Un immeuble éventré dans la ville de Catia La Mar, située dans l’État de La Guaira à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Caracas, témoigne de l’intensité des secousses qui ont frappé le nord du Venezuela dans la nuit du mercredi 24 juin 2026. Selon Courrier International, deux tremblements de terre d’une magnitude exceptionnelle ont ébranlé la région, provoquant des scènes de panique dans les principales villes, dont la capitale Caracas, et jusqu’aux zones frontalières avec la Colombie voisine.

Le premier séisme, d’une magnitude de 7,2, a été enregistré à 20h31 (heure locale). Trente-neuf secondes plus tard, un second tremblement de terre, encore plus puissant avec une magnitude de 7,5, a frappé la même zone. Selon les données du service géologique américain (USGS), ces magnitudes pourraient encore être révisées à la hausse ou à la baisse à mesure que les analyses sismologiques avancent. Les alertes au tsunami initialement lancées pour la côte caribéenne ont été rapidement levées, évitant une catastrophe supplémentaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux séismes consécutifs de magnitudes 7,2 et 7,5 ont frappé le nord du Venezuela dans la nuit du 24 juin 2026.
  • Les secousses ont été ressenties jusqu’aux régions proches de la Colombie et ont provoqué des scènes de panique dans les grandes villes, notamment Caracas.
  • Les alertes au tsunami ont été annulées après évaluation des risques par l’USGS.
  • Le bilan provisoire fait état de 164 morts et près de 1 000 blessés, un chiffre qui devrait s’alourdir.
  • Les dégâts sont aggravés par l’effondrement de bâtiments non conformes aux normes antisismiques, selon les sismologues.

Un phénomène géologique attendu, mais impossible à prévoir avec précision

Bien que le dernier séisme majeur dans la région remontait à 1900, les experts savaient qu’un tremblement de terre était probable à l’échelle géologique. Le nord du Venezuela se situe en effet à la frontière des plaques tectoniques sud-américaine et caraïbe, qui exercent une pression constante l’une contre l’autre depuis des millions d’années. Comme l’explique Gina Paola Villalobos Escobar, sismologue à l’Université autonome de Tamaulipas au Mexique, cette accumulation de contraintes peut être comparée à une pâte que l’on plie : « Imaginez qu’on prenne une pâte, un spaghetti cru, et qu’on se mette à la plier peu à peu. La pâte se déforme, mais elle ne se casse pas immédiatement. La contrainte continue à s’accumuler jusqu’au moment où, d’un seul coup, on entend un claquement sec et la pâte se rompt. Voilà ce qu’est un tremblement de terre, pour l’essentiel. »

Un doublet sismique rare : pourquoi deux séismes si proches dans le temps ?

Les répliques après un séisme majeur sont fréquentes, mais elles sont généralement de magnitude inférieure. Or, dans ce cas, le second séisme, d’une magnitude de 7,5, s’est avéré plus puissant que le premier. Les sismologues qualifient ce phénomène de « doublet sismique », un événement rare qui s’était produit en 2023 en Turquie et en Syrie. Selon Mark Quigley, sismologue à l’Université de Melbourne en Australie, le premier séisme a probablement servi de déclencheur au second : « Le déplacement de la croûte terrestre le long de la faille lors du premier séisme a accru les contraintes exercées sur la faille, ce qui a provoqué le second. En outre, le passage des ondes sismiques générées par le premier séisme a pu ébranler des failles voisines déjà susceptibles de rompre, provoquant ainsi leur rupture. »

Pour Gina Paola Villalobos Escobar, « la physique n’a pas d’explication unique à ce genre de phénomène, ni la possibilité de le prévoir. Parfois il y a libération d’énergie en un seul point, et parfois c’est deux. » Autrement dit, même avec les avancées technologiques, certains mécanismes restent incompris.

Des dégâts aggravés par l’urbanisation et l’absence de normes antisismiques

Si les secousses elles-mêmes ne tuent pas, ce sont les bâtiments qui s’effondrent qui transforment un séisme en catastrophe humaine. Le bilan provisoire fait état de 164 morts et près de 1 000 blessés, mais ce chiffre devrait augmenter selon les autorités vénézuéliennes. L’USGS souligne que, compte tenu de la nature des infrastructures locales, les dégâts matériels et humains pourraient être très importants. « Le vrai danger réside dans les bâtiments qui ne sont pas conformes aux normes antisismiques, ceux qui s’effondrent et provoquent des tragédies humaines », insiste la sismologue mexicaine.

La Fondation vénézuélienne pour la recherche sismologique (Funvisis) rappelle que les séismes représentent l’un des risques majeurs pour la population du pays en raison de la croissance urbaine rapide et du développement d’infrastructures dans des zones instables. « La croissance démographique, le développement des villes mais surtout l’absence de normes sismiques ou leur non-respect sont les principaux facteurs qui font redouter une catastrophe majeure », précise Infobae.

Un risque sismique sous-estimé au Venezuela

Malgré l’absence de séisme majeur depuis 1900, les experts savaient qu’un événement de cette ampleur était possible. Les plaques tectoniques en mouvement constant rendent la région vulnérable, et la pression accumulée sur les failles peut libérer une énergie colossale en quelques secondes. Comme le rappelle Gina Paola Villalobos Escobar, « un tremblement de terre à cet endroit était attendu, du moins à l’échelle géologique. » Cependant, la fréquence des événements sismiques au Venezuela reste un sujet de préoccupation pour les autorités locales, qui peinent à faire respecter les normes de construction adaptées.

Et maintenant ?

Les autorités vénézuéliennes devraient multiplier les inspections des bâtiments endommagés dans les prochains jours, tandis que les sismologues analyseront les données pour mieux comprendre ce phénomène de doublet sismique. Des répliques pourraient encore survenir, bien que leur magnitude soit généralement plus faible après un événement de cette ampleur. La reconstruction des zones touchées, en particulier à Catia La Mar, dépendra en grande partie de l’application stricte des normes antisismiques, un défi majeur dans un pays marqué par une urbanisation rapide et des ressources limitées.

Le Venezuela reste donc exposé à de nouveaux risques sismiques, rappelant l’importance de la prévention et de la préparation face à ces phénomènes naturels inévitables.

Le phénomène s’appelle un « doublet sismique ». Le premier séisme a pu fragiliser une faille voisine, entraînant sa rupture quelques secondes plus tard. Selon Mark Quigley, sismologue à l’Université de Melbourne, « le déplacement de la croûte terrestre lors du premier séisme a accru les contraintes sur une autre faille, provoquant le second tremblement de terre. »