Alors que les cybermenaces gagnent en complexité et que les surfaces d’attaque s’étendent, le secteur de la cybersécurité fait face à une tension croissante entre l’offre et la demande de compétences. Selon BDM, les recruteurs peinent à trouver des profils capables de répondre aux exigences actuelles. Etienne Sellan, intervenant à l’école Ynov Campus et fondateur des cyber war rooms, dresse un état des lieux des attentes des entreprises en 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • L’élargissement des périmètres de sécurité : les entreprises cherchent des experts capables de protéger des environnements hybrides, mêlant cloud, IoT et infrastructures traditionnelles.
  • Une expertise technique renforcée : les recruteurs privilégient les profils maîtrisant la réponse aux incidents, l’analyse des vulnérabilités et la gestion des risques.
  • Des soft skills indispensables : la communication, la pédagogie et la capacité à travailler sous pression sont désormais aussi valorisées que les compétences techniques.
  • L’importance des certifications : des titres comme CISSP, CEH ou OSCP restent des atouts majeurs pour se démarquer sur le marché.

Un métier en mutation face à des menaces toujours plus sophistiquées

La cybersécurité n’est plus l’affaire exclusive des DSI ou des RSSI. Avec l’explosion des attaques par ransomware, des fuites de données et des intrusions ciblées, les entreprises de toutes tailles doivent désormais anticiper les risques à l’échelle de leur écosystème. Selon Etienne Sellan, « les cyber war rooms, ces cellules de crise dédiées à la gestion des incidents, sont devenues un standard pour les grandes structures ». Ces dispositifs permettent de coordonner en temps réel les équipes techniques, juridiques et communicationnelles en cas de crise.

Autant dire que les attentes des recruteurs ont évolué. Les profils purement techniques, bien que toujours recherchés, doivent désormais démontrer une capacité à s’adapter à des environnements technologiques fragmentés. Les entreprises, qu’elles soient dans la finance, la santé ou l’industrie, recherchent des experts capables de traduire les enjeux cyber en termes business.

Les compétences techniques les plus demandées en 2026

Parmi les savoir-faire les plus valorisés, la maîtrise des outils de détection et de réponse aux incidents arrive en tête. Les entreprises plébiscitent les candidats capables d’utiliser des solutions comme SIEM (Security Information and Event Management), EDR (Endpoint Detection and Response) ou encore des plateformes d’analyse comportementale. « La capacité à interpréter les logs et à identifier des anomalies reste un critère clé », précise Etienne Sellan.

Côté méthodologie, les approches comme le red teaming ou les tests d’intrusion sont également très prisées. Ces pratiques permettent non seulement de renforcer les défenses, mais aussi de former les équipes à réagir face à des scénarios réalistes. Les recruteurs accordent aussi une attention particulière aux compétences en gestion des identités et des accès (IAM), un domaine où les erreurs humaines restent une faille majeure.

Les soft skills, ces atouts différenciants

Si les compétences techniques restent essentielles, les recruteurs insistent de plus en plus sur les qualités humaines. La capacité à communiquer clairement avec des non-experts, par exemple pour expliquer une faille de sécurité à un directeur général, est désormais un critère de sélection. « Un bon expert en cybersécurité doit être un pédagogue », souligne Etienne Sellan. « Il doit aussi savoir travailler sous pression, car une crise ne prévient pas. »

La curiosité et la veille technologique sont également des qualités recherchées. Dans un domaine où les menaces évoluent quotidiennement, les professionnels doivent constamment se former pour rester à jour. Les certifications, comme celles proposées par l’ANSSI ou des organismes internationaux, sont souvent citées comme des gages de sérieux par les employeurs.

Un marché du travail en tension, où les certifications font la différence

Malgré une demande croissante, le marché peine à suivre. BDM rappelle que les offres d’emploi dans la cybersécurité ont augmenté de **25 % entre 2023 et 2025**, tandis que le nombre de candidats qualifiés stagne. Résultat : les salaires explosent pour les profils expérimentés, avec des rémunérations pouvant dépasser **80 000 € brut par an** pour des postes en région parisienne. Les certifications, comme le CISSP (Certified Information Systems Security Professional) ou l’OSCP (Offensive Security Certified Professional), sont devenues des passeports pour accéder à ces postes bien rémunérés.

Les formations en alternance, comme celles proposées par Ynov Campus, gagnent en popularité. Elles permettent aux étudiants de combiner théorie et pratique, tout en se constituant un réseau professionnel. « L’alternance est un excellent moyen de se frotter aux réalités du terrain », confie Etienne Sellan. « Les entreprises sont prêtes à investir dans des profils opérationnels, même juniors. »

Et maintenant ?

À horizon 2027, les experts s’attendent à une intensification des attaques ciblant les infrastructures critiques, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports. Les entreprises devraient donc renforcer leurs investissements dans la formation continue et l’automatisation des processus de sécurité. Une tendance qui pourrait aussi pousser les organismes de certification à adapter leurs programmes pour répondre aux nouveaux enjeux, comme l’intelligence artificielle ou la blockchain.

Pour les candidats, l’enjeu sera double : se spécialiser dans un domaine porteur (comme la sécurité cloud ou l’analyse forensique) tout en développant une polyvalence qui séduira les recruteurs. Une équation qui, selon Etienne Sellan, « ne sera pas facile à résoudre sans une veille active et une adaptabilité constante ».

Les formations en alternance, comme celles proposées par Ynov Campus ou l’ANSSI, sont particulièrement adaptées. Elles permettent d’acquérir une expérience terrain tout en obtenant des certifications reconnues. Les parcours en sécurité offensive (comme ceux menant à l’OSCP) ou en réponse aux incidents (avec des certifications CISSP ou CEH) sont également très prisés.