Le tribunal de district de Daejeon, en Corée du Sud, a décidé jeudi 28 mai 2026 de ne pas placer en détention le dissident chinois Dong Guangping, arrivé dans le pays deux jours plus tôt après une traversée de plus de 300 kilomètres en canot pneumatique, comme le rapporte BMF - International.

Ce qu'il faut retenir

  • Traversée de 300 km en 30 heures : Dong Guangping, 68 ans, a quitté la Chine depuis Weihai (Shandong) pour rejoindre la Corée du Sud en canot pneumatique équipé d'un moteur de 9,9 chevaux.
  • Arrivée épuisée : L'activiste sino-canadienne Sheng Xue a indiqué qu'il a été retrouvé « presque inconscient » après plus de 30 heures en mer et 50 heures sans sommeil.
  • Statut en suspens : Le parquet avait demandé un mandat d'arrêt pour entrée illégale, mais le tribunal a rejeté la demande, estimant que la détention n'était pas nécessaire pour la poursuite de l'enquête.
  • Transfert vers un centre de rétention : Dong Guangping, suspecté d'immigration illégale, sera transféré vers un centre de rétention pour étrangers, sauf s'il dépose une demande d'asile politique.
  • Parcours marqué par la répression : Ancien policier, il a été emprisonné à deux reprises en Chine pour son engagement en faveur des droits de l'Homme, notamment après la répression du mouvement de Tiananmen en 1989.

Une fuite périlleuse depuis la Chine

Dong Guangping a quitté Weihai, ville côtière de la province du Shandong, après des mois de préparation, selon Sheng Xue, activiste sino-canadienne en contact avec lui. Son objectif ? Rejoindre sa famille installée au Canada en tant que réfugiée. « Dong Guangping est vraiment résilient et courageux ! » a-t-elle déclaré sur X, ajoutant : « Il n'avait pas dormi depuis plus de cinquante heures et se trouvait en mer depuis plus de trente heures » lorsqu'il a été repéré au large du comté sud-coréen de Taean.

Le canot pneumatique, équipé d'un moteur de 9,9 chevaux, a été signalé tard dans la soirée du lundi 25 mai par un pêcheur, qui a alerté les autorités. Retrouvé en état de quasi-inconscience, le dissident a été conduit en garde à vue pour interrogatoire, soupçonné d'avoir enfreint les lois sur l'immigration sud-coréennes. Le parquet avait alors sollicité un mandat d'arrêt à son encontre, mais le tribunal de Daejeon a jugé cette mesure disproportionnée.

Un parcours marqué par la répression politique

Dong Guangping n'en est pas à sa première tentative de fuite. Ancien policier, il a été emprisonné à deux reprises pour son engagement en faveur des droits de l'Homme. En 2009, il avait signé une pétition commémorant le vingtième anniversaire de la répression du mouvement prodémocratique de la place Tiananmen, un acte qui lui avait valu une première condamnation. Libéré en 2019 après une peine de cinq ans, il avait tenté de s'enfuir au Vietnam ou de rejoindre Taïwan à la nage, sans succès.

En 2015, il avait été remis aux autorités chinoises par la Thaïlande, où il s'était réfugié avec sa famille. Celle-ci avait finalement obtenu l'asile au Canada, mais Dong Guangping, lui, n'avait pas pu les rejoindre. Son arrestation en Corée du Sud intervient donc après des années de lutte pour échapper à la répression chinoise, un parcours qui illustre les difficultés rencontrées par les dissidents souhaitant quitter le pays.

Un statut incertain en Corée du Sud

Selon la législation sud-coréenne, si Dong Guangping est considéré comme un immigrant illégal, il sera transféré vers un centre de rétention pour étrangers. En revanche, s'il dépose une demande d'asile politique, il pourra rester dans le pays le temps que sa requête soit examinée, conformément à la loi sur les réfugiés. Son avocat, Kim Joo-kwang, a d'ores et déjà indiqué qu'il envisageait fortement de solliciter ce statut. « Il est très probablement en situation de demande d'asile politique », a-t-il précisé à l'AFP.

Le cas de Dong Guangping intervient dans un contexte où la Corée du Sud accorde l'asile politique à un nombre extrêmement réduit de demandeurs. Depuis 1994, date du début du traitement formel des demandes de réfugiés, seulement quelques milliers de personnes ont obtenu ce statut, malgré des dizaines de milliers de requêtes déposées. Les critiques dénoncent des critères de sélection trop stricts et des procédures longues, tandis que le gouvernement justifie ces décisions au cas par cas, invoquant des considérations de sécurité nationale.

Et maintenant ?

Dong Guangping restera en garde à vue dans le district de Taean dans l'attente de son transfert vers un centre de rétention pour étrangers, sauf s'il dépose une demande d'asile dans les prochaines heures. La décision du tribunal de Daejeon laisse entrevoir la possibilité qu'il soit autorisé à rester temporairement en Corée du Sud, mais son avenir dépendra des suites judiciaires et des démarches administratives qu'il engagera. Sa famille, installée au Canada, attend avec impatience la suite des événements, tandis que les autorités sud-coréennes devront trancher entre le statut de réfugié et celui d'immigrant illégal.

Son cas pourrait également relancer le débat sur la politique d'asile en Corée du Sud, alors que le parti d'opposition conservateur Pouvoir au peuple a déjà appelé le gouvernement à lui accorder une « protection totale ». « Il doit prendre rapidement des mesures humanitaires pour garantir que Dong Guangping puisse se rendre en toute sécurité au Canada, où sa famille l'attend avec angoisse », a déclaré le porte-parole du parti, Choo Hyun-chul, à l'AFP.

Contexte : la Corée du Sud face aux demandes d'asile

La Corée du Sud, bien que démocratique et économiquement développée, reste prudente dans l'examen des demandes d'asile, notamment celles émanant de ressortissants chinois. Les tensions géopolitiques avec Pékin et les craintes de tensions sociales pèsent sur les décisions des autorités. Entre 2010 et 2025, seulement 3 000 à 4 000 demandes d'asile ont abouti à un statut de réfugié sur plus de 100 000 demandes déposées, selon les données du ministère de la Justice sud-coréen.

Ce faible taux d'acceptation s'explique en partie par des critères exigeants, incluant la preuve d'une persécution individuelle et documentée. Les défenseurs des droits de l'Homme dénoncent cependant un système qui ne reflète pas toujours la réalité des persécutions politiques dans certains pays, comme la Chine, où les autorités répriment sévèrement toute dissidence. Le parcours de Dong Guangping illustre ainsi les obstacles auxquels sont confrontés les opposants politiques souhaitant échapper à l'oppression de leur gouvernement d'origine.

Si son cas aboutit à une régularisation, il pourrait servir de précédent pour d'autres demandeurs d'asile originaires de Chine ou d'ailleurs. Dans le cas contraire, son expulsion vers la Chine, où il risque des persécutions supplémentaires, soulèverait des questions éthiques et diplomatiques pour Séoul.

Les autorités sud-coréennes justifient cette politique par la nécessité de vérifier chaque demande au cas par cas, en tenant compte de critères stricts, notamment la preuve d'une persécution individuelle. Le gouvernement évoque également des préoccupations de sécurité nationale, craignant des infiltrations ou des pressions diplomatiques de la part de Pékin. Cependant, les organisations de défense des droits de l'Homme critiquent ce faible taux, estimant qu'il reflète une application excessive des règles et une méconnaissance des réalités politiques en Chine.