Alors que plus de 850 000 enseignants ont pris le chemin des établissements scolaires ce lundi 1er septembre 2026, la rentrée s'annonce plus complexe que prévu pour certains, en raison notamment d'une cyberattaque estivale ayant visé les systèmes informatiques du ministère. Carole Zerbib, proviseure adjointe au lycée Voltaire à Paris et membre du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (SNPDEN-UNSA), a détaillé ce lundi les difficultés rencontrées lors de cette rentrée, lors d'un entretien accordé à Franceinfo - Politique.

Ce qu'il faut retenir

  • Une cyberattaque a perturbé la préparation de la rentrée scolaire, rendant inaccessible un certain nombre d'applications utilisées par les établissements.
  • Parmi les outils affectés figurent ceux permettant la gestion des emplois du temps, des listes d'élèves et des nominations des enseignants.
  • Carole Zerbib, membre du SNPDEN-UNSA, estime que la préparation de la rentrée n'a pas été aussi avancée que l'a affirmé le ministre de l'Éducation nationale.
  • Les données personnelles de millions d'élèves et de dizaines de milliers d'enseignants ont été compromises lors de cette attaque, mais leur étendue exacte reste inconnue.
  • Le syndicat réclame depuis plusieurs années une amélioration du numérique éducatif et une meilleure sécurité des outils utilisés.

Une rentrée sous le signe des dysfonctionnements informatiques

Dès les premiers jours de cette rentrée 2026, Carole Zerbib a tiré la sonnette d'alarme sur les perturbations liées à une cyberattaque ayant frappé l'Éducation nationale durant l'été. Selon la responsable syndicale, cette attaque a « empêché un certain nombre de collègues de préparer sereinement la rentrée ». Parmi les outils touchés, plusieurs applications essentielles pour l'organisation des établissements sont devenues inaccessibles. Parmi celles-ci, l'application servant à la gestion des listes d'élèves et à l'élaboration des emplois du temps, ainsi que celle permettant de consulter les nominations des enseignants, sont particulièrement citées. « On n'a pas accès à cette application, ni à celle qui nous permet de voir quels sont les enseignants nommés dans notre établissement », a-t-elle expliqué.

Des données personnelles de millions de personnes exposées

Cette cyberattaque a également eu des conséquences bien plus graves. D'après les informations rapportées par Franceinfo - Politique, plusieurs attaques ont visé les données des personnels de l'Éducation nationale, mais aussi celles des familles et des élèves. Au total, ce sont des millions de données d'élèves qui ont été compromises, tout comme les informations personnelles de dizaines de milliers d'enseignants. Parmi ces données figuraient des adresses et des numéros de téléphone, qui se retrouvent aujourd'hui sur le dark web, vendues pour quelques centaines d'euros. Pourtant, il reste impossible de savoir quelles personnes exactes ont été touchées, ni quelles données ont été volées. « Ce qui pose problème, c'est qu'on ne peut pas identifier qui est concerné », a souligné la proviseure adjointe.

Un ministère en désaccord avec les syndicats sur l'état de préparation

Cette situation a mis en lumière les tensions persistantes entre le ministère et les syndicats d'enseignants. Dans un mail adressé aux personnels, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, avait affirmé que 98 % de la rentrée avait été préparée en amont. Une affirmation que Carole Zerbib a vivement contestée. « Je ne pense pas que 98 % de la rentrée a été préparée en amont », a-t-elle rétorqué. Pour elle, cette déclaration minimise les difficultés rencontrées sur le terrain. Elle a notamment pointé du doigt les nominations tardives des enseignants stagiaires, ainsi que les ajustements de dernière minute nécessaires pour finaliser les emplois du temps. « Il y a des collègues qui n'ont plus rien qui fonctionne du tout, même pas leur messagerie », a-t-elle précisé, soulignant l'impact concret de ces dysfonctionnements sur le quotidien des établissements.

Un manque d'investissement dans le numérique éducatif pointé du doigt

Pour Carole Zerbib, ces problèmes ne sont pas nouveaux. Elle a rappelé que le SNPDEN-UNSA alerte depuis plusieurs années sur la nécessité d'investir dans les outils numériques utilisés par l'Éducation nationale. « Ça fait un certain nombre d'années que le syndicat revendique et signale au ministère la difficulté de fonctionnement des applications », a-t-elle rappelé. Elle a également évoqué la publication d'un livre blanc du numérique par son syndicat, dans lequel des pistes d'amélioration sont proposées. Parmi elles, la mise en place d'un plan d'urgence pour renforcer la qualité et la sécurité des systèmes informatiques utilisés dans les établissements scolaires. « Il y aurait un plan d'urgence à mettre en place », a-t-elle insisté, soulignant que cette cyberattaque n'est que la partie émergée de l'iceberg.

D'autres défis en cette rentrée 2026

Outre les problèmes liés à la cyberattaque, Carole Zerbib a évoqué d'autres enjeux qui pèsent sur cette rentrée. Parmi eux, la mise en œuvre de l'interdiction du portable au lycée, une mesure saluée sur le principe, mais dont l'application dès la rentrée a posé des problèmes logistiques. Les nominations tardives des enseignants, notamment ceux issus des concours réformés, ont également compliqué la préparation de la rentrée. La réforme des concours, qui a modifié le calendrier et les modalités de recrutement, a en effet entraîné des retards dans les affectations, obligeant les établissements à ajuster leurs organisations en urgence. « La réorganisation des concours avec la réforme a nécessité une modification du calendrier et a eu un impact sur la préparation de rentrée », a-t-elle expliqué.

Et maintenant ?

Face à cette situation, Carole Zerbib a appelé le ministère à agir rapidement pour améliorer la sécurité et la fiabilité des outils numériques utilisés par l'Éducation nationale. Pour l'heure, aucune date précise n'a été avancée pour la résolution des dysfonctionnements signalés. Le ministère n'a pas encore réagi officiellement à ces déclarations. Cette rentrée 2026 pourrait donc s'annoncer comme une période de transition, marquée par des ajustements constants pour compenser les retards accumulés.

Cette cyberattaque rappelle, une fois de plus, la vulnérabilité des systèmes informatiques publics face aux menaces cybernétiques. Alors que les établissements scolaires s'apprêtent à accueillir près de 15 millions d'élèves, la question de la protection des données et de la résilience des outils numériques reste plus que jamais d'actualité.

Selon Carole Zerbib, les applications les plus perturbées sont celles utilisées pour la gestion des listes d'élèves, l'élaboration des emplois du temps et le suivi des nominations des enseignants. Ces outils sont devenus inaccessibles, compliquant significativement l'organisation de la rentrée.