Les droits de douane imposés par Donald Trump sur les importations d’acier en provenance d’Europe ont réduit de plus d’un tiers les exportations sidérurgiques européennes vers les États-Unis, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Les exportations d’acier européen vers les États-Unis ont reculé de 34 % depuis le doublement des droits de douane, passant de 25 % à 50 %, il y a un an.
  • Cette baisse représente une perte de 1 million de tonnes d’acier exporté et un manque à gagner estimé entre 1 et 1,5 milliard d’euros sur les douze derniers mois.
  • Les discussions entre l’Union européenne et Washington pour lever ces surtaxes restent au point mort, malgré un accord commercial conclu en Écosse l’été dernier.
  • L’Europe a déjà supprimé ses droits de douane sur les produits américains, mais l’acier reste le seul secteur européen à subir des taxes aussi élevées aux États-Unis.

Le secteur sidérurgique européen subit de plein fouet la politique commerciale agressive menée par l’administration Trump. Selon les dernières données compilées par Eurofer, l’organisation professionnelle représentant les producteurs d’acier en Europe, les exportations vers les États-Unis se sont effondrées depuis que Washington a doublé, en juin 2025, les droits de douane sur l’acier européen, les portant de 25 % à 50 %. BFM Business souligne que cette mesure protectionniste a entraîné une chute de 34 % des volumes exportés, soit une perte d’un million de tonnes sur un an.

Le manque à gagner pour les sidérurgistes européens est estimé entre 1 et 1,5 milliard d’euros sur les douze derniers mois, un chiffre avancé par Axel Eggert, directeur général d’Eurofer, dans un entretien accordé à BFM Business. « Les exportations d’acier européen vers les États-Unis ont chuté de 34 % depuis que le président américain a doublé les droits de douane sur le secteur », précise-t-il, rappelant que cette surtaxe punitive frappe un marché clé pour les producteurs européens.

Un accord commercial inabouti

Cette situation intervient malgré un engagement pris l’été dernier par Bruxelles et Washington lors d’un sommet à Turnberry, en Écosse. Les deux parties s’étaient alors mises d’accord sur deux pistes pour résoudre le conflit : l’instauration de contingents d’importation sans droits de douane et une collaboration commune pour lutter contre les surcapacités mondiales de production d’acier. Pourtant, BFM Business constate que « rien n’a bougé » depuis, comme le regrette Axel Eggert. « L’UE a convenu avec les États-Unis qu’on allait se mettre ensemble et trouver une solution concernant les produits sidérurgiques, de deux façons : des contingents d’importation sans droits de douane et une solution commune contre les surcapacités mondiales. Mais depuis, rien n’a bougé », déplore-t-il.

L’Europe, de son côté, a tenu ses promesses. Le Parlement européen doit voter prochainement la suppression définitive des droits de douane appliqués sur les produits américains, une mesure entrée en vigueur de manière anticipée dans certains États membres. Pourtant, l’acier reste le seul secteur européen à subir des taxes aussi élevées sur le marché américain. « La Commission européenne a fait beaucoup d’efforts, et je la félicite pour tout ce qu’elle essaie de faire. Mais jusqu’à maintenant, cela n’a produit aucun résultat pour la sidérurgie européenne », reconnaît Axel Eggert.

Des conséquences qui pourraient s’aggraver

Si la baisse des exportations se poursuit, les sidérurgistes européens pourraient être contraints de revoir leurs capacités de production et, par ricochet, leurs effectifs. « À moyen terme, il faudra adapter les capacités et les emplois en Europe », met en garde le directeur général d’Eurofer. Une perspective d’autant plus inquiétante que le secteur sidérurgique européen est déjà fragilisé par la concurrence des surcapacités mondiales, notamment chinoises, et par la transition écologique qui impose des investissements coûteux pour réduire les émissions de CO₂.

Pour l’instant, les États-Unis restent le deuxième marché d’exportation pour l’acier européen, derrière l’Asie. Une chute prolongée des ventes outre-Atlantique pèserait donc lourdement sur un secteur déjà en difficulté. « L’acier reste la seule filière en Europe à subir des surtaxes aussi élevées sur le marché américain », souligne BFM Business, rappelant que les autres secteurs industriels européens ont bénéficié de mesures moins restrictives de la part de Washington.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les discussions entre Bruxelles et Washington aboutiront enfin à une levée partielle ou totale des droits de douane sur l’acier. Une réunion est attendue d’ici la fin du mois de juin, mais les observateurs restent prudents sur l’issue de ces négociations. Si aucun compromis n’est trouvé, les sidérurgistes européens pourraient devoir accélérer leur réorientation vers d’autres marchés, comme l’Afrique ou l’Amérique latine, où la demande en acier reste dynamique. Par ailleurs, la Commission européenne pourrait envisager de nouvelles mesures de rétorsion, bien que celles-ci risquent d’aggraver les tensions commerciales déjà vives entre les deux blocs.

En attendant, le secteur sidérurgique européen, déjà en proie à des difficultés structurelles, doit faire face à une nouvelle épreuve. La baisse des exportations vers les États-Unis, combinée à la pression concurrentielle asiatique et aux exigences environnementales, pourrait bien forcer les producteurs à revoir en profondeur leur modèle économique. Une chose est sûre : dans un contexte géopolitique marqué par le retour du protectionnisme, l’acier européen n’a pas fini de payer le prix de ces tensions commerciales.

Les États-Unis ont justifié cette mesure par la nécessité de protéger leur industrie sidérurgique nationale, accusant les producteurs européens de bénéficier de subventions déloyales et de contribuer aux surcapacités mondiales. Cette décision s’inscrit dans une politique commerciale plus large, marquée par le slogan « America First » promu par l’administration Trump.