Le président américain Donald Trump a annoncé, jeudi 9 août 2026, l'entrée en vigueur de nouveaux droits de douane ciblant 60 pays, accusés de ne pas suffisamment lutter contre le travail forcé. Selon Euronews FR, ces prélèvements, compris entre 10 % et 12,5 %, remplaceront dès vendredi minuit les droits de douane mondiaux de 10 % mis en place plus tôt cette année par son administration.

Ce qu'il faut retenir

  • 60 pays concernés, dont la Chine, l'Inde, l'Union européenne et le Brésil, représentant 99 % des importations américaines.
  • Deux taux distincts : 10 % pour les pays ayant interdit le travail forcé (Canada, UE, Inde, Royaume-Uni) et 12,5 % pour les autres (Chine, Japon, Corée du Sud, Brésil).
  • Les nouveaux droits s'appuient sur l'article 301 du Trade Act de 1974, jugé plus résistant aux contestations judiciaires que les mesures précédentes.
  • Exemptions pour le pétrole, le gaz, les engrais et les produits couverts par l'accord de libre-échange nord-américain (Alena).
  • Le Brésil a qualifié la décision « d’arbitraire et injustifiée » et menace de prendre des mesures de rétorsion.

Ces nouveaux tarifs douaniers, annoncés la veille de leur entrée en vigueur, marquent une nouvelle étape dans la politique commerciale agressive de l’administration Trump. Ils interviennent après l’invalidation par la Cour suprême, en février 2026, des droits de douane à deux chiffres instaurés en 2025 au titre de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). À la suite de cette décision, Washington avait dû rembourser les importateurs ayant acquitté ces prélèvements, avant de les remplacer par des droits de 10 % mondiaux, limités à 150 jours et arrivant à échéance vendredi.

Pour justifier ces mesures, l’administration américaine invoque l’article 301 du Trade Act de 1974, qui autorise le président à imposer des taxes à l’importation ou d’autres sanctions contre les pays jugés coupables de pratiques commerciales « injustifiables », « déraisonnables » ou « discriminatoires ». Dans un communiqué, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a rappelé que les États-Unis appliquent depuis près d’un siècle une interdiction stricte d’importer des produits issus du travail forcé, et que « il est plus que temps que nos partenaires commerciaux en fassent autant ».

Parmi les pays concernés, certains ont déjà réagi. Le Brésil, taxé à 12,5 %, a dénoncé une décision « arbitraire et injustifiée » et annoncé des droits de douane de rétorsion contre Washington. « Washington a choisi de manipuler une question d’une grande importance pour les droits humains et les luttes des travailleurs dans le monde afin d’accuser 59 pays et l’Union européenne de pratiques déloyales », a réagi le gouvernement brésilien dans un communiqué. Le Chili, également soumis au taux de 12,5 %, a pour sa part défendu ses « institutions du travail solides » et son « engagement ferme en faveur de la prévention et de l’éradication du travail forcé ».

Une mesure ciblée, mais aux répercussions mondiales

L’Union européenne, taxée à 10 % au même titre que le Canada, l’Inde ou le Royaume-Uni, a adopté un ton plus mesuré. Selon Euronews FR, Bruxelles a salué une décision « conforme aux engagements tarifaires des États-Unis prévus dans la déclaration conjointe UE–États-Unis » signée en 2025 à Turnberry, en Écosse. « L’UE constate positivement que ce résultat est conforme aux engagements tarifaires des États-Unis », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne, ajoutant que cela « crée une dynamique positive pour poursuivre les travaux visant à examiner de nouvelles exemptions tarifaires et à approfondir la coopération ».

L’accord de Turnberry avait instauré des droits de douane américains de 15 % sur les importations en provenance de l’UE, tandis que l’Union s’était engagée à supprimer ses droits sur la plupart des produits industriels américains. Ces nouvelles mesures, bien que moins élevées pour Bruxelles, s’inscrivent dans une logique de pression accrue sur les pratiques commerciales, y compris celles liées aux droits humains.

Le travail forcé, défini par la convention de 1930 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) comme « tout travail ou service exigé d’une personne sous la menace d’une peine quelconque et pour lequel ladite personne ne s’est pas offerte de son plein gré », touche encore des millions de personnes à travers le monde. Selon l’OIT, 27,6 millions de personnes se trouvaient en situation de travail forcé en 2021, un chiffre qui souligne l’ampleur du défi que représente l’éradication de cette pratique.

Des exemptions stratégiques, mais une logique protectionniste maintenue

Parmi les produits exemptés des nouveaux droits de douane figurent le pétrole, le gaz et les engrais, ainsi que les marchandises couvertes par l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), renégocié en 2020 sous l’administration Trump. Ces exemptions visent à limiter l’impact sur certains secteurs clés, notamment l’agriculture et l’énergie, tout en maintenant une pression sur les pays jugés non conformes aux normes américaines en matière de droits sociaux.

Les nouveaux tarifs s’appliquent à 60 pays, couvrant ainsi la quasi-totalité des importations américaines. Cette décision s’inscrit dans la continuité de la politique commerciale de Donald Trump, qui avait déjà imposé des droits de douane à deux chiffres sur les importations en provenance de la plupart des pays du monde en 2025, au nom de la lutte contre les « déficits commerciaux américains », présentés comme une « urgence nationale ».

La Cour suprême, en invalidant ces premières mesures en février 2026, avait estimé que l’administration Trump avait outrepassé ses pouvoirs en s’appuyant sur l’IEEPA. Pour contourner cette décision, la Maison-Blanche a donc choisi de se reposer sur l’article 301 du Trade Act de 1974, une base juridique plus solide, mais qui pourrait également faire l’objet de contestations judiciaires de la part des pays concernés.

Et maintenant ?

Les nouvelles taxes entreront en vigueur vendredi 10 août à minuit, mais leur application pourrait être contestée devant les instances internationales, notamment l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Plusieurs pays, comme le Brésil, ont déjà annoncé des mesures de rétorsion, ce qui pourrait déclencher une escalade commerciale. Aux États-Unis, les importateurs concernés devront s’adapter rapidement à ces nouveaux coûts, tandis que les secteurs exemptés, comme l’énergie, pourraient bénéficier d’un répit temporaire. Reste à voir si cette politique parviendra à faire évoluer les pratiques commerciales mondiales en matière de droits humains, ou si elle ne fera qu’alourdir les tensions entre Washington et ses partenaires.

Ces mesures s’inscrivent dans un contexte de montée des tensions commerciales mondiales, où la question du travail forcé devient un levier de plus en plus utilisé par les grandes puissances pour peser sur leurs partenaires. Alors que l’OIT estime à près de 28 millions le nombre de personnes en situation de travail forcé dans le monde, les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, semblent vouloir en faire un argument central de leur politique commerciale, quitte à braquer une partie de la communauté internationale.

Les pays taxés à 12,5 % incluent la Chine, le Japon, la Corée du Sud et le Brésil, tandis que le Canada, l’Union européenne, l’Inde et le Royaume-Uni sont soumis à un taux de 10 %. Ces prélèvements concernent 60 pays représentant 99 % des importations américaines.

En février 2026, la Cour suprême a invalidé les droits de douane à deux chiffres instaurés en 2025 au titre de l’IEEPA, jugés illégaux. L’administration a donc choisi de se reposer sur l’article 301 du Trade Act de 1974, jugé plus résistant aux contestations judiciaires.