Un cafard équipé d’une combinaison étanche et téléguidé par des scientifiques pourrait bientôt explorer les milieux sous-marins, selon Courrier International. Ce projet de recherche, porté par le Pr Hirotaka Sato de l’université de technologie de Nanyang à Singapour, a été présenté fin juin dans la revue Nature Communications. L’objectif ? Transformer l’insecte en un drone miniature, capable de s’infiltrer dans des espaces confinés ou des structures immergées.

Ce qu'il faut retenir

  • Une combinaison de 6 grammes composée d’une coque étanche, d’un générateur d’oxygène et d’un système de communication sans fil permet aux cafards de rester trois heures sous l’eau.
  • Le projet, développé par le Pr Hirotaka Sato, mise sur les capacités naturelles de l’insecte pour réduire les coûts énergétiques par rapport à un robot classique.
  • L’équipe travaille désormais à intégrer une caméra pour des missions d’inspection ou de sauvetage en milieu hostile.
  • Des technologies similaires sont en développement en Chine et en Allemagne, avec des applications potentielles dans les secteurs civil et militaire.
  • Le Pr Hirotaka Sato estime pouvoir commercialiser ces dispositifs « dans deux ou trois ans ».

Une alternative économique aux robots sous-marins

Plutôt que de concevoir un drone miniature classique, l’équipe du Pr Sato a choisi de miser sur un cafard cyborg, comme l’explique le journal japonais Nihon Keizai Shimbun. La combinaison spécialement conçue pour l’insecte pèse 6 grammes et se compose de trois éléments : une coque étanche, une « bouteille » de plongée produisant de l’oxygène, et un « sac à dos » équipé d’une batterie et d’un module de communication sans fil. Grâce à ce dispositif, les scientifiques peuvent piloter l’insecte à distance via des impulsions électriques.

Lors des tests, le cafard cyborg a démontré sa capacité à se déplacer sous l’eau en effectuant des mouvements de marche avant, des virages et en restant immergé pendant jusqu’à trois heures. Une performance rendue possible par l’utilisation des muscles et du système nerveux de l’insecte, bien plus économe en énergie qu’un robot traditionnel. « Comparé aux robots, l’insecte cyborg est moins énergivore. Il en va de même pour les coûts de développement », précise le quotidien économique japonais.

Vers des missions d’inspection et de sauvetage

L’ambition du Pr Sato ne s’arrête pas à la démonstration de faisabilité. Son objectif est désormais d’intégrer une caméra miniature dans la combinaison pour permettre aux cafards cyborgs d’effectuer des missions concrètes. Parmi les scénarios envisagés : l’inspection de structures immergées, comme des pipelines ou des coques de navires, ainsi que la recherche de survivants lors de catastrophes naturelles. « Dans deux ou trois ans, je pourrai commercialiser ces appareils », a-t-il annoncé dans les colonnes du Nihon Keizai Shimbun.

Cette innovation s’inscrit dans un champ de recherche plus large, celui de la biorobotique, qui explore les synergies entre le vivant et la technologie. D’autres équipes à travers le monde travaillent sur des projets similaires, comme en Chine où des scientifiques pilotent des abeilles vivantes à distance grâce à un contrôleur cérébral de 74 milligrammes, comme l’a rapporté en 2025 le South China Morning Post.

Des applications civiles et militaires en ligne de mire

Les capacités des insectes cyborgs – discrétion, capacité à se faufiler dans des espaces étroits, résistance – en font des outils potentiellement intéressants pour plusieurs secteurs. L’industrie militaire pourrait y voir une solution pour des missions de reconnaissance ou de détection en milieu hostile, où la miniaturisation et la furtivité sont des atouts majeurs. « On pourrait imaginer des insectes téléguidés capables de se cacher dans un espace minuscule ou de pénétrer n’importe quel milieu », note le magazine américain Popular Mechanics.

Pourtant, comme le rappelle Alper Bozkurt, spécialiste en biorobotique à l’université de Caroline du Nord, les drones classiques conservent une longueur d’avance dans certains domaines. « Les scientifiques ont déjà trouvé toutes sortes de produits chimiques pour tuer des cafards », rappelle-t-il, soulignant que la survie de l’insecte dans des environnements hostiles reste un défi à relever.

« Comparé aux robots, l’insecte cyborg est moins énergivore. Il en va de même pour les coûts du développement. »
— Pr Hirotaka Sato, université de technologie de Nanyang, selon Nihon Keizai Shimbun

La biorobotique, un secteur en plein essor

Le projet du Pr Sato s’ajoute à une série d’initiatives internationales visant à exploiter le vivant comme plateforme technologique. En Allemagne, des équipes explorent également l’utilisation d’insectes modifiés pour des missions de surveillance ou de détection. Ces recherches, bien que récentes, s’appuient sur des décennies de progrès en neurosciences et en miniaturisation des systèmes électroniques.

Les avantages sont multiples : autonomie énergétique accrue, réduction des coûts de production et adaptabilité à des environnements extrêmes. Reste à surmonter les défis éthiques et techniques, comme la durée de vie limitée des insectes ou les questions de bien-être animal – un aspect que les équipes de recherche commencent seulement à aborder.

Et maintenant ?

Le Pr Sato et son équipe devraient finaliser les prototypes intégrant une caméra d’ici 2028, une étape clé avant une éventuelle commercialisation. Les premiers marchés ciblés pourraient être les secteurs de la maintenance industrielle sous-marine et de la sécurité civile. D’autres acteurs, notamment en Asie, devraient accélérer leurs recherches pour rattraper leur retard, tandis que les régulateurs commenceront probablement à encadrer ces nouvelles technologies. Reste à voir si les insectes cyborgs trouveront leur place aux côtés des robots autonomes.

En attendant, ces avancées soulèvent une question : dans un monde où la technologie repousse sans cesse les limites du possible, jusqu’où irons-nous dans l’intégration du vivant à nos outils ?

Le Pr Hirotaka Sato et son équipe ont opté pour un cafard cyborg en raison de son autonomie énergétique naturelle et de sa capacité à se faufiler dans des espaces confinés. Contrairement à un robot, dont la conception et l’entretien nécessitent des ressources importantes, l’insecte utilise ses propres muscles et système nerveux, réduisant ainsi les coûts et la complexité technique. De plus, un cafard peut survivre dans des environnements hostiles où un robot miniature aurait des difficultés à opérer.