La chanteuse britannique Dua Lipa a inauguré samedi 27 juin 2026 un espace dédié aux ouvrages victimes de censure au sein de la Livraria Lello, une librairie emblématique de Porto, au Portugal. Ce projet, baptisé « Manifesto Library », s’inscrit dans la continuité de son club de lecture Service95, lancé en 2023, et vise à mettre en lumière des textes interdits ou retirés des rayons dans le monde entier.

Selon Franceinfo - Culture, cette bibliothèque permanente rassemble une centaine d’ouvrages censurés pour des raisons variées : thèmes liés à la race, à la sexualité, ou encore des œuvres destinées à un public LGBTQIA+ ayant fait l’objet de suppressions dans les écoles ou les bibliothèques. « Ici, vous trouverez cent livres qui posent des questions ou qui ont été remis en question », a déclaré Dua Lipa dans un communiqué. « Certains ont été interdits par des commissions scolaires en raison de thèmes liés à la race ou à la sexualité. D’autres, écrits pour des lecteurs LGBTQIA+, ont été retirés des rayons. Dans certains cas, l’auteur a payé ses mots de sa vie. »

Ce qu'il faut retenir

  • Dua Lipa a ouvert le 27 juin 2026 la « Manifesto Library », une bibliothèque permanente de 100 livres censurés à la Livraria Lello de Porto.
  • Ces ouvrages ont été interdits ou retirés pour des motifs liés à la race, à la sexualité ou à l’identité de genre, notamment aux États-Unis et dans plusieurs pays autoritaires.
  • Le projet s’inscrit dans le prolongement de son club de lecture Service95, créé en 2023, qui encourage les échanges entre auteurs et lecteurs.
  • Parmi les titres sélectionnés figurent « La Servante écarlate » de Margaret Atwood et des écrits de Salman Rushdie, cible d’une fatwa en Iran.
  • Aux États-Unis, les tentatives d’interdiction de livres se multiplient, notamment dans les écoles, selon l’American Library Association.

Une bibliothèque conçue comme un espace de résistance intellectuelle

La « Manifesto Library » n’est pas seulement une vitrine de livres interdits. Dua Lipa en fait un « sanctuaire dédié aux ouvrages disparus », comme elle l’explique dans son communiqué. Pour la chanteuse, cet espace symbolise aussi la résistance des lecteurs face aux tentatives de contrôle des récits. « Un livre censuré est souvent un livre qui dérange, qui questionne les pouvoirs en place ou qui donne la parole à des communautés marginalisées », rappelle-t-elle.

La sélection des ouvrages reflète cette diversité des luttes : des romans comme « La Servante écarlate », souvent interdit dans les milieux conservateurs américains pour son traitement de la domination masculine et religieuse, côtoient des essais sur le racisme ou des récits LGBTQIA+. Certains auteurs, comme Salman Rushdie, ont même payé le prix fort pour leurs écrits, comme en témoigne la fatwa lancée contre lui en 1989 par le régime iranien. Aux États-Unis, la tendance à la censure s’aggrave : l’American Library Association a recensé un nombre record de tentatives d’interdiction dans les bibliothèques et écoles en 2025, ciblant principalement les livres abordant les thèmes LGBTQIA+, le racisme ou la justice sociale.

Service95, un club de lecture devenu plateforme de défense de la liberté littéraire

Le projet de Dua Lipa s’appuie sur son club de lecture Service95, créé en 2023. À l’origine, il s’agissait d’un espace numérique où la chanteuse recommandait des livres et échangeait avec des écrivains et des lecteurs. « Lorsque j’ai fondé le club de lecture Service95, je voulais qu’il devienne un espace de rencontre pour les auteurs et les lecteurs, où qu’ils vivent et quelles que soient leurs conditions de vie », explique-t-elle. « Lire le monde nous rapproche, mais, malheureusement, l’idée ne fait pas l’unanimité. »

Avec la Manifesto Library, l’artiste concrétise cette ambition en offrant un lieu physique dédié aux voix étouffées. « La lecture est parfois le geste le plus subversif qui soit, souligne-t-elle. Parfois, le geste le plus subversif consiste simplement à lire un livre puis à en parler. » Un rappel que les interdictions visent souvent moins les œuvres elles-mêmes que leur capacité à provoquer le débat et à bousculer les normes établies.

Un phénomène mondial : la censure des livres s’étend, des États-Unis à l’Iran

Le cas des États-Unis illustre une tendance préoccupante : selon l’American Library Association, l’année 2025 a été marquée par un pic historique des tentatives d’interdiction de livres dans les écoles et bibliothèques. Les thèmes les plus touchés ? La représentation LGBTQIA+, le racisme systémique et les récits abordant les inégalités sociales. Dans certains États, des commissions scolaires ont retiré des classiques comme « Beloved » de Toni Morrison ou « The Hate U Give » d’Angie Thomas, jugés « trop perturbants » pour les jeunes lecteurs.

À l’autre bout du monde, des régimes autoritaires maintiennent des pratiques de censure bien plus radicales. En Iran, où Salman Rushdie vit sous protection policière depuis 2000, ses œuvres restent interdites. En Turquie, des auteurs kurdes ou arméniens voient leurs livres saisis ou interdits pour des motifs politiques. En Russie, la loi sur les « agents étrangers » a conduit à la censure de centaines d’ouvrages critiques envers le pouvoir. La Manifesto Library s’inscrit ainsi dans un mouvement global de défense de la liberté d’expression, porté aussi par des organisations comme Reporters sans frontières, qui continue de réclamer la libération du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis juin 2025.

Et maintenant ?

La Manifesto Library devrait rester un espace permanent à la Livraria Lello, avec la possibilité d’y organiser des rencontres ou des lectures publiques. Dua Lipa a laissé entendre que d’autres initiatives similaires pourraient voir le jour dans d’autres pays, en collaboration avec des librairies indépendantes. Aux États-Unis, la bataille contre la censure des livres s’annonce comme l’un des enjeux culturels majeurs de l’année 2026, avec des élections locales qui pourraient renforcer ou affaiblir les mouvements conservateurs à l’origine des interdictions. En Europe, la question de la liberté de la presse et de la culture reste également sensible, notamment dans les pays où les gouvernements multiplient les lois restrictives.

Pour Dua Lipa, cette bibliothèque est bien plus qu’un projet artistique : c’est un acte militant. « Ces livres sont des preuves que la littérature reste un outil de résistance », conclut-elle. Une résistance dont l’importance n’a jamais été aussi grande, à l’heure où les tentatives de contrôle des récits s’intensifient.

La sélection repose sur deux critères principaux : les ouvrages doivent avoir été interdits, retirés des rayons ou censurés dans leur pays d’origine ou dans une institution (école, bibliothèque, etc.), et ils doivent aborder des thèmes liés à la race, à la sexualité, à l’identité de genre ou à la justice sociale. Dua Lipa précise que certains livres ont aussi été choisis pour leur symbolique, comme les œuvres de Salman Rushdie, cible d’une fatwa.

Oui, selon les informations communiquées par Dua Lipa, la bibliothèque est installée de façon permanente dans la Livraria Lello et ouverte au public. Elle pourrait également accueillir des événements comme des rencontres avec des auteurs ou des lectures publiques, bien que ces détails n’aient pas encore été précisés.