Près des deux tiers des jeunes Africains estiment que le second mandat de Donald Trump pourrait avoir des retombées positives pour le continent, selon une enquête de la Fondation de la famille Ichikowitz (IFF). Réalisée auprès de 5 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans, originaires de 16 pays, cette étude a été publiée le 29 juillet 2025 et soulève une question inattendue : pourquoi Donald Trump, dont les propos désobligeants sur l’Afrique – comme ceux de 2018 où il qualifiait certains pays du continent de « shithole countries » – suscite-t-il une telle popularité parmi les nouvelles générations ?
Ce qu'il faut retenir
- Un sondage de l’IFF, publié en juillet 2025, révèle que 65 % des jeunes Africains voient d’un bon œil le second mandat de Donald Trump pour le continent.
- Parmi les 5 000 répondants, issus de 16 pays africains, près de 2 sur 3 partagent cette opinion.
- Cette popularité contraste avec les propos controversés tenus par l’ancien président américain, notamment en 2018.
- L’analyse de Foreign Policy met en avant le positionnement rhétorique de Trump, qui séduit une partie de la jeunesse africaine par son opposition à l’establishment et son attachement aux valeurs traditionnelles.
Comme le rapporte Courrier International, cette enquête, menée par une organisation sud-africaine engagée dans l’éducation et la préservation culturelle, a retenu l’attention de la presse internationale. Foreign Policy, une revue américaine spécialisée dans les relations internationales, s’est interrogée sur les raisons de ce phénomène. Selon la publication, c’est avant tout la posture anti-establishment de Donald Trump et son discours en faveur des valeurs traditionnelles qui séduisent une frange de la jeunesse africaine. Une position qui, paradoxalement, coexiste avec des déclarations passées jugées humiliantes pour le continent.
Chipo Dendere, professeure adjointe d’études africaines au Wellesley College (Massachusetts), explique ce paradoxe par un phénomène générationnel. « Les jeunes, et notamment les moins de 25 ans, sont moins sensibles aux discours diplomatiques traditionnels et plus réceptifs à une rhétorique qui remet en cause l’ordre établi », a-t-elle déclaré à Foreign Policy. Pour elle, Trump incarne une forme de rupture avec les élites politiques, perçues comme déconnectées des réalités africaines. Ce positionnement résonne particulièrement auprès d’une jeunesse en quête de changement, même si les méthodes ou le passé de l’ancien président américain ne correspondent pas aux standards diplomatiques classiques.
Le sondage de l’IFF, qui a interrogé des jeunes originaires du Nigeria, du Kenya, de l’Afrique du Sud, du Sénégal, de l’Éthiopie et d’autres pays, montre que cette perception positive est transnationale. Les résultats varient légèrement selon les pays, mais la tendance reste marquée. Par exemple, au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, plus de 70 % des jeunes interrogés expriment une opinion favorable envers Trump. Une surprise pour les observateurs, alors que le continent a souvent été la cible de critiques de la part de l’administration américaine sous le premier mandat du républicain.
Cette popularité s’explique aussi par un contexte géopolitique particulier. Depuis plusieurs années, les relations entre les États-Unis et l’Afrique sont marquées par une concurrence accrue avec la Chine, qui a considérablement renforcé son influence économique et militaire sur le continent. Donald Trump, en mettant l’accent sur les échanges commerciaux bilatéraux et une politique étrangère moins multilatérale, propose une alternative perçue comme plus avantageuse par certains dirigeants africains. Lors d’une rencontre à la Maison-Blanche en juillet 2025, le président américain a reçu les dirigeants du Gabon, de la Guinée-Bissau, du Libéria, de la Mauritanie et du Sénégal, un geste symbolique qui a été interprété comme un signe d’ouverture envers l’Afrique.
« Trump mise sur une approche transactionnelle, où les relations avec l’Afrique sont avant tout envisagées à travers le prisme des intérêts américains. Cela peut séduire des dirigeants africains en quête d’alliances alternatives, surtout lorsque les États-Unis assouplissent leurs exigences en matière de droits de l’homme ou de gouvernance. »
Pourtant, ce discours ne fait pas l’unanimité. Une minorité de jeunes Africains, notamment ceux issus de milieux urbains et éduqués, critiquent ouvertement la personnalité et le bilan de Donald Trump. Les réseaux sociaux, où les débats sur la politique africaine des États-Unis sont vifs, reflètent cette division. Certains utilisateurs rappellent que, malgré ses promesses de « faire des affaires » avec l’Afrique, les politiques migratoires ou commerciales des États-Unis sous Trump ont souvent été défavorables aux pays du continent.
La Fondation Ichikowitz, à l’origine du sondage, insiste sur le fait que cette popularité ne reflète pas une adhésion aveugle à l’homme politique, mais plutôt une perception pragmatique de son action. « Les jeunes Africains ne sont pas naïfs. Ils analysent les propositions de Trump à l’aune de leurs propres aspirations économiques et sociales », explique Ivor Ichikowitz, fondateur de l’organisation. Selon lui, cette génération, connectée et informée, est capable de distinguer les discours des actes, même si elle reste sensible à la rhétorique anti-establishment.
Cette enquête de l’IFF rappelle, s’il en était besoin, que les relations internationales ne sont plus dictées uniquement par les élites ou les institutions. La jeunesse africaine, de plus en plus influente, semble redéfinir les termes du dialogue avec les grandes puissances. Qu’elle adhère ou non à la personne de Donald Trump, sa voix compte désormais dans l’équation géopolitique du continent. Autant dire que l’Afrique, comme l’Amérique, est entrée dans une ère où les perceptions des nouvelles générations pèsent autant que les calculs des diplomates.