L’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), pilier de l’expertise indépendante en matière de travail et de dialogue social, traverse une crise budgétaire qui menace son fonctionnement, selon Le Monde – Politique. Dans une tribune publiée par le quotidien, deux économistes reconnus, Christine Erhel et Michaël Zemmour, tirent la sonnette d’alarme sur la nécessité pour l’État de pérenniser son soutien financier à cette institution. Leur appel intervient alors que les restrictions budgétaires fragilisent durablement la capacité de l’IRES à produire des analyses utiles aux acteurs sociaux et aux pouvoirs publics.
Ce qu'il faut retenir
- L’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) est gravement fragilisé par des restrictions budgétaires répétées.
- Deux économistes, Christine Erhel et Michaël Zemmour, appellent l’État à « pérenniser son engagement » envers l’institution dans une tribune au Monde.
- L’IRES joue un rôle clé dans le dialogue social grâce à son expertise reconnue en économie du travail.
- Ses travaux alimentent les négociations entre syndicats et patronat, ainsi que les réflexions des décideurs publics.
Fondé en 1980, l’IRES a pour mission d’éclairer les débats économiques et sociaux en France par des recherches indépendantes. Ses publications, souvent citées dans les médias et utilisées par les partenaires sociaux, couvrent des thèmes aussi variés que l’emploi, les salaires, les politiques publiques ou encore les transformations du marché du travail. Pourtant, depuis plusieurs années, l’institut subit des coupes budgétaires successives qui limitent sa capacité à recruter, à financer des études de long terme ou à organiser des colloques et séminaires.
Christine Erhel, professeure à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directrice du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET), et Michaël Zemmour, maître de conférences à l’Université Paris 1 et spécialiste des politiques sociales, soulignent dans leur tribune que « l’expertise de l’IRES nourrit le dialogue social ». Sans un soutien financier stable, « c’est la qualité même du débat public qui est menacée », estiment-ils. Leur appel intervient alors que le gouvernement prépare le budget 2027, un exercice où les arbitrages en faveur de la recherche publique pourraient faire la différence.
« Il est urgent que l’État réinvestisse dans la connaissance au service du monde du travail. L’IRES est un acteur indispensable pour éclairer les choix politiques et sociaux, et sa fragilisation est un risque pour la démocratie économique. »
Christine Erhel et Michaël Zemmour, économistes, dans une tribune au Monde
Cette situation n’est pas isolée. D’autres organismes de recherche, comme l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ou l’Institut national d’études démographiques (INED), alertent régulièrement sur les conséquences des restrictions budgétaires sur la recherche publique. Pour l’IRES, la question est d’autant plus sensible que ses travaux sont régulièrement sollicités par les syndicats (CFDT, CGT, FO, etc.) et le patronat lors des négociations sur la formation professionnelle ou les retraites. Une expertise indépendante et rigoureuse est en effet un atout pour éviter les désaccords stériles et trouver des compromis durables.
Selon Le Monde – Politique, l’institut a vu son budget diminuer de près de 20 % en cinq ans, forçant la réduction de certains programmes de recherche et le report de colloques annuels. Les économistes rappellent que l’IRES n’est pas un simple laboratoire académique : c’est un acteur qui « produit des données et des analyses utiles à l’ensemble de la société ». Sans moyens suffisants, c’est cette utilité sociale qui est en jeu.
Cette affaire soulève également une question plus large : dans un contexte de tensions sociales récurrentes et de transformations rapides du marché du travail, la recherche publique indépendante est-elle suffisamment protégée ? Pour l’instant, aucune réponse officielle n’a été apportée. Mais une chose est sûre : sans IRES, c’est un pan entier du débat économique et social qui risquerait de s’appauvrir.