Comment passe-t-on d’un tas de vis, de tubes d’aluminium et de composants électroniques à un vélo électrique prêt à rouler ? Pour le découvrir, Numerama s’est rendu dans les Vosges, au cœur de l’usine Moustache, l’un des symboles de l’industrie française du vélo électrique entièrement fabriqué localement. Selon Numerama, cette visite a permis de suivre pas à pas le processus d’assemblage des modèles phares de la marque, comme le Mardi 27 et le Samedi X-Road, depuis la conception jusqu’à l’emballage final.

Ce qu'il faut retenir

  • L’usine Moustache, basée dans les Vosges, produit des vélos électriques 100 % made in France depuis sa création.
  • La marque fabrique elle-même ses roues, ses cadres en aluminium et ses pièces spécifiques, une approche rare dans le secteur.
  • Les batteries, stockées dans un bunker sécurisé de 10 000 unités, sont protégées par des systèmes coupe-feu et d’extinction automatique.
  • Le processus d’assemblage d’un vélo standard prend entre 30 minutes et 1h20, selon la complexité du modèle.
  • Moustache soumet ses vélos à des tests de fatigue extrêmes, bien au-delà des normes européennes, pour garantir leur fiabilité.

Un processus industriel verticalisé, de la vis au vélo fini

L’usine Moustache se distingue par son approche verticale : presque tous les composants sont conçus et assemblés sur place, des rayons des roues aux cadres en passant par les systèmes de suspension. Selon Numerama, la marque refuse d’acheter des roues toutes faites, préférant développer ses propres machines pour assembler chaque élément avec précision. « On part de zéro, c’est une fierté », explique un responsable de la production cité par Numerama. Cette stratégie permet à Moustache de maîtriser chaque détail, du positionnement des batteries – placées aussi bas que possible pour optimiser le centre de gravité – à la fabrication de pièces iconiques comme la poignée de batterie extensible.

Le processus débute par l’assemblage des roues. Une machine préassemble d’abord les rayons et le moyeu, puis un opérateur procède au laçage manuel, une étape cruciale où la précision est de mise. « Il faut être agile et placer les bons rayons au bon endroit », précise Numerama. Une fois la roue « cassée » – c’est-à-dire correctement positionnée avant tension finale – elle est contrôlée par une machine sur-mesure qui vérifie le nombre de rayons et le diamètre, avant d’éliminer tout voile résiduel. Ces roues, une fois validées, rejoignent ensuite la chaîne d’assemblage principal.

Des cadres en aluminium moulés sur mesure et des batteries sous haute protection

Les cadres, reçus en deux parties (triangle avant et arrière), sont d’abord moulés en aluminium, un matériau choisi pour son équilibre entre légèreté et robustesse. « Mouler de si grosses pièces en aluminium n’était pas courant à l’époque du lancement du modèle J », rappelle Numerama. Une fois usinés pour intégrer les passages de câbles et les zones de fixation, les cadres passent en salle de peinture, où les équipes testent les nuances de couleur sur des échantillons avant de valider une teinte pour la production. Côté batteries, la prudence est maximale : stockées dans un local sécurisé doté d’un plafond en béton épais et d’une porte coupe-feu de 600 kg, les quelque 10 000 unités présentes sur site sont protégées contre tout risque d’incendie. « Autour de nous, on compte environ 10 000 batteries », détaille Numerama, soulignant l’importance de ces mesures.

Une fois les cadres peints et les sous-ensembles préparés – fourches, garde-boue en aluminium triple cavité, systèmes de suspension développés en interne –, les deux lignes de production se rejoignent. Les techniciens câblent le vélo, installent le moteur Bosch par le dessous, puis procèdent aux réglages finaux : freins, vitesses, éclairage, et calibration du système électrique. « Un vélo standard s’assemble en 1h15 à 1h20 », indique Numerama, tandis que les modèles les plus simples peuvent être montés en une demi-heure.

Des tests poussés au-delà des normes européennes

Avant d’être commercialisés, tous les vélos Moustache passent par un laboratoire où ils subissent des épreuves bien plus exigeantes que les certifications européennes. Numerama a pu assister à des tests de fatigue au freinage, où des freinages intenses et répétés simulent des conditions réelles d’utilisation intensive. D’autres essais, encore plus poussés, font tourner le vélo sur des rouleaux semés d’obstacles, chargés ou non, pour évaluer sa résistance aux vibrations. « Il arrive que des vélos échouent, c’est même une étape normale en début de cycle de développement », confie un ingénieur. Ces échecs permettent d’affiner la conception et de garantir la solidité des modèles finaux.

Les suspensions, développées en interne, sont un autre exemple de cette quête de fiabilité. « Les cadres lourds imposent des contraintes plus fortes, notamment dans les virages ou en descente », explique Numerama. Plutôt que d’opter pour des suspensions standard, Moustache a conçu les siennes, réglées au millimètre près pour absorber les chocs tout en maintenant une transmission optimale de la puissance moteur à la roue. Une fois installées, ces suspensions intègrent déjà le capteur de mouvement, l’amortisseur arrière et les câbles nécessaires au fonctionnement du système électrique.

Un vélo prêt à partir, après un ultime contrôle qualité

La dernière étape avant l’emballage est un contrôle qualité rigoureux. Chaque vélo est associé à son étiquette via un système informatique, puis inspecté pour détecter la moindre anomalie, même esthétique. « Grâce à une capacité de peinture sur place, une rayure ou un choc d’outil peut être corrigé », précise Numerama. Une fois validé, le vélo est encartonné et dirigé vers l’espace de stockage, où des machines automatisées le rangent sur des étagères avant de le transférer vers la zone de livraison immédiate. « Les vélos prêts à être expédiés sont prioritaires », souligne Numerama.

En une journée complète de visite, les équipes de Numerama ont pu observer l’ensemble du processus, des premières manipulations des opérateurs à l’emballage final. « En temps normal, les ouvriers sont concentrés sur leur chaîne de production, sans interruption », précise le média. Cette immersion dans les coulisses de Moustache révèle une industrie locale dynamique, où chaque détail compte pour produire des vélos électriques réputés pour leur robustesse et leur fiabilité.

Et maintenant ?

Avec plus de 200 sites de production de vélos en France, l’industrie locale continue de se structurer. Moustache, qui mise sur une fabrication 100 % française depuis sa création, pourrait voir son modèle inspirer d’autres acteurs du secteur. Pour l’heure, la marque mise sur l’export tout en maintenant une production locale intensive. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact de cette stratégie sur sa croissance, notamment face à la concurrence internationale.

Numerama rappelle que l’usine Moustache, basée dans les Vosges, incarne une réussite industrielle française dans un secteur en pleine expansion. Son approche verticale et ses tests de fiabilité poussés à l’extrême en font un acteur à part dans l’univers du vélo électrique.

La marque justifie cette décision par la volonté de maîtriser chaque détail de ses vélos. En produisant ses propres roues, Moustache peut optimiser le positionnement des rayons, la rigidité et le poids, tout en adaptant les composants aux besoins spécifiques de ses modèles, comme les Mardi 27 ou Samedi X-Road. Cette approche permet également de gagner en réactivité et de réduire les coûts logistiques, selon Numerama.