Le phénomène El Niño, qui influence les régimes climatiques mondiaux, prend une ampleur inédite ces dernières décennies. Selon Futura Sciences, une étude publiée le 27 août 2026 dans la revue Science démontre que les épisodes récents sont près de 40 % plus intenses que ceux observés avant l’ère industrielle. Ces conclusions s’appuient sur l’analyse de 13 coraux des îles Galápagos, dont les archives naturelles permettent de retracer près d’un millénaire de variations climatiques.

Pour comprendre cette évolution, les chercheurs ont reconstitué les conditions passées grâce à la composition chimique des squelettes coralliens, sensibles aux variations de température de l’eau. Les résultats sont sans appel : les épisodes El Niño des quarante dernières années s’éloignent radicalement de la normale millénaire, confirmant une tendance à l’intensification directement liée au réchauffement climatique.

Ce qu'il faut retenir

  • Les épisodes El Niño récents sont 40 % plus intenses que ceux de l’ère préindustrielle, selon une étude publiée dans Science le 27 août 2026.
  • Les chercheurs ont analysé 13 coraux des îles Galápagos pour reconstituer mille ans de variations climatiques.
  • Le réchauffement climatique est pointé comme la cause principale de cette intensification, excluant les facteurs naturels comme les éruptions volcaniques ou les variations solaires.
  • El Niño perturbe les températures et les précipitations à l’échelle mondiale, avec des conséquences majeures : sécheresses, inondations, incendies ou insécurité alimentaire.
  • Les scientifiques appellent à une réduction urgente de l’usage des combustibles fossiles pour limiter l’aggravation de ces phénomènes.

Un phénomène naturel aux conséquences mondiales

El Niño correspond à la phase chaude du cycle naturel El Niño-Oscillation australe (ENSO), qui se produit tous les deux à sept ans dans le Pacifique tropical. Le réchauffement anormal des eaux du centre et de l’est de ce bassin perturbe les régimes de températures et de précipitations à l’échelle planétaire. Selon Futura Sciences, ses effets peuvent se traduire par des sécheresses prolongées en Australie, des inondations en Amérique du Sud, ou encore des vagues de chaleur en Afrique.

Les chercheurs soulignent que les épisodes récents se distinguent par leur intensité exceptionnelle. « Nous n’avons jamais observé d’épisodes El Niño aussi intenses qu’aujourd’hui », déclare Julia Cole, première auteure de l’étude et professeure à l’Université du Michigan. Ces événements, autrefois considérés comme des anomalies ponctuelles, deviennent désormais la norme dans un contexte de réchauffement accru.

Des coraux pour remonter le fil du climat

Pour établir cette chronologie, l’équipe de recherche a exploité des échantillons de coraux modernes et anciens prélevés dans les îles Galápagos, épicentre du phénomène El Niño. Les squelettes de ces organismes, qui enregistrent les variations de température de l’eau dans leur structure chimique, offrent une fenêtre unique sur le passé. « On ajoutait sans cesse des enregistrements en se disant que ça allait se compliquer, mais en fait non. C’est une histoire tellement claire », résume Julia Cole.

Les données révèlent une évolution progressive depuis le XIXe siècle, période marquée par la généralisation de l’utilisation des combustibles fossiles. Les épisodes de faible intensité ont peu à peu cédé la place à des événements plus puissants, tandis que les simulations réalisées par les chercheurs ont écarté les causes naturelles, comme les éruptions volcaniques ou les variations de l’activité solaire.

Un double défi : réchauffement climatique et El Niño renforcé

L’intensification d’El Niño survient dans un contexte où le climat mondial est déjà perturbé par l’accumulation de gaz à effet de serre. Un épisode El Niño puissant peut ainsi amplifier temporairement les températures globales et aggraver des événements extrêmes comme les canicules ou les cyclones. « El Niño est une source majeure d’événements climatiques extrêmes, et donc s’il s’intensifie, ses conséquences s’aggravent », souligne Julia Cole.

Les chercheurs s’inquiètent particulièrement pour des écosystèmes fragiles, comme la forêt amazonienne. Les épisodes El Niño prolongés pourraient accélérer la dégradation de cet écosystème clé, avec des répercussions en cascade sur la biodiversité et les populations locales. « Aucun pays ne peut se protéger totalement de sécheresses, d’inondations, d’incendies ou de crises alimentaires plus sévères », rappelle la scientifique.

Une urgence climatique à ne pas ignorer

Cette étude renforce l’urgence d’agir pour limiter l’impact des activités humaines sur le climat. Les auteurs appellent à une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et à une transition vers des énergies renouvelables. « Les épisodes El Niño actuels ne sont pas normaux au regard du dernier millénaire. Ils reflètent un déséquilibre climatique que nous devons corriger », insiste Julia Cole.

Les conséquences d’El Niño ne se limitent pas aux régions directement touchées. Les perturbations des courants océaniques et atmosphériques peuvent affecter les récoltes, les prix des denrées alimentaires et même la santé publique à l’échelle mondiale. Selon les experts, cette intensification du phénomène pourrait s’aggraver dans les décennies à venir si aucune mesure forte n’est prise.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront cruciaux pour observer l’évolution d’El Niño en 2026 et 2027. Les prévisions climatiques indiquent une anomalie de température exceptionnelle dans le Pacifique équatorial, avec des risques accrus d’événements extrêmes. Les scientifiques appellent à un suivi renforcé des écosystèmes marins et terrestres, ainsi qu’à une coopération internationale pour limiter les émissions de CO₂. La conférence des Nations unies sur le climat, prévue en 2027, pourrait jouer un rôle clé dans la définition de nouvelles mesures.

Les résultats de cette étude soulignent une fois de plus l’interconnexion des enjeux climatiques. El Niño, autrefois perçu comme un phénomène cyclique et prévisible, révèle aujourd’hui ses effets démultipliés par le réchauffement global. Sans action concertée, les prochaines décennies pourraient voir s’enchaîner des épisodes toujours plus violents, avec des conséquences difficiles à anticiper.

Les coraux enregistrent les variations de température de l’eau dans leur squelette grâce à des changements chimiques. En analysant ces archives naturelles, les chercheurs peuvent reconstituer les conditions climatiques passées sur près d’un millénaire, offrant un aperçu unique de l’évolution d’El Niño.

Les épisodes El Niño plus intenses peuvent provoquer des sécheresses prolongées, des inondations dévastatrices, une hausse des températures mondiales, ainsi que des crises alimentaires et des perturbations des écosystèmes, comme la forêt amazonienne.