Une église située sur le site du Cerro de la Virgen, à Calasparra, dans le sud-est de l’Espagne, montre qu’une communauté chrétienne a poursuivi son activité liturgique jusqu’au IXe siècle, selon Euronews FR. Pour les archéologues, la découverte suggère une cohabitation plus harmonieuse entre chrétiens et musulmans.

Cette découverte oblige les historiens à revoir certaines des idées les plus solidement établies sur les premiers siècles d'Al-Andalus. Les fouilles menées sur le Cerro de la Virgen de Calasparra ont mis au jour une église paléochrétienne qui non seulement a survécu à la conquête musulmane de l'an 713, mais est restée en usage pendant près de deux siècles supplémentaires.

Ce qu'il faut retenir

  • La découverte d'une église paléochrétienne sur le site du Cerro de la Virgen à Calasparra, en Espagne.
  • La communauté chrétienne a poursuivi son activité liturgique jusqu’au IXe siècle.
  • Les fouilles suggèrent une cohabitation plus harmonieuse entre chrétiens et musulmans.

Le contexte historique

L'étude, publiée dans la revue scientifique 'Salduie' par les chercheurs David Martínez et Rubén Fernández, documente l'existence d'un temple fondé autour de la première moitié du Ve siècle qui aurait conservé sa vocation religieuse au moins jusqu'au IXe siècle. Si cette chronologie venait à être pleinement confirmée, elle constituerait l'une des preuves les plus solides de la continuité du culte chrétien dans la péninsule Ibérique durant les premières années de l'occupation maure.

Les datations obtenues par la technique du carbone 14 situent la construction de l'édifice entre les années 410 et 440 de notre ère. À cela s'ajoutent des analyses céramiques et stratigraphiques qui étayent l'hypothèse d'une occupation prolongée du site.

La cohabitation harmonieuse

Les chercheurs affirment qu'il n'existe aucune preuve que l'église ait été transformée en mosquée, ni qu'elle ait immédiatement perdu sa fonction religieuse. Ils soulignent même que 'le registre archéologique, marqué par la présence de conteneurs et de céramique de cuisine, ne doit pas être interprété comme une preuve d'une désacralisation du temple ou de sa conversion en habitations islamiques'.

La présence de ces objets révèle que le Cerro de la Virgen a joué un rôle bien plus large que le seul domaine religieux. Sa position stratégique, dominant d'importantes voies de communication et les ressources agricoles de son environnement, en a fait un centre d'organisation territoriale et économique.

Et maintenant ?

Les découvertes de Calasparra esquissent une réalité plus complexe que ce que l'on avait tenu pour acquis pendant des décennies. La disparition de ces communautés chrétiennes n'a pas nécessairement répondu à des épisodes de destruction ou d'expulsion provoqués par les maures, mais à un lent processus d'intégration dans la nouvelle société andalouse.

Les ruines du Cerro de la Virgen offrent ainsi une nouvelle fenêtre pour observer l'une des périodes les plus décisives de l'histoire de la péninsule Ibérique. Elles suggèrent que la transition entre le monde wisigothique et Al-Andalus a été, du moins dans certains territoires, bien plus graduelle, négociée et complexe que ce que l'on avait tenu pour acquis pendant des décennies.

Les chercheurs espèrent que cette découverte permettra de mieux comprendre comment s'est produite l'islamisation de la société péninsulaire. Loin d'un remplacement immédiat des populations ou des institutions, le processus aurait été marqué par des décennies d'adaptation, de coexistence et de transformation progressive.