mesures dépendront des conclusions des enquêtes en cours. En revanche, elle rappelle que les victimes de fraudes peuvent se tourner vers les services du 119 (pour les particuliers) ou le 3911 (pour les professionnels) pour obtenir un accompagnement.