Lors d’une visite officielle à Kinshasa, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est montré rassurant sur la situation épidémiologique en République démocratique du Congo (RDC), où une épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola sévit depuis plusieurs mois. Malgré une progression « préoccupante » du virus, l’organisation onusienne considère que les outils nécessaires pour enrayer la transmission sont désormais disponibles. « Nous avons les moyens de contrôler cette épidémie », a-t-il affirmé devant la presse locale, tout en reconnaissant les difficultés persistantes sur le terrain.

Selon Ouest France, cette prise de position intervient alors que les autorités sanitaires congolaises peinent encore à contenir la propagation du virus, notamment dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, des zones déjà fragilisées par des décennies de conflits et d’insécurité. Depuis le début de l’épidémie, déclarée en août 2025, plus de **1 200 cas confirmés ou probables** ont été recensés, dont **780 décès**, selon les derniers bilans publiés par le ministère de la Santé congolais. Ces chiffres placent cet épisode parmi les plus meurtriers de ces dernières années en RDC, un pays régulièrement frappé par des flambées d’Ebola.

Ce qu'il faut retenir

  • 1 200 cas confirmés ou probables enregistrés depuis août 2025 en RDC, dont 780 décès.
  • L’épidémie progresse principalement dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, des zones marquées par l’insécurité.
  • Le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, affirme que « les moyens pour contrôler l’épidémie sont disponibles ».
  • Les autorités congolaises peinent à contenir la transmission, malgré les efforts de riposte déployés.
  • Cette flambée s’inscrit dans une série d’épidémies récurrentes en RDC depuis 2018.

Une riposte sanitaire enrayée par des obstacles structurels

Si l’OMS se dit confiante dans la capacité à maîtriser l’épidémie, la réalité sur le terrain contraste avec cet optimisme. Les équipes de réponse rapide, chargées d’identifier et d’isoler les cas, se heurtent à des difficultés logistiques majeures. Dans certaines zones rurales, l’accès aux centres de traitement est limité par l’absence de routes praticables ou par l’insécurité persistante, liée aux conflits entre groupes armés et aux activités des milices locales. « La réponse est entravée par des défis logistiques et sécuritaires qui retardent l’identification des cas », a indiqué un responsable de l’OMS sous couvert d’anonymat.

Autre point de tension : la méfiance d’une partie de la population envers les équipes sanitaires. Dans certaines communautés, les rumeurs selon lesquelles le virus serait une « invention des étrangers » ou que les traitements proposés seraient dangereux ont freiné les efforts de sensibilisation. Pour y remédier, l’OMS et ses partenaires ont intensifié les campagnes de communication, notamment via des leaders communautaires et des religieux, afin de rétablir la confiance.

Un virus qui résiste malgré les avancées médicales

Cette épidémie survient à un moment où les outils de lutte contre Ebola ont pourtant progressé. Les vaccins, comme l’Ervebo, et les traitements expérimentaux, comme le mAb114, ont démontré leur efficacité lors des précédentes flambées. Pourtant, leur déploiement reste inégal en RDC. Selon Ouest France, seulement **60 % des cas contacts** ont pu être vaccinés à ce jour, un taux insuffisant pour briser les chaînes de transmission. « Le défi n’est plus technologique, mais opérationnel », a souligné un épidémiologiste de l’OMS présent sur place.

Par ailleurs, la souche du virus circulant actuellement en RDC, identifiée comme B.1.621, présente des mutations qui pourraient, selon les experts, influencer sa transmissibilité ou sa virulence. Bien que ces variations ne remettent pas en cause l’efficacité des vaccins existants, elles nécessitent une surveillance accrue pour adapter les stratégies de riposte.

Et maintenant ?

Dans les prochaines semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’OMS comptent sur une intensification des opérations de vaccination et de traçage des contacts, avec un accent particulier sur les zones les plus reculées. Une réunion de haut niveau est prévue à Kinshasa début juin pour évaluer l’avancée des opérations et ajuster, si nécessaire, les protocoles de prise en charge. « Nous tablons sur une amélioration progressive d’ici trois à quatre mois, à condition que les financements nécessaires soient débloqués sans délai », a précisé un porte-parole du ministère congolais de la Santé. Parallèlement, la communauté internationale a été appelée à renforcer son soutien financier et logistique, alors que les fonds alloués à la riposte restent en deçà des besoins estimés à **150 millions de dollars** pour les six prochains mois.

Cette épidémie rappelle, une fois de plus, la vulnérabilité des systèmes de santé dans les pays en proie à l’instabilité. Alors que l’OMS mise sur une maîtrise progressive du virus, les incertitudes liées à l’insécurité et à la couverture vaccinale laissent planer des doutes sur la rapidité de l’endiguement. Combien de temps faudra-t-il encore pour venir à bout de cette flambée ? La réponse dépendra autant de la mobilisation des acteurs locaux que de la solidarité internationale.

La souche identifiée est la B.1.621, une variante qui présente des mutations nécessitant une surveillance accrue, bien que son impact sur la transmissibilité ou la virulence ne soit pas encore clairement établi.