Alors que les tensions géopolitiques dans le golfe Persique persistent, les possibilités de contourner le détroit d’Ormuz, artère stratégique pour les exportations pétrolières, restent très réduites, comme le souligne l’économiste spécialiste des énergies Anna Creti dans une analyse publiée par Libération. Ce passage, par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial, est au cœur des enjeux énergétiques mondiaux depuis des décennies. Sa fermeture, qu’elle soit temporaire ou prolongée, pourrait entraîner des perturbations majeures sur les marchés, mais les solutions pour y remédier s’avèrent complexes et coûteuses.
Ce qu'il faut retenir
- Le détroit d’Ormuz voit transiter près d’un tiers du pétrole mondial, ce qui en fait une zone clé pour les approvisionnements énergétiques.
- Anna Creti, économiste spécialiste des énergies, estime que les alternatives pour contourner sa fermeture sont limitées et difficiles à mettre en œuvre rapidement.
- Une fermeture prolongée du détroit pourrait entraîner des perturbations majeures sur les marchés pétroliers mondiaux.
- Les solutions envisagées, comme l’utilisation de pipelines alternatifs ou de routes maritimes détournées, présentent des contraintes techniques et économiques importantes.
Un passage stratégique sous haute tension
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est l’un des chokepoints les plus critiques du commerce mondial de pétrole. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), environ 21 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale. Toute perturbation dans cette zone, qu’elle soit due à un conflit, à des sanctions ou à des tensions diplomatiques, a des répercussions immédiates sur les prix du brut et la stabilité des approvisionnements. Les crises passées, comme l’embargo pétrolier de 1973 ou les tensions autour du programme nucléaire iranien, ont déjà illustré la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Des alternatives techniques possibles, mais coûteuses
Pour Anna Creti, interrogée par Libération, les options pour contourner le détroit d’Ormuz sont limitées et dépendent largement des infrastructures existantes. Parmi les solutions évoquées figure l’utilisation des pipelines terrestres, comme le pipeline Kirkouk-Ceyhan reliant l’Irak à la Turquie, ou encore le réseau d’oléoducs saoudiens qui permettent d’exporter une partie de la production via la mer Rouge. Cependant, ces infrastructures ne couvrent qu’une fraction des volumes habituellement transportés par voie maritime. « On ne peut pas remplacer du jour au lendemain un passage comme celui d’Ormuz, qui représente des dizaines de millions de barils par jour », a-t-elle déclaré. Bref, autant dire que les marges de manœuvre sont étroites.
Un impact économique et géopolitique difficile à absorber
Une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz aurait des conséquences économiques directes. Les pays importateurs de pétrole, comme la Chine, l’Inde ou les États-Unis, devraient se tourner vers des fournisseurs alternatifs, souvent plus coûteux, ou stocker des réserves stratégiques. Selon Anna Creti, « les marchés sont déjà tendus, et une nouvelle perturbation ne ferait qu’aggraver la volatilité des prix ». Côté producteurs, les pays du Golfe pourraient tenter de rediriger une partie de leur production vers d’autres ports, mais les capacités logistiques actuelles ne suffiraient pas à combler le déficit. Les pays occidentaux, déjà engagés dans une transition énergétique, pourraient aussi voir leurs efforts ralentis par des coûts d’importation élevés.
Si les alternatives existent, elles restent insuffisantes pour absorber un choc majeur. La communauté internationale, les producteurs et les consommateurs de pétrole doivent donc anticiper des ajustements structurels, voire une refonte partielle des chaînes d’approvisionnement. Une chose est sûre : le détroit d’Ormuz, déjà sous surveillance constante, pourrait redevenir l’épicentre d’une crise énergétique dans les mois à venir.
Le détroit d’Ormuz est le passage maritime par lequel transite environ 21 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale. Sa fermeture, même temporaire, perturberait gravement les approvisionnements et ferait flamber les prix du brut, comme ce fut le cas lors de précédentes crises géopolitiques.