L’Union européenne se retrouve sous pression après l’aggravation du déficit budgétaire ukrainien, alors que le bloc doit assumer une part croissante du financement de l’effort de guerre à Kyiv. Selon Euronews FR, le ministère ukrainien de la Défense affiche un manque à gagner de 27 milliards de dollars (soit 23,1 milliards d’euros), un trou financier qui menace la capacité de l’Ukraine à maintenir ses opérations militaires face à la Russie.
Ce déficit n’est pas le résultat de dépenses imprévues. Il s’explique par une utilisation anticipée des fonds initialement destinés aux six derniers mois de l’année 2026. Les 23 milliards d’euros manquants doivent couvrir les salaires des militaires, les dépenses sociales et les achats d’armes, dont 6 milliards d’euros de paiements anticipés pour des livraisons prévues début 2027. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a souligné lors d’une réunion de la « Coalition des volontaires » à Kyiv, lundi 25 août, l’urgence de combler ce déficit pour permettre à l’Ukraine de « rester compétitive par le nombre de frappes en profondeur » contre la Russie. « Nous avons besoin de plus d’argent, de beaucoup plus », a-t-il lancé, réclamant une accélération des financements européens.
Ce qu’il faut retenir
- Le ministère ukrainien de la Défense fait face à un déficit de 23,1 milliards d’euros, selon Euronews FR.
- Ce déficit résulte d’une utilisation anticipée des fonds prévus pour le second semestre 2026, incluant des paiements pour des livraisons d’armes en 2027.
- L’UE a déjà versé 3,2 milliards d’euros d’aide budgétaire et 8,35 milliards d’euros d’aide militaire, mais des retards dans les réformes ukrainiennes freinent certains décaissements.
- Zelensky propose d’avancer une partie d’un prêt de 90 milliards d’euros accordé par l’UE, mais cette solution suscite des réticences à Bruxelles.
- L’UE détient 210 milliards d’euros d’actifs russes gelés, une piste envisagée pour financer l’Ukraine, mais bloquée par des oppositions politiques.
Un prêt européen de 90 milliards d’euros au cœur des tensions
Pour financer l’Ukraine jusqu’en 2027, l’Union européenne a mis en place un prêt exceptionnel de 90 milliards d’euros, divisé en deux tranches de 45 milliards pour 2026 et 2027. La proposition de Zelensky consiste à avancer une partie des fonds prévus pour 2027 afin de combler le déficit actuel. Une manœuvre qui, selon des responsables européens cités par Euronews FR, « comporterait d’importants risques politiques ».
En effet, avancer ces fonds nécessiterait des amendements juridiques et une révision du calendrier d’emprunt de la Commission. Surtout, cela pourrait laisser l’Ukraine sans solution de financement en 2027, alors que les besoins de Kyiv risquent de persister, voire de s’aggraver, avec l’intensification des attaques russes. « Les 27 dirigeants de l’UE avaient approuvé ce prêt en partant du principe qu’il garantirait un financement stable à l’Ukraine jusqu’en 2027 », rappelle un haut responsable européen. Or, une nouvelle ligne de crédit en 2027, année marquée par plusieurs scrutins nationaux, pourrait s’avérer difficile à faire adopter.
Une aide militaire et budgétaire déjà en partie bloquée
Depuis le début de l’invasion russe, l’UE a versé 3,2 milliards d’euros d’aide budgétaire directe et 8,35 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine. Parmi ces fonds, 22 milliards d’euros ont été alloués à l’achat d’armes, notamment des avions de combat et des drones. Cependant, ces sommes ne sont débloquées qu’après vérification des contrats par Bruxelles, un processus qui peut être retardé par des erreurs ou des modifications de dernière minute. Six milliards d’euros restent ainsi non alloués, tandis que 14 milliards d’euros d’aide budgétaire sont en attente, certains versements étant conditionnés à des réformes.
Ces retards ont suscité des inquiétudes à Bruxelles. « Dans les prochaines semaines, nous serons très occupés sur le volet défense, car nous savons ce qui est en jeu », a indiqué un porte-parole de la Commission européenne. « Nous savons qu’il y a un degré d’urgence incroyable et nous accélérons nos opérations en conséquence. » Parmi les priorités, les systèmes de défense aérienne, essentiels face aux frappes continues de missiles balistiques russes, figurent en tête de liste.
Les alliés occidentaux se font rares, et les avoirs russes gelés restent un sujet controversé
L’UE déplore que, à l’exception du Royaume-Uni et de la Norvège, les autres alliés occidentaux n’aient pas contribué autant qu’espéré au financement de l’Ukraine. Le soutien des États-Unis, autrefois l’un des principaux contributeurs, s’est de facto interrompu, laissant le bloc européen assumer une part croissante du fardeau. Face à cette situation, Volodymyr Zelensky a évoqué une solution alternative : l’utilisation des avoirs gelés de la Banque centrale de Russie, estimés à 210 milliards d’euros et majoritairement conservés en Belgique.
Cette piste, qualifiée de « plan A » par la Commission européenne, avait été abandonnée en décembre 2025 après l’opposition de plusieurs États membres, dont la Belgique. Pourtant, certains pays, comme la Lettonie, continuent de défendre cette idée. « Nous devons nous mettre d’accord pour utiliser les avoirs russes gelés, non pas l’argent des citoyens de l’UE, mais les fonds russes gelés pour régler cette facture », a déclaré le Premier ministre letton Andris Kulbergs lors de la réunion de la « Coalition des volontaires ». « La facture est très élevée. C’est une somme énorme à payer. Pourquoi les citoyens européens devraient-ils régler l’intégralité de la note ? Elle est russe. »
Cependant, les opposants à cette solution restent fermes. La Belgique exige des garanties de solidarité supplémentaires, tandis qu’Euroclear, l’institution financière belge qui détient une grande partie de ces actifs, fait face à des recours judiciaires de la part de Moscou. « Au vu de ce qui s’est passé l’an dernier, je ne vois pour l’instant aucune volonté de rouvrir ce dossier », a confié un haut responsable de l’UE à Euronews FR. « Les obstacles et les réserves de certains États membres n’ont pas changé. Nous aviserons quand nous y serons. »
D’ici là, l’Ukraine devra composer avec un déficit immédiat de 23 milliards d’euros, tandis que l’UE devra arbitrer entre solidarité militaire et contraintes budgétaires. Une équation d’autant plus complexe que l’horizon politique de 2027 s’annonce chargé en scrutins nationaux à travers l’Europe.
Ce déficit résulte d’une utilisation anticipée des fonds initialement prévus pour le second semestre 2026. L’Ukraine a puisé dans ces réserves pour couvrir des dépenses urgentes, notamment les salaires des militaires, les dépenses sociales et des paiements anticipés pour des livraisons d’armes prévues début 2027. Selon Euronews FR, cette situation reflète une gestion budgétaire contrainte par l’urgence de l’effort de guerre.