Le tribunal administratif de Montreuil a confirmé ce mardi 28 juillet l’annulation du permis de construire d’un futur data center à Le Bourget (Seine-Saint-Denis), selon Le Figaro. La décision intervient après l’opposition farouche du nouveau maire, élu en mars, à ce projet validé en urgence par son prédécesseur deux jours avant le premier tour des élections municipales. L’affaire illustre les tensions croissantes autour des centres de données en Île-de-France, où les contestations locales se multiplient face à l’essor de ces infrastructures gourmandes en énergie.

L’ancien maire divers droite du Bourget, Jean-Baptiste Borsali, avait signé le permis de construire le 13 mars 2026 au bénéfice du groupe immobilier Segro, un projet dont la légalité était déjà contestée. Son successeur, Mehdi Nezzar, maire sans étiquette élu en mars, l’avait annulé dès le 12 juin, après une mobilisation citoyenne sans précédent. Une pétition en ligne, soutenue par plus de 18 000 signataires — soit davantage que la population totale de la commune, estimée à 16 000 habitants —, avait marqué les esprits.

Ce qu'il faut retenir

  • Le tribunal administratif de Montreuil valide l’annulation du permis de construire d’un data center au Bourget, accordé par l’ancien maire deux jours avant les municipales.
  • Mehdi Nezzar, élu en mars, avait retiré le permis en juin après une forte opposition locale.
  • Une pétition contre le projet a recueilli 18 000 signatures, dépassant la population communale.
  • Le juge des référés souligne que le projet ne respectait pas les règles d’urbanisme en vigueur.
  • Les data centers en Île-de-France font l’objet de contestations croissantes en raison de leur impact environnemental et urbain.

Un projet controversé depuis son lancement

Le permis de construire avait été délivré in extremis par Jean-Baptiste Borsali, alors que la campagne pour les municipales de 2026 battait son plein. Deux jours plus tard, le 15 mars, premier tour du scrutin, le maire sortant n’était pas réélu. Son successeur, Mehdi Nezzar, élu dès le second tour, avait immédiatement fait part de son opposition au projet. « Ce permis avait été accordé dans des conditions qui posaient question », avait-il déclaré lors de sa prise de fonction.

Le groupe Segro, spécialisé dans les plateformes logistiques, n’a pas répondu aux sollicitations de la presse après l’annonce de la décision judiciaire. Contacté par Le Figaro, le tribunal administratif de Montreuil n’a pas non plus souhaité s’exprimer au-delà du communiqué officiel.

Le tribunal confirme l’illégalité du projet

Saisi par Segro, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a statué que le projet de data center ne respectait pas les règles de hauteur prévues par le plan d’urbanisme local. Dans son communiqué, le tribunal précise que « le maire était tenu de retirer le permis », une décision qui valide ainsi l’action de Mehdi Nezzar.

Cette décision s’inscrit dans un contexte où les centres de données suscitent de vives critiques en Île-de-France. Ces infrastructures, indispensables au fonctionnement des géants du numérique, sont accusées de consommer des quantités d’énergie colossales et de générer des nuisances pour les riverains. Leur implantation massive en région parisienne a déjà donné lieu à plusieurs recours juridiques, certains projets ayant été bloqués pour non-respect des normes environnementales.

Une mobilisation citoyenne inédite

La contestation autour du data center du Bourget s’est traduite par une mobilisation populaire d’une ampleur rare. Plus de 18 000 personnes ont signé la pétition lancée contre le projet, un chiffre exceptionnel pour une commune de 16 000 habitants. Les habitants dénonçaient notamment l’impact environnemental du centre, prévu pour héberger des serveurs informatiques, ainsi que les nuisances sonores et visuelles potentielles.

Mi-juin 2026, une réunion publique s’est tenue à la mairie en présence de représentants de Segro et des habitants. « J’ai trouvé que Segro n’avait pas bien répondu aux interrogations des riverains », avait alors déclaré Mehdi Nezzar. « Les représentants de l’entreprise sont sortis sous les huées », avait-il ajouté, soulignant l’ampleur du rejet du projet par la population.

Un contexte politique tendu

L’affaire met en lumière les divergences entre l’action des anciens édiles et celle des nouveaux élus, souvent élus sur des programmes écologistes ou locaux. À Le Bourget, comme dans d’autres communes franciliennes, l’opposition aux data centers s’est transformée en un enjeu électoral majeur. Les candidats promettent désormais de renforcer les consultations citoyennes avant tout nouveau projet d’infrastructure industrielle ou technologique.

Pour Mehdi Nezzar, cette décision judiciaire représente une victoire symbolique. « Cela montre que les élus locaux peuvent s’opposer aux projets qui ne respectent pas les règles ou qui ne correspondent pas aux attentes des habitants », a-t-il réagi auprès de la presse locale. Il n’a pas caché son intention de poursuivre les discussions avec les acteurs économiques pour trouver un compromis acceptable pour tous.

Et maintenant ?

Le groupe Segro dispose désormais d’un délai pour contester cette décision devant les juridictions supérieures, notamment la cour administrative d’appel. Dans l’immédiat, l’entreprise n’a pas communiqué sur d’éventuelles nouvelles démarches. Côté municipal, Mehdi Nezzar a indiqué vouloir engager une réflexion plus large sur l’aménagement du territoire, afin d’éviter que de telles situations ne se reproduisent. Une concertation avec les habitants et les associations pourrait être organisée d’ici la fin de l’année, bien que les modalités restent à définir.

Cette affaire rappelle que les data centers, bien que stratégiques pour l’économie numérique, restent des projets hautement sensibles en termes d’acceptabilité sociale. En Île-de-France, où près de 80 % des centres de données français sont concentrés, les tensions pourraient s’intensifier à mesure que les projets se multiplieront. Pour les élus locaux, l’équilibre entre attractivité économique et qualité de vie des habitants sera déterminant dans les années à venir.

Les data centers sont critiqués pour leur consommation énergétique élevée, leur impact sur le réseau électrique régional, ainsi que les nuisances locales (bruit, chaleur résiduelle, artificialisation des sols). Leur implantation massive en Île-de-France, région déjà très urbanisée, soulève des questions sur leur durabilité et leur compatibilité avec les objectifs environnementaux.