Un réseau de comptes sur les réseaux sociaux, prétendant être des utilisateurs écossais et irlandais, s’est révélé être une opération d’influence pro-iranienne. Selon Euronews FR, cette campagne a été identifiée par des chercheurs de l’université de Clemson, en Caroline du Sud, qui ont analysé des mois de publications avant de révéler leur véritable nature.

Ces comptes, actifs sur des plateformes comme X, Instagram et Bluesky, ont passé des années à se forger une crédibilité en partageant des contenus locaux – paysages écossais, débats sur l’indépendance britannique ou critiques contre le gouvernement de Rishi Sunak – avant de basculer brutalement dans la propagande pro-iranienne dès le début du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran en février 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Un réseau de comptes affiliés aux Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’Iran a utilisé des faux profils écossais et irlandais pour diffuser de la propagande.
  • Ces comptes ont opéré pendant des mois sur X, Instagram et Bluesky avant de basculer dans la propagande pro-iranienne après février 2026.
  • Les chercheurs de l’université de Clemson ont identifié des indices comme des caractères farsi dans des hashtags ou des images générées par IA.
  • Europol a démantelé des milliers de comptes liés au CGRI dans 19 pays entre février et avril 2026.
  • Le CGRI a été classé comme organisation terroriste par l’UE le 19 février 2026, facilitant les actions de répression en ligne.

Une opération d’influence longue et méthodique

Les chercheurs du Media Forensics Hub de l’université de Clemson ont reconstitué le fonctionnement de ce réseau de comptes. Avant la guerre d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, ces profils se faisaient passer pour des militants locaux, partageant des contenus « anti-travaillistes, anti-union et anti-Starmer », tout en soutenant l’indépendance écossaise. « Il y avait de vrais Écossais et Irlandais qui interagissaient avec ces comptes », explique Ella Murray, analyste de l’influence numérique au sein du hub.

Avec l’escalade du conflit en février 2026, le réseau a radicalement changé de ton. « Après le début de la guerre, ils ont complètement pivoté pour poster des images pro-iraniens de frappes contre Israël et l’Arabie saoudite », précise Ella Murray. Les publications incluaient des messages glorifiant l’ayatollah Ali Khamenei, des images générées par IA représentant des bases militaires américaines détruites, ainsi que des appels à la vengeance après sa mort.

Des indices techniques révélateurs

Plusieurs éléments trahissaient la supercherie. Les profils se présentaient souvent comme des femmes, mais utilisaient des photos volées ou générées par intelligence artificielle. Dans un cas précis, un compte a accidentellement intégré un caractère farsi dans un hashtag, suggérant que son créateur passait d’un clavier persan à un clavier anglais. « Il était donc facile d’identifier qu’ils avaient accès à ces images et qu’ils publiaient les mêmes contenus sur tous les comptes », ajoute Ella Murray.

Les comptes utilisaient aussi des légendes en anglais critiquant l’agence américaine de l’immigration (ICE) ou le président américain Donald Trump, tout en soulignant la mort d’enfants et de civils en Iran. Certains posts s’inspiraient de faits viraux, comme la mort de Renée Good, abattue par un agent de l’ICE à Minneapolis, pour alimenter des discours sur le racisme institutionnel.

Un réseau bien plus large que les îles britanniques

Si les faux profils écossais et irlandais ont retenu l’attention des chercheurs, ils ne représentent qu’une partie d’une campagne plus vaste. D’autres comptes, publiés en espagnol, se faisaient passer pour des militants texans, californiens, vénézuéliens ou chiliens. Ces profils critiquaient également les politiques américaines, notamment l’action de l’ICE, ou soutenaient le président vénézuélien Nicolás Maduro.

Cette stratégie d’infiltration dans des débats locaux n’est pas nouvelle. Elle reflète une approche classique des opérations d’influence iraniennes, qui visent à semer la division en se fondant dans des conversations existantes. Les contenus vont des vidéos de guerre obsolètes aux clips viraux, parfois générés par IA, en passant par des montages plus rudimentaires.

Répression ciblée par Europol après la désignation du CGRI comme organisation terroriste

Le 19 février 2026, l’Union européenne a officiellement classé le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste. Cette décision a offert une base juridique aux autorités européennes pour démanteler son infrastructure en ligne. En mai 2026, Europol a annoncé avoir fermé des milliers de comptes affiliés au CGRI dans 19 pays entre février et avril de cette année.

Parmi les cibles figuraient le compte X principal du CGRI, qui comptait plus de 150 000 abonnés. Les messages diffusés mêlaient martyre religieux, propagande pro-iranienne et appels à la vengeance. Europol a souligné l’utilisation massive de vidéos générées par IA pour glorifier les actions du CGRI, ainsi que des montages présentés comme des preuves de frappes réussies.

Et maintenant ?

Les autorités européennes et américaines pourraient renforcer leurs mesures de cybersécurité pour contrer les campagnes d’influence étrangères, notamment celles utilisant des faux profils et des contenus générés par IA. La désignation du CGRI comme organisation terroriste ouvre la voie à des actions juridiques accrues, mais la lutte contre ces réseaux reste complexe en raison de leur capacité à s’adapter et à se fragmenter. Une surveillance accrue des plateformes sociales est attendue dans les mois à venir, avec un accent particulier sur les contenus en langue étrangère.

Cette affaire soulève également des questions sur la résilience des démocraties face aux manipulations informationnelles. Comment distinguer une opinion locale d’une opération d’influence étrangère ? La réponse pourrait passer par un renforcement des collaborations entre chercheurs, plateformes numériques et autorités judiciaires.

Les chercheurs ont repéré des incohérences techniques, comme l’utilisation de caractères farsi dans des hashtags ou la réutilisation systématique d’images générées par IA. Des recoupements entre les publications, ainsi que des comportements anormaux (copier-coller de messages sans adaptation), ont aussi joué un rôle clé.

La désignation du CGRI comme organisation terroriste le 19 février 2026 a permis à Europol d’agir sur une base juridique solide. Entre février et avril 2026, l’agence a coordonné des actions dans 19 pays pour fermer des milliers de comptes liés au réseau, en ciblant notamment les plateformes X et Instagram.