Les efforts de lutte contre la déforestation illégale au Brésil portent leurs fruits. Sur la période allant d’août 2025 à juillet 2026, la destruction de la forêt amazonienne dans sa partie brésilienne a atteint son niveau le plus bas depuis une décennie, selon les chiffres officiels publiés ce vendredi 7 août 2026. Ces données, collectées par l’Institut national de recherches spatiales (Inpe) et relayées par BMF - International, confirment une tendance à la baisse amorcée depuis le retour au pouvoir du président Luiz Inacio Lula da Silva.

Ce qu'il faut retenir

  • 2 874 km² de forêt amazonienne brésilienne ont été déboisés entre août 2025 et juillet 2026, soit une baisse de 37 % par rapport aux 12 mois précédents.
  • Ce chiffre constitue le plus bas niveau enregistré pour cette période depuis le début des relevés en 2016.
  • La déforestation avait atteint un pic de 10 278 km² en 2022, sous le mandat de l’ancien président Jair Bolsonaro.
  • Le président Lula s’est engagé à éradiquer la déforestation illégale d’ici 2030, un objectif qu’il juge désormais « atteignable » avec le rythme actuel.

Une amélioration continue depuis le retour de Lula en 2023

La baisse de la déforestation s’inscrit dans une dynamique enclenchée dès 2023, première année du second mandat de Luiz Inacio Lula da Silva. Après un pic historique de 10 278 km² de forêt détruite en 2022, année marquée par les politiques environnementales controversées de son prédécesseur d’extrême droite, Jair Bolsonaro, les chiffres ont été presque divisés par deux dès 2023. Cette tendance s’est poursuivie en 2024 et 2025, avant d’atteindre un niveau historiquement bas pour la période août-juillet.

Les données satellitaires de l’Inpe, l’organisme public brésilien chargé de surveiller l’Amazonie, montrent que la superficie déboisée sur les douze derniers mois est passée de 4 500 km² à 2 874 km², soit une réduction de près de deux cinquièmes. Un recul qui contraste avec les années Bolsonaro, marquées par une accélération sans précédent de la déforestation.

Lula mise sur les résultats pour sa campagne de réélection

Alors que le président brésilien brigue un quatrième mandat, non consécutif, lors de l’élection d’octobre 2026, la présentation de ces chiffres intervient à un moment clé de sa campagne. Face à lui, son principal adversaire n’est autre que Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien chef de l’État, qui avait fait de la lutte contre les politiques environnementales une priorité de son discours.

Lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’Inpe, à Sao José dos Campos, près de Sao Paulo, Lula a salué ces résultats comme la preuve que ses engagements peuvent se concrétiser. « Les chiffres montrent que, si nous gardons ce rythme, avec ce sérieux, et en y mettant les moyens nécessaires, nous pouvons atteindre [l’objectif de 2030] », a-t-il déclaré. Il a également insisté sur la prise au sérieux de la question climatique par son gouvernement, en opposition avec le déni affiché par ses prédécesseurs.

« Nous prenons la question climatique très au sérieux, nous ne sommes pas dans le déni. »

Un contraste saisissant avec la période Bolsonaro

Pour comprendre l’ampleur du recul actuel, il faut rappeler le contexte des années 2019 à 2022. Sous la présidence de Jair Bolsonaro, la déforestation en Amazonie avait connu une explosion sans précédent, atteignant des niveaux records. En 2019, l’Inpe avait enregistré 10 129 km² de forêt détruite, un chiffre qui avait encore augmenté en 2021 (10 341 km²) avant de culminer à 10 278 km² en 2022.

Cette période avait été marquée par des mesures controversées : affaiblissement des contrôles environnementaux, réduction des budgets alloués à la protection de l’Amazonie, et critiques ouvertes des ONG et des scientifiques. La pression internationale, notamment européenne, s’était intensifiée, poussant le Brésil à réagir sous l’impulsion de Lula, de retour au pouvoir en janvier 2023.

Un objectif ambitieux pour 2030

Si la tendance actuelle se maintient, le Brésil pourrait atteindre l’objectif fixé par Lula d’une déforestation illégale nulle d’ici 2030. Un pari audacieux, alors que l’Amazonie reste soumise à des pressions multiples : expansion agricole, exploitation minière, et changements climatiques globaux. Les experts soulignent cependant que cette dynamique positive dépendra de la pérennité des politiques publiques et de la coopération des acteurs locaux.

Le gouvernement brésilien a mis en place plusieurs mesures pour soutenir cette transition : renforcement des patrouilles environnementales, soutien financier aux communautés indigènes, et incitations fiscales pour les activités durables. Une stratégie qui semble porter ses fruits, même si les défis restent nombreux.

Et maintenant ?

La publication de ces chiffres intervient à quelques semaines de l’élection présidentielle d’octobre 2026, où la question environnementale pourrait jouer un rôle décisif. Si Lula mise sur ces résultats pour convaincre les électeurs, son adversaire Flavio Bolsonaro a déjà annoncé vouloir revoir certaines politiques de protection de l’Amazonie. La suite dépendra donc en grande partie du résultat du scrutin. Par ailleurs, la communauté internationale observe avec attention l’évolution de la situation, alors que le Brésil reste un acteur clé dans la lutte contre le changement climatique.

Reste à voir si cette tendance se confirmera dans les années à venir, alors que le pays devra concilier développement économique et préservation de son patrimoine naturel. Une équation complexe, mais pour laquelle les premiers signes sont encourageants.

L’Institut national de recherches spatiales (Inpe) utilise des données satellitaires, principalement issues du système DETER (Détection de la déforestation en temps réel) et PRODES (Projet de surveillance de la déforestation par satellite en Amazonie légale). Ces outils permettent de cartographier les zones déboisées avec une précision de l’ordre de quelques centaines de mètres, et de publier des rapports mensuels et annuels.

Plusieurs éléments expliquent cette amélioration : un renforcement des contrôles environnementaux, une réduction des autorisations d’exploitation forestière illégale, un soutien accru aux communautés indigènes et locales, et une pression diplomatique internationale accrue. Le gouvernement a également restauré les budgets alloués à la protection de l’Amazonie, après leur réduction drastique sous Bolsonaro.