La croix de l’Aneto, emblème des Pyrénées culminant à 3 404 mètres d’altitude, a disparu dans la nuit du 17 au 18 avril 2026. Selon BMF - International, des randonneurs ont signalé samedi 18 avril l’absence de cette structure en aluminium de plus de 100 kg, restaurée en 2025. La Guardia Civil espagnole a ouvert une enquête pour actes de vandalisme, après avoir constaté que la croix avait été sectionnée à la meuleuse.
Benasque, commune aragonaise située au pied du massif, a immédiatement porté plainte. « La Guardia Civil a ouvert une enquête pour éclaircir ce qu’il s’est passé. Le maire a indiqué que des investigations étaient en cours et a appelé au respect et à la préservation qui font le patrimoine et l’histoire de notre territoire », a communiqué la collectivité sur ses réseaux sociaux dès le week-end dernier. Les secours en montagne (GREIM) fouillent actuellement le secteur, mais les chances de retrouver la croix intacte semblent minces.
Ce qu’il faut retenir
- La croix de l’Aneto, symbole des Pyrénées depuis 75 ans, a disparu dans la nuit du 17 au 18 avril 2026.
- L’œuvre en aluminium, pesant plus de 100 kg, avait été restaurée en 2025 avant d’être replacée au sommet.
- Les enquêteurs de la Guardia Civil espagnole suspectent un acte de vandalisme après avoir retrouvé le socle sectionné à la meuleuse.
- Le groupe de secours en montagne (GREIM) recherche activement l’objet, mais les conditions hivernales compliquent les recherches.
- Une seconde croix, située sur le massif de Gratal (Huesca), a également disparu deux jours plus tard, relançant le débat sur la préservation des symboles en montagne.
Un emblème chargé d’histoire, vandalisé après sa restauration
Érigée en 1951 à l’initiative de Luis de Quadras y Feliu, président du Centre excursionniste de Catalogne, la croix de l’Aneto était devenue bien plus qu’un simple repère géographique. Réalisée en aluminium coulé à partir de matériaux recyclés en montagne, elle incarnait l’histoire des Pyrénées et des alpinistes. « Pour moi qui suis athée, cette croix est un emblème du sommet de l’Aneto, sans idée religieuse », a déclaré Patrick Lagleize, président du bureau des guides de Luchon.
En 2025, sa restauration avait donné lieu à une véritable célébration à Benasque. « Tout le monde voulait se prendre en photo avec, avant qu’elle ne soit transportée par hélicoptère pour retrouver son emplacement », se souvient Nacho Segorbe, guide de haute montagne installé depuis 25 ans dans la région. Lors d’une procession, une dizaine de porteurs avaient dû s’y reprendre à plusieurs pour la déplacer. Pourtant, son vol relève moins du symbole religieux que d’un acte de vandalisme gratuit.
Les falaises des Pyrénées, tombeau probable de la croix
Nacho Segorbe, qui a longuement étudié les conditions d’accès au sommet, estime que les auteurs n’ont probablement pas pu transporter la croix après l’avoir sectionnée. « Autour, vous avez des falaises de plus de 300 mètres. La croix a pu rouler n’importe où et se retrouver couverte de neige et de végétation », explique-t-il. Avec l’arrivée des beaux jours et la fonte des neiges, les chances de la localiser augmentent, mais les recherches restent aléatoires.
Morgan Périssé, guide de haute montagne pyrénéen, rappelle que l’Aneto reste un sommet accessible aux randonneurs avertis, malgré sa réputation. « Ce n’est pas une difficulté technique pour des gens expérimentés, mais le chemin inverse avec la croix, même découpée, semble improbable », souligne-t-il. L’arête finale, appelée « pas de Mahomet », offre une vue imprenable sur les Pyrénées-Orientales, les Encantats et le Luchonnais, attirant chaque année des centaines de passionnés.
Un débat relancé sur les symboles religieux en montagne
La disparition de la croix intervient dans un contexte où la présence de symboles religieux en montagne suscite des tensions. Patrick Lagleize rappelle qu’aucune revendication n’a été formulée, et que deux autres représentations, une statue de la vierge du Pilar et une de Saint Martial, n’ont pas été touchées. « S’ils avaient été anti-catholiques, on peut imaginer que les auteurs auraient tout détruit », observe-t-il. Pourtant, cet événement s’inscrit dans une série de disparitions similaires : une seconde croix, située sur le massif de Gratal au nord d’Huesca, a elle aussi été volée deux jours après celle de l’Aneto.
Les défenseurs de l’environnement pourraient aussi être pointés du doigt. Lagleize évoque le cas d’une équipe ayant détruit des points d’ancrage métalliques sur un autre sommet espagnol, arguant de leur dangerosité. Si aucune piste n’est privilégiée pour l’instant, cette affaire relance une fois de plus le débat sur la préservation du patrimoine en altitude. En 2018 déjà, la croix de l’Aneto avait été entièrement peinte en jaune par un groupe d’indépendantistes catalans, un an après le référendum controversé.
Une enquête ouverte, mais peu d’indices à ce stade
La Guardia Civil, épaulée par les secours en montagne, multiplie les patrouilles sur les pentes de l’Aneto. Les enquêteurs tentent de retracer le parcours des randonneurs présents dans la zone au moment des faits, mais les conditions météo hivernales rendent les témoignages rares. « Personne ne sait qui aurait pu faire ça. Il n’y a pas eu de revendication de cet acte », confirme Nacho Segorbe. Les autorités locales appellent à la prudence et rappellent l’importance de respecter un patrimoine qui unit les habitants des vallées voisines.
Pour l’heure, les recherches se concentrent sur les zones escarpées situées sous le pas de Mahomet. Les gendarmes espagnols n’excluent aucune hypothèse, même si l’hypothèse d’un vol organisé semble peu probable. « La croix pèse plus de 100 kg. Même découpée, son transport aurait laissé des traces », estime un responsable du GREIM. Les autorités espèrent que la fonte des neiges, attendue d’ici quelques semaines, permettra de localiser l’objet ou, à défaut, d’en retrouver des fragments.
La disparition de la croix de l’Aneto rappelle que même les sommets les plus emblématiques ne sont pas à l’abri des actes de malveillance. Entre préservation du patrimoine et liberté d’expression, cette affaire interroge sur l’équilibre à trouver pour concilier respect des traditions et évolutions sociétales en montagne.
Érigée en 1951, elle marque le point culminant des Pyrénées à 3 404 mètres et incarne l’histoire de l’alpinisme dans la région. Réalisée en aluminium recyclé, elle avait été restaurée en 2025 avant sa disparition en avril 2026, suscitant une vive émotion parmi les habitants et les randonneurs.
Les autorités privilégient l’hypothèse d’un acte de vandalisme isolé, sans revendication connue. L’hypothèse d’un vol organisé semble peu probable en raison du poids de la structure. Une piste environnementale n’est pas exclue, bien qu’aucune preuve ne l’étaye pour l’instant.