À Dinan, en Côtes-d’Armor, le temps semble suspendu. La cité médiévale, l’une des mieux conservées de Bretagne, doit cette longévité à la passion de ses habitants et des artisans qui veillent, depuis des générations, à préserver chaque pierre, chaque ruelle et chaque monument. Selon Franceinfo – Culture, ce joyau historique, dont les origines remontent au XIIe siècle, continue de s’animer au rythme d’un marché hebdomadaire toujours aussi prisé, et de remparts millénaires qui viennent tout juste d’être restaurés.

Ce qu’il faut retenir

  • Dinan compte plus de 2 km de remparts, parmi les mieux conservés de France, dont une section rénovée révélant des éléments datés du XIIe siècle.
  • Le marché hebdomadaire, organisé depuis le Moyen Âge, reste un lieu central de la vie locale, attirant aussi bien les habitants que les nouveaux artisans.
  • Une porte emblématique, endommagée en 2020, fait l’objet d’une restauration minutieuse pour retrouver son aspect d’origine.
  • Des savoir-faire ancestraux, comme celui des verriers ou des céramistes, sont perpétués par quelques artisans installés dans le centre historique.
  • La ville abrite des bâtiments datant du XVe siècle, dont certains abritent encore aujourd’hui des ateliers d’artisans conscients de leur héritage.

Un marché médiéval toujours aussi vivant

Chaque jeudi, le marché de Dinan rassemble habitants et visiteurs autour de produits locaux et d’artisanat. Ce rendez-vous, qui existe depuis le XIIe siècle, est une institution que Francis Cauwel ne manque jamais depuis sa retraite. « C’est un des bons moments de la semaine. Avec un copain, on se disait qu’on n’avait pas besoin de psy. On fait le marché, on discute, on raconte des bêtises », confie-t-il avec humour. Ce lieu de convivialité a également séduit de jeunes artisans, comme les pâtissières qui y ont élu domicile.

Florence Rocaboy, installée à Dinan depuis près de trente ans, y voit bien plus qu’un simple marché : « C’est vraiment la place où tous les événements d’importance ont lieu. Les foires, les marchés, les joutes… C’est la place emblématique de Dinan », souligne-t-elle. Pour elle, le marché est aussi le point de départ idéal pour faire découvrir la ville à ses amis, notamment en leur faisant découvrir les remparts et leur histoire.

Des remparts millénaires qui révèlent leurs secrets

Les deux kilomètres de remparts de Dinan, parmi les mieux conservés de France, viennent de livrer une partie de leurs mystères. Une section rénovée, jusqu’alors inaccessible au public, a révélé des éléments datant du XIIe siècle, bien plus anciens que prévu. « Une porte qu’on pensait du XIIIe siècle est en réalité du XIIe siècle », explique Florence Rocaboy. « Des restes d’archères et des pierres rubéfiées par des incendies ont permis de dater cette structure. »

Cette découverte s’ajoute à celle d’un éboulement survenu en 2020 sur la porte de Dinan, la plus emblématique de la ville. « C’est le seul système de communication entre le port, cœur économique de Dinan, et la ville haute. Jusqu’au XVIIIe siècle, toutes les marchandises devaient transiter par cette porte », rappelle Elise Balch, responsable du service patrimoine de la ville. Une restauration s’est donc imposée pour préserver ce lien historique.

Une restauration respectueuse des traditions

Pour redonner aux remparts leur splendeur d’antan, les ouvriers mobilisés appliquent des techniques ancestrales. « On rénove ce que nos ancêtres ont construit. On peut garder intact le patrimoine bâti il y a plusieurs siècles », affirme l’un d’eux. Le choix des matériaux, comme la chaux et le sable pour les joints, respecte les méthodes d’origine. « On a réalisé des joints avec de la chaux et du sable, tout simplement, comme il y avait avant. J’espère sincèrement que dans vingt ans, personne ne se dira qu’on a fait n’importe quoi », confie Emeline Beauvais, conductrice de travaux pour l’entreprise Lefèvre.

Cette approche méticuleuse, combinée à une recherche historique approfondie, garantit que les travaux ne dénaturent pas l’authenticité des lieux. Une attention qui n’est pas superflue, tant le patrimoine de Dinan est riche et fragile.

Des artisans d’art perpétuent un héritage vivant

Au cœur de la ville, quelques artisans perpétuent des savoir-faire rares, transmis de génération en génération. Adrian Colin, verrier d’art, produit des pièces uniques au chalumeau dans son échoppe du centre-ville. « On est classés dans les métiers d’art rares. On doit être une cinquantaine en France », précise-t-il. Son atelier, installé dans une bâtisse du XVe siècle, partage l’espace avec son père, céramiste. « On sait que ces bâtiments sont là depuis des centaines d’années et le seront encore après nous. On aura écrit un chapitre sur leur histoire », ajoute-t-il.

Cette conscience historique est partagée par Bruno Colin, céramiste : « On est dans un lieu qui a de l’âme. On le ressent à chaque coin de rue. On sent que c’est une ville qui a vécu. » Pour les habitants de Dinan, la préservation de ce patrimoine n’est pas une simple nostalgie, mais une fierté et un engagement au quotidien.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient voir se poursuivre les travaux de restauration sur les remparts, notamment sur les sections encore fragilisées. La ville compte également renforcer la valorisation de son patrimoine auprès des touristes, avec des visites guidées élargies et des partenariats avec des artisans locaux. Une réflexion est en cours pour intégrer davantage de signalétique historique dans les ruelles, afin de mieux raconter l’histoire de Dinan à ses visiteurs.

La question reste entière quant à l’avenir des savoir-faire ancestraux, menacés par le vieillissement des artisans et la concurrence des techniques modernes. La transmission de ces métiers, aujourd’hui entre les mains de seulement quelques passionnés, dépendra en grande partie de l’intérêt que leur porteront les nouvelles générations.

Les travaux de restauration doivent se poursuivre sur les sections les plus endommagées, avec un calendrier prévu sur plusieurs années. La ville a également lancé un appel à projets pour identifier de nouveaux artisans capables de perpétuer les techniques traditionnelles utilisées lors des restaurations.