L’Europe vacille. Entre les coups de boutoir russes et l’indifférence américaine, le Vieux Continent se retrouve seul face à ses démons. Et si la solution venait de ceux qui ont déjà tenté le dialogue ?
Pierre Lévy, ancien ambassadeur de France à Moscou, a partagé ses réflexions avec nos confrères du Monde. Spoiler : ça ne va pas être simple.
Un dialogue à sens unique ?
Imaginez un peu la scène. Vous êtes à Moscou, en 2024, et vous devez convaincre Poutine de lâcher du lest. Autant dire que le café doit être très fort.
« Parler à M. Poutine, oui, mais pour lui dire quoi ? » lance Lévy, avec cette pointe d’ironie qui trahit une certaine lassitude. Le truc, c’est que le dialogue, quand il a lieu, semble souvent tourner à l’avantage du maître du Kremlin.
« Il faut que ce soit utile, sans se faire manipuler, sans se décrédibiliser », ajoute-t-il. (On pourrait se demander si c’est vraiment possible, d’ailleurs.)
Le moins qu’on puisse dire, c’est que la tâche est ardue. Depuis 2014 et l’annexion de la Crimée, les relations entre l’Europe et la Russie sont au point mort. Résultat des courses : l’Ukraine en guerre, des sanctions économiques qui ne font plus vraiment mal à personne, et un Poutine plus isolé que jamais. Mais toujours là.
L’Europe, ce géant aux pieds d’argile
L’Europe, elle, est bousculée. Le droit international, ce socle sur lequel elle a bâti son identité, est piétiné avec une régularité déconcertante. Et personne ne semble vraiment savoir quoi faire.
« L’Europe doit réaffirmer ses forces », estime Lévy. Facile à dire. Mais par où commencer ?
La question se pose d’autant plus que l’Europe est tiraillée entre ses membres. Les pays de l’Est, comme la Pologne ou les pays baltes, veulent une ligne dure. Les pays du Sud, comme la France ou l’Italie, préfèrent une approche plus nuancée. Bref, c’est le bordel.
Et puis, il y a cette question qui fâche : faut-il vraiment parler à Poutine ? Certains disent oui, pour éviter l’escalade. D’autres non, parce que ça légitimerait son régime. Difficile de trancher.
La diplomatie, un art perdu ?
La diplomatie, c’est un peu comme le vélo. Si tu ne pédales pas, tu tombes. Sauf que là, le vélo est en feu, et la route est pleine de nids-de-poule.
Lévy le sait mieux que personne. Il a passé des années à Moscou, à essayer de faire entendre la voix de la France. Et aujourd’hui, il se demande si tout cela a vraiment servi à quelque chose.
« Il faut que ce soit utile », répète-t-il. Mais utile pour qui ? Pour l’Europe ? Pour la Russie ? Pour l’Ukraine ?
La réponse n’est pas évidente. D’autant que Poutine, lui, a une stratégie claire : gagner du temps. Et ça, il sait faire.
Autre chose : la diplomatie, ça ne se fait pas en solo. Il faut des alliés. Or, l’Europe n’en a plus vraiment. Les États-Unis sont occupés ailleurs, la Chine joue son propre jeu, et le reste du monde regarde, impuissant.
Résultat : l’Europe est seule. Et ça, c’est un problème.
Et maintenant ?
Alors, que faire ? Attendre que Poutine tombe de son trône ? Espérer que Biden se réveille ? Compter sur la Chine pour jouer les médiateurs ?
Personne n’a de réponse. Pas même Lévy. Mais une chose est sûre : l’Europe ne peut pas rester les bras croisés.
« Il faut réaffirmer nos forces », dit-il. Mais comment ? En envoyant plus d’armes en Ukraine ? En renforçant les sanctions ? En rouvrant le dialogue ?
Difficile à dire. Surtout quand on sait que Poutine a plus d’un tour dans son sac. (Et qu’il n’a pas peur de jouer les prolongations.)
Une chose est sûre : l’Europe a besoin de se réveiller. Et vite. Parce que le temps presse. Et que l’histoire ne pardonne pas les hésitations.
En attendant, on peut toujours essayer de comprendre ce que veut Poutine. Mais ça, c’est une autre histoire.
L’Europe est divisée sur la question russe en raison de ses intérêts divergents et de ses histoires respectives avec Moscou. Les pays de l’Est, marqués par des décennies de domination soviétique, prônent une ligne dure. Les pays de l’Ouest, comme la France, privilégient une approche plus nuancée, craignant une escalade. Résultat : l’Europe peine à trouver une voix commune.
La France, sous la présidence d’Emmanuel Macron, a toujours défendu la nécessité d’un dialogue avec la Russie, même pendant les moments les plus tendus. Cependant, cette position est de plus en plus remise en question, notamment après l’invasion de l’Ukraine en 2024. Aujourd’hui, la France semble hésiter entre fermeté et dialogue, sans vraiment trancher.
Face à l’échec des négociations traditionnelles, certains proposent d’autres approches, comme le renforcement des sanctions économiques, le soutien accru à l’Ukraine, ou encore la recherche de médiateurs internationaux. D’autres suggèrent de miser sur la société civile russe pour faire pression sur le régime. Mais aucune de ces solutions n’est sans risque ni garantie de succès.
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