D’après BFM Business, le Premier ministre australien Anthony Albanese a qualifié de « injustifiés » les nouveaux droits de douane que les États-Unis envisagent d’imposer à une soixantaine de pays, dont l’Australie, au motif d’un manque de lutte contre l’importation de biens issus du travail forcé. Une mesure que Canberra juge en profond désaccord avec les principes historiques du commerce international.

Ce qu'il faut retenir

  • 60 pays concernés par les droits de douane américains, dont l’Australie et les membres de l’Union européenne.
  • Washington propose des droits de 12,5 % pour 45 pays n’ayant pas interdit l’importation de biens issus du travail forcé, et de 10 % pour une quinzaine d’autres, jugés insuffisamment engagés.
  • L’Australie, qui applique déjà un droit de 10 % sur ses exportations vers les États-Unis, dénonce un désaccord idéologique sur l’efficacité des tarifs douaniers.
  • Le ministre australien du Commerce, Don Farrell, a protesté officiellement lors d’une rencontre à Paris avec son homologue américain, Jamieson Greer.

Washington durcit sa politique commerciale sous l’administration Trump

L’administration américaine, dirigée par le président Donald Trump, a annoncé mardi son intention d’appliquer des droits de douane supplémentaires à une soixantaine de pays. L’objectif affiché : lutter contre l’importation de produits fabriqués grâce au travail forcé. Selon les services américains, ces pays n’auraient pas adopté de législation suffisamment stricte pour interdire ces importations. Deux taux distincts sont proposés : 12,5 % pour les pays jugés « en échec », comme l’Australie, et 10 % pour ceux dont les efforts sont considérés comme « insuffisants », comme plusieurs États membres de l’Union européenne.

Cette initiative s’inscrit dans une politique commerciale plus agressive de Washington, qui s’éloigne des consensus multilatéraux établis depuis des décennies. Jusqu’à présent, les tarifs douaniers étaient généralement perçus comme une mesure protectionniste aux effets négatifs pour l’économie du pays qui les impose. Or, l’administration Trump semble privilégier une approche unilatérale, quitte à fragiliser les relations avec ses partenaires traditionnels.

Canberra rejette les accusations et défend son arsenal législatif

Face à ces nouvelles mesures, le Premier ministre australien Anthony Albanese a réagi avec fermeté lors d’une intervention télévisée sur ABC, la chaîne publique. Il a dénoncé un taux de 12,5 % « injustifié », estimant qu’il n’y avait « aucun fondement » à ces droits de douane. « Il existe un désaccord idéologique. L’administration américaine s’est écartée de ce qui était un consensus établi depuis des décennies, à savoir que les tarifs douaniers ne sont pas positifs pour le pays qui les impose », a-t-il déclaré.

Albanese a par ailleurs souligné la rigueur de la législation australienne en matière de lutte contre le travail forcé et l’esclavage moderne. « L’Australie dispose d’une législation solide, complète et à la pointe au niveau mondial », a-t-il affirmé. Canberra affirme que ses lois, parmi les plus strictes au monde, garantissent déjà une interdiction efficace des produits issus du travail forcé, rendant ces droits de douane américains inutiles et contraires aux principes du libre-échange.

Une rencontre à Paris pour tenter d’éviter l’escalade

Pour exprimer son opposition, l’Australie a dépêché son ministre du Commerce, Don Farrell, à Paris le 3 juin 2026. Ce dernier a rencontré son homologue américain, Jamieson Greer, pour plaider contre l’instauration de ces nouveaux droits de douane. À l’issue de cet entretien, Farrell a confirmé que l’Australie considérait ces mesures comme « injustifiées » et contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le nouveau taux de 12,5 % viendrait remplacer le droit de douane actuel de 10 % appliqué aux marchandises australiennes exportées vers les États-Unis. Pour l’économie australienne, déjà touchée par des tensions commerciales récurrentes, cette hausse représenterait un surcoût significatif, notamment pour les secteurs agricoles et miniers, principaux exportateurs vers l’Amérique du Nord.

L’Union européenne également dans le collimateur de Washington

Si l’Australie cristallise les tensions actuelles, l’Union européenne n’est pas épargnée. Plusieurs de ses États membres figurent parmi les pays visés par le taux de 10 %, en raison de lacunes supposées dans leur législation. Bruxelles a réagi avec prudence, tout en réaffirmant son engagement contre le travail forcé. La Commission européenne a indiqué qu’elle étudiait les implications juridiques de ces mesures, qui pourraient être contestées devant l’OMC si elles s’avéraient discriminatoires.

Cette situation intervient dans un contexte de renégociation des accords commerciaux entre l’UE et les États-Unis, déjà tendu depuis l’arrivée de l’administration Trump. Les tensions autour des droits de douane pourraient compliquer davantage les discussions, déjà marquées par des désaccords sur les subventions industrielles et les normes environnementales.

Et maintenant ?

La prochaine étape dépendra des réactions américaines. Si Washington maintient sa décision, l’Australie pourrait saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour contester la légalité de ces droits de douane. Une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois, voire plus d’un an, avant d’aboutir. En attendant, les exportateurs australiens devront composer avec cette nouvelle barrière tarifaire, ce qui pourrait peser sur leurs marges et leur compétitivité.

Côté européen, la Commission devrait rendre publique sa position d’ici la fin du mois de juin. Une réponse coordonnée entre les États membres pourrait être envisagée pour contrer cette mesure, notamment en renforçant la coopération réglementaire avec d’autres partenaires commerciaux affectés.

Reste à voir si cette crise commerciale marquera un tournant dans les relations transpacifiques ou si elle s’inscrira dans la continuité des tensions récurrentes entre Washington et ses alliés traditionnels. Une chose est sûre : les prochaines semaines seront déterminantes pour l’avenir du commerce international.

Selon l’administration américaine, ces droits visent à sanctionner les pays qui ne font pas assez pour interdire l’importation de biens fabriqués grâce au travail forcé. Washington estime que ces importations violent les droits humains et contournent les règles internationales. Cette mesure s’inscrit dans une politique commerciale plus stricte, visant à protéger le marché américain et à sanctionner les pratiques jugées contraires à ses valeurs.

Non, Canberra n’envisage pas de renoncer à ses exportations. L’Australie cherche plutôt à obtenir une exemption ou une renégociation des droits de douane. Ses principaux secteurs exportateurs, comme l’agriculture et les mines, dépendent fortement du marché américain. Une exclusion de ce marché aurait un impact économique significatif, notamment pour les producteurs de vin, de viande bovine et de minerais.