L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin s’est exprimé ce dimanche 7 juin 2026 sur plusieurs sujets d’actualité, à commencer par la lutte contre les violences faites aux femmes. Selon BFM - Politique, il a notamment salué le modèle espagnol en matière de prévention des féminicides, tout en proposant la création d’un « parquet spécialisé sur les violences faites aux femmes et aux enfants » en France. Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte marqué par des débats sur la réponse judiciaire aux violences conjugales et la protection des mineurs, après des affaires médiatisées comme celle de Lyhanna, une fillette de 11 ans tuée en 2025 par son beau-père.

Ce qu'il faut retenir

  • Dominique de Villepin a qualifié l’Espagne de modèle dans la lutte contre les féminicides lors d’une intervention publique.
  • Il a proposé la création d’un parquet spécialisé pour traiter spécifiquement les violences faites aux femmes et aux enfants, une mesure inspirée par l’affaire Lyhanna.
  • L’ancien chef du gouvernement a également critiqué l’idée, avancée par Bruno Retailleau, de créer une « cour disciplinaire de la magistrature ».
  • Ces déclarations surviennent dans un débat plus large sur la responsabilité pénale et la protection des victimes en France.

Un modèle espagnol à suivre selon de Villepin

Dominique de Villepin a mis en avant le modèle espagnol pour lutter contre les féminicides, un fléau qui touche encore la France malgré les dispositifs législatifs existants. « L’Espagne est un modèle dans la lutte contre les féminicides », a-t-il affirmé, soulignant les avancées réalisées Outre-Pyrénées en matière de prévention, de protection des victimes et de coordination entre les institutions. Il n’a pas précisé quelles mesures concrètes pourraient être transposées en France, mais son plaidoyer s’inscrit dans une volonté de renforcer l’efficacité des politiques publiques sur ce dossier.

En 2025, l’Espagne a enregistré 49 féminicides, un chiffre en baisse constante depuis une décennie grâce à des lois renforcées comme la « loi de liberté sexuelle » (2022) et des outils comme les « bracelets anti-rapprochement ». De son côté, la France a recensé 118 féminicides la même année, selon les associations féministes, malgré la création en 2014 du « téléphone grave danger » et l’extension des mesures d’éloignement.

Proposition d’un parquet spécialisé pour une meilleure protection

Face à l’affaire Lyhanna, une fillette de 11 ans tuée en 2025 par son beau-père malgré plusieurs signalements, Dominique de Villepin a réitéré sa proposition de créer un « parquet spécialisé sur les violences faites aux femmes et aux enfants ». « C’est un drame révélateur, chacun d’entre nous doit faire son examen », a-t-il déclaré, rappelant que la multiplication des signalements ne suffit pas à protéger les victimes sans une réponse judiciaire adaptée. Ce dispositif, déjà expérimenté dans certaines juridictions sous forme de pôles spécialisés, vise à centraliser les procédures et à éviter les erreurs d’évaluation des risques.

Cette idée rejoint celle portée par plusieurs associations, comme le Collectif Féminicides par compagnons ou ex, qui réclament depuis des années une « justice plus réactive » pour les femmes et les enfants en danger. Le parquet spécialisé permettrait, selon ses défenseurs, une meilleure coordination entre policiers, gendarmes, juges et travailleurs sociaux, ainsi qu’un traitement accéléré des dossiers urgents.

Critique d’une « cour disciplinaire de la magistrature »

Dominique de Villepin a également critiqué la proposition de Bruno Retailleau, président des Républicains, de créer une « cour disciplinaire de la magistrature ». Pour l’ancien Premier ministre, cette mesure serait « simpliste et populiste », et risquerait de saper l’indépendance de la justice. « Il faut des réponses structurelles, pas des solutions démagogiques », a-t-il lancé, sans pour autant proposer de contre-mesure concrète sur ce point. Bruno Retailleau avait évoqué cette idée en réaction à l’affaire Lyhanna, estimant que les magistrats devaient être davantage tenus responsables en cas de dysfonctionnement.

La question de la responsabilité des magistrats reste sensible en France, notamment après plusieurs affaires médiatisées où des juges ont été mis en cause pour des erreurs d’appréciation dans des dossiers de violences conjugales. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a déjà mis en place des mécanismes de contrôle, mais certains politiques réclament un durcissement des sanctions.

Et maintenant ?

Les propositions de Dominique de Villepin pourraient alimenter le débat parlementaire à la rentrée, alors que plusieurs textes sur la protection des victimes sont en discussion. Le gouvernement n’a pas encore réagi officiellement à son appel pour un parquet spécialisé, mais la Chancellerie a déjà indiqué étudier des pistes pour renforcer les moyens alloués aux tribunaux. Quant à la création d’une cour disciplinaire, elle dépendrait d’une volonté politique que ni la majorité ni l’opposition ne semblent, pour l’instant, prêts à concrétiser rapidement.

Enfin, le modèle espagnol sera probablement étudié de près par les associations féministes et les institutions françaises, alors que la France s’apprête à accueillir, en 2027, la présidence du Conseil de l’Union européenne. Une occasion, pour les pouvoirs publics, de s’inspirer des bonnes pratiques européennes en matière de lutte contre les violences sexistes et intrafamiliales.

Un parquet spécialisé est un service du ministère public dédié à une catégorie précise d’infractions, ici les violences faites aux femmes et aux enfants. En Espagne, ces parquets, appelés « Fiscalías de Violencia sobre la Mujer », sont chargés d’enquêter sur les féminicides, de suivre les victimes et de coordonner les acteurs judiciaires. Ils disposent de moyens dédiés, comme des équipes formées aux violences conjugales et des outils technologiques pour évaluer les risques. En 2025, ces parquets ont traité plus de 160 000 affaires liées aux violences machistes, avec un taux de condamnation supérieur à 70 %, selon les chiffres du ministère espagnol de la Justice.