Alors que Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, mène une campagne officielle pour l’investiture des Républicains (LR) à la présidentielle de 2027, plusieurs figures de la droite continuent de cultiver discrètement leurs ambitions élyséennes. Parmi elles, Laurent Wauquiez, David Lisnard, Xavier Bertrand et Michel Barnier, dont les manœuvres stratégiques contrastent avec l’approche assumée du candidat désigné par les militants LR. Selon Le Figaro - Politique, Bruno Retailleau juge d’ailleurs le match « plié » en interne, considérant que toute candidature rivale s’inscrirait nécessairement en position de concurrence externe.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre personnalités de droite — Wauquiez, Lisnard, Bertrand et Barnier — conservent des ambitions présidentielles malgré l’investiture de Bruno Retailleau par LR.
  • Retailleau estime que le processus interne est « plié » et que les autres candidats s’inscriraient dans une logique de concurrence externe.
  • Laurent Wauquiez mise sur le temps long, observant l’évolution des candidats du bloc central avant de se positionner clairement.
  • L’entourage d’Édouard Philippe doute de la solidité des alliances au sein du bloc central et redoute une campagne difficile à contrôler.

Un « gentleman’s agreement » fragile entre les candidats du bloc central

Côté bloc central, les observateurs soulignent la fragilité des accords tacites entre les candidats. L’entourage d’Édouard Philippe, ancien Premier ministre, se montre particulièrement sceptique quant à la pérennité d’un « gentleman’s agreement » avec Gabriel Attal, actuel ministre et patron des députés Renaissance. « Son expérience l’a amené à penser que ceux qui se lancent sont difficiles à débrancher. Ce qui, humainement, se comprend », explique un proche du député des Hauts-de-Seine. Autant dire que la patience des outsiders de droite pourrait être mise à rude épreuve dans les mois à venir.

Parmi ces outsiders, Laurent Wauquiez incarne une stratégie d’attentisme assumée. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes mise sur le temps long, laissant à d’autres le soin de s’épuiser dans des primaires ou des alliances précaires. « Il a compris que c’était plié pour lui », confie-t-on chez LR, tout en reconnaissant que Wauquiez dispose d’une marge de manœuvre confortable pour jauger le rapport de forces avant de prendre une décision.

Xavier Bertrand et David Lisnard, deux stratégies opposées pour une même ambition

Xavier Bertrand, ancien ministre et président des Hauts-de-France, affiche sans détour son ambition présidentielle depuis plusieurs mois. Il mène une campagne en solitaire, multipliant les meetings et les prises de parole, sans chercher à s’allier aux autres figures de la droite. Une approche qui tranche avec celle de David Lisnard, maire de Cannes, qui a également lancé une dynamique personnelle tout en maintenant un discours ouvert à une primaire élargie de la droite. Ces deux postures illustrent les tensions au sein du camp conservateur, où chacun tente de se positionner comme l’alternative crédible à Retailleau.

Pour Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit et figure historique de LR, l’enjeu est double : conserver une visibilité médiatique tout en évitant de s’aliéner le parti. Contrairement à Bertrand ou Lisnard, Barnier mise davantage sur une stratégie de long terme, espérant que les divisions internes à LR pourraient lui ouvrir une voie si Retailleau échoue à fédérer au-delà des militants. « On ne compte plus les candidats qui ont cru pouvoir sauter sur le wagon en marche », glisse un observateur politique parisien.

Bruno Retailleau, candidat investi, tente de fédérer malgré les critiques

Bruno Retailleau, seul candidat officiellement investi par les militants LR à ce stade, tente de rassembler autour de son projet. Il mise sur un discours axé sur la stabilité et l’expérience, cherchant à se différencier des outsiders perçus comme trop clivants. « Le match est plié en interne », a-t-il déclaré, signifiant par là que toute candidature rivale partirait avec un handicap dès le départ. Pourtant, dans les couloirs du Sénat ou à l’Assemblée nationale, certains élus LR restent sceptiques sur la capacité de Retailleau à incarner une dynamique suffisante pour rivaliser avec les candidats du bloc central.

Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives. Avec une campagne présidentielle qui s’étire sur près d’un an, les outsiders de droite ont tout loisir pour ajuster leur stratégie. Mais le temps joue aussi contre eux : chaque mois sans annonce claire pourrait affaiblir leur crédibilité auprès de l’électorat conservateur, traditionnellement attaché à l’unité du camp.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances pourraient redistribuer les cartes. La tenue d’une primaire ouverte de la droite, évoquée par certains cadres LR, dépendra en grande partie de la capacité de Retailleau à fédérer au-delà de son socle militant. Si l’investiture actuelle ne suffit pas à éteindre les ambitions, un scénario de division du vote à droite lors des primaires ne peut être exclu. Autre piste : l’émergence d’un candidat unique du bloc central (Renaissance, Horizons, MoDem) qui rendrait caduques les stratégies individuelles des outsiders de droite. Les prochaines consultations électorales locales, à l’automne 2026, pourraient apporter des premiers indices sur les rapports de force en présence.

Quoi qu’il en soit, une certitude : la droite reste un puzzle stratégique où chaque pièce compte, et où l’attentisme peut se muer en avantage comme en piège.

Bruno Retailleau considère que son investiture par les militants LR lui confère une légitimité suffisante pour décourager toute candidature rivale au sein du parti. Selon lui, toute autre candidature s’inscrirait automatiquement en position de concurrence externe, ce qui affaiblirait la dynamique collective de la droite.