Paris, le 5 juin 2026 — L’adaptation en quatre épisodes du best-seller Suicide français d’Eric Zemmour, probable candidat à l’élection présidentielle de 2026, sera diffusée les 23 et 30 juin sur la chaîne Planète +, selon Libération. Une programmation qui suscite l’opposition d’un syndicat de la chaîne, lequel dénonce une opération médiatique en faveur de l’ancien leader de Reconquête.

Ce qu'il faut retenir

  • La diffusion de l’adaptation du Suicide français est prévue les 23 et 30 juin 2026 sur la chaîne Planète +, propriété du groupe Canal +.
  • Le syndicat + Libres, organisation indépendante, accuse la direction de Canal + de servir les intérêts politiques d’Eric Zemmour.
  • L’auteur du livre, Éric Zemmour, est pressenti comme candidat à l’élection présidentielle de 2026.
  • Le groupe Canal + est dirigé par Vincent Bolloré, dont la famille contrôle le groupe depuis plusieurs années.

Une programmation contestée par un syndicat de la chaîne

Selon Libération, l’organisation syndicale + Libres, affiliée à la CFDT, a vivement réagi à l’annonce de cette diffusion. Dans un communiqué, elle dénonce une « instrumentalisation » de la chaîne à des fins politiques, accusant la direction de faire la « campagne » d’Eric Zemmour, dont l’ambition présidentielle est désormais ouvertement affichée. « Cette programmation intervient à un moment où l’auteur du livre, déjà en lice pour la présidentielle, cherche à amplifier sa visibilité médiatique », a souligné un représentant du syndicat, cité par le quotidien.

Pour + Libres, la diffusion de cette adaptation s’inscrit dans une stratégie délibérée du groupe Canal +, détenu par Vincent Bolloré, dont l’influence sur les choix éditoriaux du groupe a souvent été pointée du doigt. Le syndicat rappelle que le groupe a déjà été critiqué par des observateurs pour sa ligne éditoriale jugée trop alignée sur des positions conservatrices, notamment depuis le rachat de Canal + par le milliardaire en 2015.

Un best-seller au cœur d’une bataille politique

Suicide français, publié en 2014, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et reste un ouvrage de référence pour une partie de la droite et de l’extrême droite française. Éric Zemmour y développe une thèse sur le déclin de la France, analysant les mutations sociétales comme autant de facteurs de fragilisation de l’identité nationale. L’ouvrage a été salué par ses partisans comme une analyse visionnaire, tandis que ses détracteurs y voient une œuvre alarmiste et polémique.

La décision de diffuser cette adaptation télévisée coïncide avec une période où Éric Zemmour multiplie les prises de parole médiatiques. Depuis plusieurs mois, il s’affiche comme un prétendant sérieux à la succession d’Emmanuel Macron, avec l’intention affichée de porter les couleurs de son parti, Reconquête, lors du scrutin présidentiel de 2026. « Autant dire que cette diffusion tombe à point nommé pour le candidat Zemmour », estime un observateur politique interrogé par Libération.

« Cette programmation est un cadeau empoisonné pour Eric Zemmour. Elle lui offre une tribune supplémentaire à quelques semaines d’une campagne qui s’annonce serrée. »
— Un analyste médiatique, cité par Libération

Canal + et Vincent Bolloré face aux critiques

Le groupe Canal + n’a pas encore réagi officiellement aux accusations portées par + Libres. Pourtant, ces critiques s’ajoutent à une série de polémiques récurrentes autour du groupe, souvent accusé de partialité ou de conflits d’intérêts liés à la personnalité de Vincent Bolloré. En 2020, le groupe avait déjà été pointé du doigt pour la diffusion d’un documentaire controversé sur l’immigration, perçu par certains comme une opération de communication en faveur d’une ligne politique.

Pour l’heure, la programmation des quatre épisodes de l’adaptation du Suicide français est maintenue. La chaîne Planète +, dédiée aux documentaires et aux programmes de société, n’a pas modifié son calendrier malgré les tensions internes. « La direction n’a pas donné suite à nos demandes de clarification », a précisé un membre de + Libres, qui craint que cette affaire ne s’envenime d’ici à la diffusion.

Et maintenant ?

Si aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part de Canal + pour l’instant, l’affaire pourrait rebondir d’ici aux 23 et 30 juin. Le syndicat + Libres a d’ores et déjà annoncé qu’il pourrait saisir les instances représentatives du personnel du groupe pour examiner la légitimité de cette programmation. Par ailleurs, la diffusion de ces épisodes pourrait relancer le débat sur l’influence des grands groupes médiatiques dans le paysage politique français, un sujet récurrent lors des périodes électorales.

Reste à voir si cette controverse aura un impact sur la réception du programme, ou si elle se limitera à une bataille interne au sein de Canal +. Une chose est sûre : avec la présidentielle qui se profile, chaque tribune compte.

Le syndicat + Libres accuse la direction de Canal + de servir les intérêts politiques d’Éric Zemmour, dont l’ambition présidentielle est affichée. Pour le syndicat, cette diffusion s’apparente à une manœuvre médiatique en faveur du candidat.