L’auteur, compositeur et interprète David McNeil a récemment partagé ses souvenirs d’enfance et son rapport complexe à son père, le célèbre peintre Marc Chagall, dans un livre et un album sortis ce printemps. Selon Franceinfo - Culture, l’artiste a accepté de revenir sur ces thèmes lors d’un entretien diffusé le 19 juin 2026 dans l’émission « Le monde d’Élodie ». Deux œuvres publiées en 2026 témoignent de cette introspection : l’ouvrage Quelques mots à propos de quelques voitures rouges, paru aux éditions NRF le 16 avril, et l’album Le blues de l’homme blanc, sorti le 15 mai, réunissant des collaborations avec des figures comme Robert Charlebois, Renaud, Alain Souchon, Françoise Hardy ou Maxime Le Forestier.

Ce qu'il faut retenir

  • David McNeil publie en 2026 deux œuvres majeures : un livre autobiographique et un album musical explorant ses souvenirs et son héritage familial.
  • Il révèle que son enfance n’a pas été heureuse et explique pourquoi il n’a évoqué ce sujet qu’à l’âge adulte, notamment dans son livre Quelques mots à propos de quelques voitures rouges.
  • Le titre de l’album, Le blues de l’homme blanc, rend hommage aux musiciens blancs méconnus du blues, comme les fermiers irlandais pauvres.
  • McNeil revient longuement sur sa relation avec son père, Marc Chagall, figure admirée mais distante, dont il décrit le double visage — artiste génial et « monstre » insupportable.
  • L’album inclut une photo de l’artiste enfant avec sa première guitare, volée dans un pensionnat, et une chanson évoquant ce larcin.

Un livre pour évoquer une enfance marquée par l’absence

Dans Quelques mots à propos de quelques voitures rouges, David McNeil aborde pour la première fois sa petite enfance, qu’il qualifie d’« heureuse ». Il explique avoir attendu des décennies avant d’en parler, car ce passé était trop douloureux. « J’ai écrit quatre ou cinq livres biographiques, et je pense que je n’ai pas parlé de ma petite enfance parce qu’elle n’était pas heureuse », confie-t-il. Il précise avoir préféré se concentrer sur les moments où il a commencé à prendre conscience de sa vie et à en diriger certains aspects. Aujourd’hui, il estime avoir « plus rien à raconter », si ce n’est peut-être la rencontre entre ses parents avant sa naissance.

L’artiste évoque aussi le rôle de sa mère, qu’il décrit comme une figure courageuse ayant traversé des épreuves difficiles. Bien que McNeil ait passé une partie de son enfance avec son père, Marc Chagall, il insiste sur la distance qui les séparait. « Pour moi, quand j’étais gamin, celui que les gens appelaient maître, c’était papa », déclare-t-il. Il ajoute que, contrairement à la légende, son père n’était pas seulement un génie solitaire, mais un homme dont la personnalité complexe a pu rendre la vie familiale compliquée.

Marc Chagall : entre admiration et incompréhension

Le rapport de David McNeil à son père, l’un des peintres les plus célèbres du XXe siècle, est au cœur de ses réflexions. Il reconnaît toute l’admiration qu’il porte à ce « monstre de création », dont le talent a marqué l’histoire de l’art. Pourtant, il évoque aussi les difficultés à vivre aux côtés d’un homme aussi intense. « Les gens qui ont une vie aussi intense de création, Picasso était un mec insupportable parce qu’il vivait dans deux mondes », explique-t-il. Pour McNeil, son père incarnait cette dualité : tantôt un père attentionné lors de moments simples, comme une glace à Vence, tantôt un personnage distant et exigeant face aux médias ou aux marchands d’art.

Il revient également sur une phrase souvent reprise pour décrire les artistes : « On sait que les génies sont souvent des tyrans ». Interrogé sur le fait de savoir si c’est le fils ou l’adulte qui parle aujourd’hui, il répond avec lucidité : « Vous savez, les artistes sont souvent très insupportables et je comprends que ma mère soit partie ». Une référence à la séparation de ses parents, dont il évite de juger la complexité, préférant se concentrer sur ce qu’il a vécu : « Pour moi, c’était logique parce que je n’avais aucune comparaison ».

Le blues de l’homme blanc : un hommage aux oubliés du blues

L’album Le blues de l’homme blanc marque une nouvelle étape dans la carrière de McNeil, qui alterne entre chansons et textes depuis des décennies. Le titre interpelle : pourquoi évoquer le blues, tradition musicale associée aux Noirs américains, pour parler des Blancs ? L’artiste s’en explique clairement : « Aux États-Unis, le blues, c’est le chant du peuple noir des champs de coton. Mais on oublie les petits fermiers irlandais aussi pauvres, qui chantaient des valses en trois temps venues d’Europe ». Il ajoute : « J’avais envie de leur rendre hommage, parce que le blues est maintenant mondialement encensé ». Une manière de rééquilibrer l’histoire musicale et de célébrer ces figures méconnues.

L’album rassemble des collaborations prestigieuses, parmi lesquelles celles de Robert Charlebois, Renaud, Alain Souchon, Françoise Hardy ou Maxime Le Forestier. Chaque duo ou morceau reflète l’éclectisme de McNeil, capable de passer des textes poétiques aux mélodies entraînantes. Les chansons, comme celle évoquant sa guitare volée, mêlent autobiographie et réflexion sur la création artistique.

Une guitare volée et une photo d’enfance en guise de symbole

La pochette de l’album et une photo présente dans le livre montrent David McNeil enfant, tenant une guitare. Un instrument qu’il a chapardé dans la lingerie de son pensionnat. « C’était ma première guitare et c’est une guitare que j’ai volée, j’en parle dans une chanson », révèle-t-il. Il explique avoir attendu que personne ne la réclame pendant un mois ou deux avant de se résoudre à la prendre, estimant qu’une guitare est faite pour être jouée. Cette anecdote illustre son rapport précoce à la musique, mais aussi son indépendance, voire sa rébellion face aux règles.

Le choix de cette image n’est pas anodin. Elle symbolise à la fois sa passion naissante et son besoin de s’affirmer, malgré un environnement familial complexe. Pour McNeil, cette guitare représente un lien tangible avec l’art, malgré les absences et les silences qui ont jalonné son enfance.

Et maintenant ?

Avec la sortie de son livre et de son album, David McNeil semble avoir atteint une forme de plénitude créative. Il évoque désormais la possibilité de s’arrêter là, sauf pour une dernière histoire : la rencontre entre ses parents avant sa naissance. Ses œuvres récentes pourraient marquer un tournant dans sa carrière, en offrant au public un accès inédit à son intimité. Les prochaines semaines pourraient voir McNeil participer à des rencontres littéraires ou musicales pour promouvoir ces publications, bien qu’aucune date précise n’ait été annoncée pour l’instant.

Ces deux projets, à la fois littéraire et musical, confirment la place centrale de l’écriture et de la composition dans la vie de David McNeil. Après des décennies dédiées à d’autres artistes, comme Yves Montand, Mathieu Chédid, Renaud ou Julien Clerc — pour qui il a écrit le tube Mélissa —, il signe aujourd’hui des œuvres personnelles qui explorent ses racines et ses contradictions. Une façon, peut-être, de clore un chapitre pour en ouvrir un autre.

L’auteur explique avoir découvert cette phrase par hasard en lisant un article sur les voitures de course, dans un avion. Il y voit une métaphore de sa propre relation à l’art et à la création : « Donner à un enfant un morceau de papier, des crayons de couleur et demandez-lui de dessiner une voiture, il dessinera sûrement une voiture rouge ». Pour McNeil, cette citation résume l’instinct créatif, même chez les plus jeunes, et son propre rapport à l’écriture et à la musique.