Cent jours après le début officiel de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, les dirigeants de cinq pays d’Afrique centrale ainsi que le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) tirent la sonnette d’alarme. Dans une tribune publiée en exclusivité le 25 août par Jeune Afrique et reprise par plusieurs médias congolais, le président congolais Félix Tshisekedi, ses homologues ougandais Yoweri Museveni, centrafricain Faustin-Archange Touadéra, burundais Évariste Ndayishimiye, ainsi que le docteur Jean Kaseya, appellent à un déblocage accéléré des fonds promis pour enrayer la propagation du virus.

Ce qu’il faut retenir

  • Un appel conjoint a été lancé par cinq chefs d’État africains et le directeur de l’Africa CDC pour accélérer les financements contre l’épidémie d’Ebola.
  • Plus de 1,2 milliard de dollars d’engagements financiers ont été annoncés, un montant équivalent au coût de la précédente épidémie de 2018-2020.
  • À ce jour, seuls 816 millions de dollars ont été effectivement débloqués, dont 333 millions de dollars versés par la Banque mondiale.
  • Les signataires insistent sur la nécessité de centraliser les efforts pour une réponse sanitaire plus efficace sur le terrain.

Un appel à l’action urgente face à une épidémie qui s’étend

Selon nos confrères de Courrier International, les signataires de la tribune dénoncent un décalage entre les promesses et les réalisations. Alors que l’épidémie progresse « à un rythme alarmant », les fonds engagés restent en grande partie bloqués. « L’argent est le nerf de la riposte sanitaire », rappellent-ils, soulignant que sans financement rapide, la lutte contre le virus risque de s’enliser. L’épidémie, qui touche désormais la RDC et l’Ouganda, s’inscrit dans une dynamique préoccupante : le coût total des engagements (1,2 milliard de dollars) correspond exactement à celui de la précédente crise d’Ebola en 2018-2020, une période durant laquelle la mobilisation avait été bien plus rapide.

Des promesses financières loin d’être tenues

Sur les 1,2 milliard de dollars annoncés par les bailleurs internationaux et les États, seuls 816 millions ont été versés à ce jour. Parmi les contributeurs, la Banque mondiale figure en tête avec 333 millions de dollars déjà débloqués. Pour autant, les besoins sur le terrain restent colossaux : surveillance renforcée, prise en charge des patients, logistique médicale et campagnes de sensibilisation exigent des ressources immédiates. « Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre », a déclaré le docteur Jean Kaseya, directeur de l’Africa CDC, dans les colonnes de Jeune Afrique.

Une coordination régionale jugée insuffisante

Outre les financements, les signataires plaident pour une meilleure coordination entre les pays touchés. La RDC, l’Ouganda, la République centrafricaine (RCA) et le Burundi partagent des frontières poreuses et des populations mobiles, ce qui favorise la propagation du virus. « Une lutte sanitaire efficace sur le terrain passe par une centralisation des efforts », a précisé Félix Tshisekedi. Pourtant, malgré les alertes répétées, les mécanismes de collaboration transfrontalière peinent à se mettre en place. Les tensions entre États, les lenteurs administratives et le manque de moyens humains aggravent la situation.

Le précédent de 2018-2020, un rappel glaçant

Les experts s’accordent à dire que la rapidité de la réponse avait été déterminante lors de la dernière grande épidémie d’Ebola en RDC. Entre 2018 et 2020, plus de 2 200 personnes étaient décédées, et le coût global de la riposte avait atteint 1,2 milliard de dollars. Aujourd’hui, alors que le virus réapparaît avec une virulence similaire, les retards dans le déblocage des fonds risquent de reproduire les mêmes erreurs. « Chaque jour de perdu coûte des vies », a averti un responsable de l’ONG médicale Alima, cité par Courrier International.

« L’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda a généré environ 1,2 milliard de dollars d’engagements annoncés. Mais seuls 816 millions de dollars d’aides ont été octroyés à ce jour. » — Extrait de la tribune signée par Félix Tshisekedi et ses homologues.

Un contexte épidémiologique et politique complexe

La région des Grands Lacs africains est régulièrement frappée par des épidémies de fièvre hémorragique, en partie liées à la déforestation et à l’exploitation minière, deux facteurs qui favorisent le contact entre humains et réservoirs animaux du virus. Selon des analyses publiées par Courrier International, la transition énergétique mondiale, en stimulant l’extraction de minerais rares, pourrait aggraver ce phénomène. « La course aux ressources naturelles menace de transformer l’Afrique centrale en zone à haut risque », explique un expert en santé publique.

Par ailleurs, la situation politique dans certains pays complique la réponse. En RDC, où l’épidémie sévit depuis plusieurs mois, les autorités font face à des défis logistiques majeurs. Les routes en mauvais état, l’insécurité dans l’est du pays et la méfiance d’une partie de la population envers les équipes médicales ralentissent les opérations. En Ouganda, où le dernier patient avait quitté l’hôpital en juin dernier, les autorités restent en alerte maximale, craignant une résurgence.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. Une réunion d’urgence des bailleurs internationaux est prévue début septembre pour accélérer le versement des fonds restants. Les États signataires de la tribune devraient aussi finaliser un plan de coordination transfrontalière d’ici la fin du mois. Reste à voir si ces engagements seront suivis d’effets concrets. Dans le même temps, l’OMS et l’Africa CDC préparent une campagne de vaccination ciblée, mais son déploiement dépendra des livraisons de doses promises par les laboratoires.

Pour l’instant, le bilan humain reste modéré : selon les dernières données, une centaine de cas ont été confirmés, dont une cinquantaine de décès. Mais les experts s’inquiètent de la capacité des systèmes de santé locaux à absorber une flambée plus large. « La situation est sous contrôle, mais à condition que les financements suivent », a tempéré un responsable de l’ONU sur place.

Autant dire que le compte à rebours est lancé. Cent jours après le début de l’épidémie, l’heure n’est plus aux promesses, mais aux actes.

Plusieurs facteurs expliquent ces retards. D’abord, les procédures administratives des bailleurs internationaux, comme la Banque mondiale, sont souvent complexes et nécessitent des validations multiples. Ensuite, la coordination entre les États concernés reste fragile, notamment en raison de tensions politiques ou de priorités nationales concurrentes. Enfin, la méfiance de certains donateurs envers les gouvernements locaux peut ralentir les transferts de fonds, par crainte de mauvaise gestion ou de corruption.

Les défis sont multiples : l’insécurité dans l’est de la RDC, où sévit le virus, complique l’accès aux zones touchées. Les infrastructures sanitaires sont souvent insuffisantes, avec un manque criant de centres de traitement et de personnel médical formé. La méfiance d’une partie de la population, alimentée par des rumeurs ou des expériences passées, freine aussi les campagnes de sensibilisation. Enfin, la mobilité des populations à travers les frontières facilite la propagation du virus.