Comme le rapporte RFI, Des refrains pour l'histoire, l'émission qui décrypte les liens entre les chansons populaires et les grands événements historiques, revient cet été pour une deuxième saison. Le principe reste inchangé : analyser comment certaines mélodies, devenues des repères collectifs, portent en elles des pans entiers de mémoire collective. Aujourd'hui, c'est l'histoire de « Carol of the Bells », ce chant de Noël mondialement connu, que Kseniya Zhornokley, journaliste à la rédaction ukrainienne de RFI, nous plonge dans un récit méconnu où se mêlent identité nationale et adaptation musicale.

Ce qu'il faut retenir

  • Une chanson ukrainienne traditionnelle, « Shchedryk », composée en 1916 par Mykola Leontovych, est à l'origine de « Carol of the Bells ».
  • Le morceau, d'abord interprété comme une comptine hivernale, a été réorchestré en 1936 par Peter J. Wilhousky pour en faire un chant de Noël américain.
  • « Shchedryk » symbolise depuis plus d'un siècle l'identité ukrainienne, notamment lors des fêtes de fin d'année.
  • La mélodie originale, aux paroles en ukrainien, évoque les richesses et l'abondance, loin de toute connotation religieuse.
  • L'adaptation américaine a effacé les références à l'Ukraine, reléguant l'œuvre originale à un statut de folklore méconnu.

Une création ukrainienne méconnue du grand public

Selon RFI, « Shchedryk » a été composée en 1916 par le compositeur et ethnomusicologue ukrainien Mykola Leontovych. À l'origine, cette œuvre s'inspire d'un chant traditionnel ukrainien chanté par les sorovskyï, des groupes de jeunes filles qui allaient de maison en maison au début du printemps pour souhaiter prospérité aux familles. Le texte, en vieux-slave ukrainien, évoque une colombe (le « shchedryk ») qui vole de fenêtre en fenêtre en apportant l'abondance.

Contrairement à ce que suggère son adaptation américaine, « Shchedryk » n'a jamais été un chant religieux. « Il s'agissait d'une mélodie profane, célébrant la vie et la générosité, et non la Nativité », précise Kseniya Zhornokley. Pourtant, c'est sous cette forme qu'elle a traversé les frontières, bien au-delà des steppes ukrainiennes.

L'adaptation américaine : une réinvention à l'autre bout du monde

Comme le rapporte RFI, la transformation de « Shchedryk » en « Carol of the Bells » s'est opérée en 1936. Cette année-là, le compositeur américain Peter J. Wilhousky, d'origine ukrainienne, a réorchestré la mélodie et en a modifié les paroles pour en faire un chant de Noël. Le texte original a été remplacé par des syllabes sans signification (« Hark! How the bells... »), évoquant des cloches, d'où le titre « Carol of the Bells ».

« Cette réinterprétation a effacé toute référence à l'Ukraine, réduisant une œuvre nationale à un simple air festif », explique la journaliste. Pourtant, le succès a été immédiat : « Carol of the Bells » est devenu l'un des chants de Noël les plus populaires aux États-Unis, repris dans des films, des publicités et des concerts. Aujourd'hui, il est difficile d'imaginer qu'il trouve ses racines dans une chanson ukrainienne.

Un symbole de résistance culturelle ukrainienne

D'après RFI, « Shchedryk » a toujours été bien plus qu'une simple mélodie pour les Ukrainiens. Elle incarne leur résilience culturelle, notamment face aux tentatives de russification et d'effacement de leur patrimoine. « Cette chanson, comme d'autres œuvres de Leontovych, a été un moyen pour le peuple ukrainien de préserver son identité, surtout pendant les périodes de répression », souligne Kseniya Zhornokley.

Bref, si « Carol of the Bells » rythme les fêtes de fin d'année à travers le monde, son histoire rappelle que certaines œuvres, même transformées, restent des marqueurs forts de leur origine. Pour les Ukrainiens, « Shchedryk » est bien plus qu'un chant : c'est un symbole de fierté nationale, même si le grand public l'ignore souvent.

Et maintenant ?

Avec la guerre en Ukraine, qui s'étend maintenant depuis plus de deux ans, la question de la préservation du patrimoine culturel ukrainien prend une dimension nouvelle. Plusieurs initiatives, comme des concerts ou des documentaires, tentent de faire redécouvrir des œuvres comme « Shchedryk » au public international. Reste à voir si cette prise de conscience se traduira par une reconnaissance plus large de ces œuvres, notamment dans les célébrations de fin d'année.

Si la mélodie de « Carol of the Bells » continue de résonner chaque hiver, son histoire pose une question plus large : comment les cultures minoritaires peuvent-elles retrouver la place qui leur revient dans le paysage musical mondial ?

« Shchedryk » est une chanson traditionnelle ukrainienne composée en 1916 par Mykola Leontovych, dont les paroles évoquent une colombe apportant l'abondance. « Carol of the Bells », adapté en 1936 par Peter J. Wilhousky, reprend la mélodie mais avec des paroles en anglais évoquant des cloches, sans référence à l'Ukraine.