En l'espace de quelques semaines, quatre polices municipales françaises ont été prises pour cible par des cybercriminels, comme le rapporte FrenchBreaches. Ces attaques, revendiquées sur des forums spécialisés, révèlent une évolution des méthodes des hackers : passage de la simple démonstration d'accès à la vente d'identifiants ou de données sensibles. Les logiciels métiers utilisés par ces services, qui centralisent des informations administratives et opérationnelles, deviennent des cibles de choix pour les groupes malveillants.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre polices municipales ont été ciblées : Gradignan, Joinville-le-Pont, La Tremblade et Saint-Médard-en-Jalles.
  • Les hackers revendiquent des accès complets, la diffusion de données ou même la vente d'identifiants fonctionnels.
  • Les logiciels métiers des polices municipales centralisent des données sensibles : mains courantes, interventions, données personnelles des administrés et des agents.
  • À La Tremblade, un accès complet au panneau d'administration est proposé à la vente pour 60 dollars.
  • À Saint-Médard-en-Jalles, des identifiants de connexion actifs ont été publiés, permettant un accès direct à l'infrastructure.
  • Aucune confirmation officielle n'a encore validé l'authenticité de ces revendications, mais les captures d'écran et échantillons publiés en attestent partiellement.

Des attaques aux méthodes variées mais aux cibles identiques

Les quatre polices municipales concernées – Gradignan, Joinville-le-Pont, La Tremblade et Saint-Médard-en-Jalles – ont été visées par des cybercriminels revendiquant des niveaux de compromission différents. Selon FrenchBreaches, ces attaques illustrent une tendance croissante : les collectivités territoriales, et en particulier les polices municipales, deviennent des proies privilégiées pour les groupes cherchant à exploiter des données ou des accès à des infrastructures critiques. Les logiciels métiers utilisés par ces services, qui permettent de gérer les mains courantes, les interventions ou encore les opérations de tranquillité publique, concentrent en effet des informations à haute valeur ajoutée.

Gradignan : des captures d'écran pour démontrer un accès sensible

La première affaire concerne la Police municipale de Gradignan. Des captures d'écran publiées sur un forum spécialisé montrent un logiciel métier utilisé quotidiennement par les agents. Les interfaces visibles révèlent des modules sensibles, tels que la gestion des mains courantes, des animaux dangereux, des véhicules en fourrière ou encore des Opérations Tranquillité Vacances (OTV). Parmi les données exposées figurent des noms, prénoms, adresses postales, plaques d'immatriculation, références de puces électroniques pour animaux, et informations concernant les propriétaires. Aucune base de données n'a été revendiquée dans cette affaire, mais ces captures démontrent un accès à un environnement particulièrement sensible.

Joinville-le-Pont : près de 4 900 mains courantes revendiquées

Quelques semaines plus tard, une nouvelle publication cible la Police municipale de Joinville-le-Pont. Cette fois, le cybercriminel affirme disposer de près de 4 900 mains courantes provenant du système d'information de la collectivité. Un extrait de la base est publié pour étayer cette revendication, révélant des données d'identité (nom, prénom, sexe), des coordonnées (adresses, numéros de téléphone), ainsi que des informations administratives et opérationnelles. Ces éléments offrent un aperçu détaillé de plusieurs années d'activité de la police municipale, incluant des appels téléphoniques, des interventions et des procédures administratives.

La Tremblade : données et panneau d'administration à vendre

La troisième affaire vise la Police municipale de La Tremblade. Le cybercriminel revendique non seulement l'exfiltration de données, mais aussi la compromission du panneau d'administration du logiciel métier. Il propose la vente d'un accès complet pour 60 dollars. Les captures d'écran publiées montrent plusieurs modules sensibles, tels que la vidéoprotection, la fourrière, les objets trouvés ou encore la tranquillité publique. Les données visibles incluent des noms, prénoms, références de documents d'identité (cartes nationales, permis de conduire, passeports), coordonnées bancaires, clés et objets déclarés perdus. Un tel accès permettrait non seulement de consulter des informations, mais aussi d'effectuer des opérations au sein du logiciel, selon les droits associés.

Saint-Médard-en-Jalles : la vente d'un accès actif et fonctionnel

La quatrième affaire concerne la Police municipale de Saint-Médard-en-Jalles. Contrairement aux précédentes, aucune base de données n'est revendiquée. L'auteur affirme en revanche disposer d'un accès toujours actif à l'infrastructure informatique de la collectivité. La publication comprend plusieurs captures d'écran, un lien d'accès, des identifiants de connexion (« Link + credentials ») et des références au prestataire LogipolWeb. Le cybercriminel propose cet accès à la vente, précisant ne pas avoir extrait de données pour l'instant. Cette revendication marque une évolution : la valeur réside désormais dans l'accès lui-même, susceptible d'être exploité ultérieurement par d'autres groupes malveillants.

Des logiciels métiers riches en données sensibles

Les logiciels métiers utilisés par les polices municipales centralisent une multitude d'informations administratives et opérationnelles. Selon les captures et extraits publiés, ces plateformes gèrent les mains courantes, les interventions, les Opérations Tranquillité Vacances (OTV), les objets trouvés, la fourrière, les animaux dangereux, les procédures administratives, ainsi que des données personnelles concernant les administrés et les agents. Parmi les informations sensibles figurent des noms, prénoms, adresses, numéros de téléphone, références de documents d'identité (cartes nationales d'identité, passeports, permis de conduire), coordonnées bancaires, clés, objets déclarés perdus, ainsi que des données relatives aux policiers municipaux (identité, grade, fonction, service d'affectation).

Et maintenant ?

Les quatre affaires, bien que revendiquées par des cybercriminels, n'ont pas encore fait l'objet de confirmations officielles. Les collectivités concernées sont invitées à vérifier immédiatement leurs accès distants, à révoquer tout compte potentiellement compromis, à renforcer l'authentification multifacteur et à surveiller toute activité inhabituelle sur leurs infrastructures. Une analyse technique approfondie devrait permettre de déterminer l'étendue exacte des compromissions et les actions réalisées sur les systèmes concernés. D'ici là, ces incidents soulèvent une question plus large : comment les collectivités peuvent-elles mieux protéger des infrastructures aussi sensibles ?

Ces cyberattaques illustrent une tendance de fond : les groupes malveillants ne cherchent plus uniquement à exfiltrer des données, mais aussi à vendre des accès persistants aux systèmes d'information. Pour les collectivités, la vigilance doit donc porter autant sur la protection des données que sur la sécurisation des accès, afin d'éviter que ces infrastructures ne deviennent des portes d'entrée pour des attaques plus larges.

Une compromission de ces logiciels peut permettre à un acteur malveillant de consulter des informations sensibles concernant les administrés et les agents, de suivre l'activité opérationnelle des services, ou encore d'accéder à certaines fonctionnalités d'administration selon les droits associés. Dans le pire des cas, cela pourrait perturber le fonctionnement des services municipaux ou compromettre d'autres systèmes connectés.

Les collectivités sont invitées à vérifier et révoquer tout compte potentiellement compromis, à renforcer l'authentification multifacteur, à surveiller toute activité inhabituelle sur leurs infrastructures, et à procéder à une analyse technique approfondie pour identifier l'étendue des compromissions et les actions réalisées.