Alors que le gouvernement prépare le budget 2027, l’économiste Xavier Jaravel, président du Conseil d’analyse économique, a appelé à un frein sur les dépenses publiques afin d’éviter qu’elles n’augmentent plus rapidement que le PIB. Une mise en garde formulée ce lundi 1er septembre 2026 sur BFM Business, à quelques semaines de l’ouverture du débat parlementaire sur les comptes publics.

Ce qu'il faut retenir

  • Un avertissement sur la trajectoire des finances publiques : si les dépenses publiques progressent plus vite que la croissance, « on va dans le mur à long terme », selon Xavier Jaravel.
  • Les dépenses de retraites et de santé, représentant la moitié du budget public, sont particulièrement visées.
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu a exclu toute hausse d’impôts et mis l’accent sur la maîtrise des dépenses, notamment pour l’État.
  • L’inflation prévue à 2 % en 2026 et une croissance du PIB à 0,7 % rendent une revalorisation des dépenses sociales à ce rythme moins coûteuse que leur indexation sur les prix.
  • La Cour des comptes avait déjà souligné en juin 2026 que les économies sur les dépenses avaient été reportées en 2025, malgré une réduction du déficit.
  • Le déficit public ne devrait pas dépasser celui de 2025 (5,1 % du PIB), selon le gouvernement.

Un débat budgétaire sous haute tension

À moins de trois mois de l’examen du projet de loi de finances pour 2027, le gouvernement tente d’éviter un nouveau dérapage des comptes publics. Sébastien Lecornu, interrogé ce week-end dans Le Parisien, a confirmé que la priorité serait donnée à la maîtrise de la dépense plutôt qu’à une hausse des prélèvements obligatoires. « Il n’y aura pas de hausse d’impôts », a-t-il martelé, précisant que l’effort porterait avant tout sur la réduction des dépenses de l’État. Une position saluée par Xavier Jaravel, pour qui « il faut maîtriser la dépense publique » afin d’éviter une trajectoire insoutenable à long terme.

Retraites et santé, principaux points de vigilance

Pour l’économiste, deux postes budgétaires concentrent les risques : les retraites et la santé, qui représentent à eux seuls la moitié des dépenses publiques. Actuellement indexées sur l’inflation, ces prestations pourraient, si elles étaient revalorisées en fonction de la croissance du PIB, peser moins lourd sur les finances de l’État. En 2026, l’inflation devrait atteindre environ 2 %, tandis que la croissance du PIB est estimée à seulement 0,7 %. En 2025, les deux indicateurs évoluaient au même rythme (0,9 %), ce qui avait conduit à une progression automatique des dépenses sociales. « Si vous avez une dépense publique qui augmente un peu plus vite que votre croissance, forcément vous allez dans le mur à long terme », a averti Xavier Jaravel sur BFM Business.

L’État en première ligne, les collectivités locales et les dépenses sociales dans le viseur

Dans ses propositions, Sébastien Lecornu a détaillé les modalités de ce contrôle des dépenses. Pour l’État, les budgets continueront d’augmenter, mais à un rythme inférieur à l’inflation. Concernant les collectivités locales, le Premier ministre a proposé que leurs dépenses de fonctionnement progressent « ni plus ni moins » que l’inflation. « C’est juste », a-t-il commenté. En revanche, les dépenses sociales, notamment celles liées au vieillissement de la population, devraient mécaniquement dépasser le taux d’inflation. Une réalité que le gouvernement ne compte pas contourner en désindexant les petites retraites, comme l’a confirmé Lecornu : « On ne désindexera pas les petites retraites ». Pour les autres prestations, des discussions sont prévues avec les groupes politiques.

La Cour des comptes alerte sur les dépenses depuis des années

Les préconisations de Xavier Jaravel rejoignent les analyses de la Cour des comptes, qui avait déjà pointé du doigt, en juin 2026, l’insuffisance des économies réalisées sur les dépenses publiques. Dans un rapport, l’institution rappelait que le déficit public de 5,1 % du PIB en 2025 avait été réduit « exclusivement » grâce à des hausses d’impôts et de cotisations sociales, tandis que les dépenses avaient augmenté plus rapidement que la richesse nationale. « Les économies sur les dépenses ont été une nouvelle fois repoussées », soulignait la Cour. Une situation que le gouvernement souhaite désormais inverser, alors que le déficit pour 2027 ne devrait pas dépasser celui de 2025, selon les dernières estimations.

Un contexte international qui pèse sur les finances

Le Premier ministre a également reconnu que le contexte géopolitique actuel ne facilite pas la maîtrise des comptes publics. « Soyons lucides : le blocus du détroit d’Ormuz a tué toute perspective des 5 % dès le premier jour de la guerre », a-t-il déclaré, faisant référence à l’escalade des tensions au Moyen-Orient. Cette situation a perturbé les prévisions économiques initiales et rendu encore plus nécessaire un contrôle strict des dépenses.

Et maintenant ?

Le gouvernement devrait préciser ses objectifs de déficit pour 2027 d’ici la présentation du projet de loi de finances, prévue à l’automne. Les négociations avec les collectivités locales et les partenaires sociaux s’annoncent tendues, notamment sur les dépenses sociales. Le débat parlementaire sur le budget 2027 s’ouvrira dans un contexte où chaque point de croissance compte, alors que les marges de manœuvre restent limitées.

La maîtrise des dépenses publiques, et en particulier celles liées aux retraites et à la santé, restera au cœur des discussions dans les mois à venir. Une équation complexe, où chaque décision aura un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages et la soutenabilité des finances de l’État.

Ces deux postes représentent à eux seuls la moitié des dépenses publiques. Leur indexation sur l’inflation, couplée au vieillissement de la population, les rend particulièrement dynamiques. En 2026, avec une inflation prévue à 2 % et une croissance du PIB à 0,7 %, leur revalorisation selon la croissance serait moins coûteuse pour les finances publiques.