Le tribunal correctionnel de Marseille a rendu son verdict ce lundi 1er juin 2026 : deux représentants syndicaux de la CGT du Grand port maritime de Marseille ont été condamnés pour détournement de fonds publics à hauteur de 264 833 euros, entre 2014 et 2018. Selon BFM - Faits Divers, Pascal Galéoté, secrétaire du Comité social et économique (CSE) depuis 2015, et Bernard Cristalli, trésorier du CSE de 2014 à 2022, ont écopé d’une peine d’un an de prison avec sursis ainsi que de trois années d’inéligibilité. Une amende de 5 000 euros a également été prononcée contre Galéoté, tandis que Cristalli devra verser 3 000 euros.

Ce qu’il faut retenir

  • 264 833 euros détournés entre 2014 et 2018 par deux représentants CGT du port de Marseille.
  • Pascal Galéoté et Bernard Cristalli condamnés à 12 mois de prison avec sursis et 3 ans d’inéligibilité.
  • Une amende de 5 000 € pour Galéoté et 3 000 € pour Cristalli.
  • Les fonds provenaient du budget du CSE, destiné aux activités culturelles et sociales des salariés.
  • Les détournements concernaient des dépenses personnelles et syndicales, notamment des repas, des équipements high-tech et des sorties.

Un système organisé de détournements sur plusieurs années

La justice a établi que les deux hommes ont agi « de manière similaire » pour détourner les fonds du CSE, une instance chargée de financer des prestations sociales et culturelles pour l’ensemble des salariés du port. D’après le jugement rendu par le tribunal correctionnel de Marseille, les détournements portaient sur des « frais de restauration, d’alimentation, de transport, de bureautique et divers achats », tous imputés au budget du comité. Parmi les dépenses les plus marquantes figurent 12 ordinateurs, 14 téléphones portables, des tablettes, enceintes et écouteurs sans fil, mais aussi des dépenses personnelles comme 75 euros dépensés dans un bar à cocktail parisien en pleine nuit ou encore plus de 98 000 euros de frais de restaurant, parfois en dehors de Marseille, sous prétexte de « journées de cohésion pour les élus du CSE ».

Les investigations menées par la justice ont révélé un « système organisé », selon les termes du tribunal, qui a souligné « une atteinte à la démocratie sociale et à la confiance que la communauté des salariés peut avoir dans ses représentants ». La Cour des comptes, alertée par un rapport interne, avait déclenché l’enquête après avoir constaté des anomalies dans la gestion des comptes du CSE. Les deux syndicalistes ont reconnu avoir utilisé ces fonds à la fois pour des dépenses personnelles et pour des activités liées à leur mandat syndical, sans pour autant justifier l’ampleur des sommes détournées.

Une procédure judiciaire saluée pour son courage, malgré les pressions politiques

Me Henri Labi, avocat d’une des parties civiles et représentant du syndicat Spicpam, a qualifié l’affaire de « coup de tonnerre » en raison de la sévérité de la condamnation, notamment l’inéligibilité prononcée. Dans une déclaration relayée par BFM - Faits Divers, il a estimé que l’infraction était d’une « exceptionnelle gravité » et a salué « le grand courage du parquet » pour avoir engagé des poursuites malgré les enjeux politiques locaux. « On n’est pas dans une petite tricherie, on est dans un système organisé », a-t-il insisté, rappelant que le budget du CSE, destiné à améliorer le quotidien des salariés, avait été « détourné dans des sommes absolument considérables ».

L’avocat a également pointé du doigt l’absence de constitution de partie civile de la direction du port, estimant que « la balle est maintenant entre les mains de la direction ». « Que faites-vous maintenant ? Est-ce que vous continuez à fermer les yeux alors que le parquet a poursuivi ? », a-t-il lancé, sans pour autant exiger de réponse immédiate. Cette question, unique dans l’article, illustre l’attente des parties civiles quant aux suites à donner au sein de l’institution portuaire.

Un contexte syndical et social déjà fragilisé

Cette affaire intervient dans un contexte où les relations entre la direction du Grand port maritime de Marseille et les représentants du personnel ont souvent été tendues. Le CSE, organe de représentation des salariés, joue un rôle clé dans la gestion des avantages sociaux et des activités culturelles au sein de l’entreprise. Le détournement de fonds, s’il est avéré, porte donc une atteinte directe à la crédibilité de l’institution et à la confiance des salariés envers leurs représentants. La condamnation des deux hommes pourrait ainsi avoir des répercussions sur la gouvernance interne du port et sur la perception des instances représentatives du personnel.

La CGT, principal syndicat du port, n’a pas encore réagi publiquement à cette condamnation. Les deux condamnés, bien que toujours en poste au moment des faits, ont quitté leurs fonctions respectives du CSE depuis 2022 pour l’un et 2025 pour l’autre. Leurs noms ne figurent plus dans les instances dirigeantes du comité, mais leur condamnation pourrait relancer le débat sur la transparence financière au sein des organisations syndicales.

Et maintenant ?

Cette condamnation ouvre désormais une période d’attente pour les salariés du port de Marseille et pour la direction. Si aucune partie civile n’a encore été formée par l’employeur, la question des suites à donner reste entière. La direction du Grand port maritime de Marseille devra statuer sur d’éventuelles sanctions internes ou mesures de réorganisation du CSE. Par ailleurs, cette affaire pourrait inciter les autorités portuaires à renforcer les contrôles sur la gestion des budgets sociaux et culturels, afin d’éviter de nouveaux détournements. Enfin, la condamnation pourrait aussi servir de précédent pour d’autres affaires similaires au sein d’autres ports ou entreprises publiques.

Les prochaines étapes judiciaires pourraient inclure un éventuel appel de la part des condamnés ou des parties civiles. Aucune date n’a encore été fixée pour une éventuelle procédure en appel, mais le calendrier judiciaire pourrait s’accélérer dans les mois à venir. En attendant, l’affaire rappelle l’importance de la transparence financière dans la gestion des fonds publics, a fortiori lorsqu’ils sont destinés à des missions sociales.