Créer un « camion-poubelle » spatial en adaptant la fusée géante Starship de SpaceX, telle est la dernière idée d’Elon Musk. Selon Numerama, qui rapporte ses propos, le PDG de Tesla et SpaceX a évoqué fin mai 2026 la possibilité de transformer le lanceur en un engin capable de capturer et désorbiter les débris spatiaux, s’inspirant du principe du jeu Hungry Hippo. Une proposition qui, bien que futuriste, s’inscrit dans un contexte de pollution croissante de l’orbite terrestre, notamment due à l’activité spatiale chinoise.

Ce qu'il faut retenir

  • Elon Musk a suggéré fin mai 2026 de concevoir une version « Hungry Hippo » du Starship, capable de collecter les débris spatiaux en orbite.
  • Le concept repose sur une mâchoire articulée à l’avant du vaisseau pour saisir et désorbiter les étages de fusées usagés ou autres déchets.
  • Cette idée s’inscrit dans un contexte de multiplication des débris en orbite, notamment avec la montée en puissance des lancements chinois.
  • SpaceX avait déjà envisagé cette fonctionnalité dès 2020, selon les déclarations de Gwynne Shotwell, présidente de l’entreprise.
  • Un concurrent, Rocket Lab, développe déjà un système similaire pour son lanceur Neutron, mais avec une finalité différente : expulser sa charge utile.

Un Starship polyvalent, désormais pensé pour le nettoyage spatial

Le Starship, développé par SpaceX, est conçu depuis l’origine comme un engin multi-usage. Selon Numerama, il doit assurer des missions variées : lancement de satellites, ravitaillement de la Station Spatiale Internationale (ISS), rotations d’équipages, tourisme spatial, exploration lunaire, transport interplanétaire ou même militarisation de l’espace. Pourtant, Elon Musk vient d’ajouter une corde supplémentaire à l’arc du lanceur géant : le nettoyage de l’orbite terrestre.

Lors d’un échange publié sur X fin mai 2026, l’entrepreneur a proposé une déclinaison inédite du Starship, non plus destinée à transporter des charges utiles, mais à « gober » les débris spatiaux. « Peut-être devrions-nous un jour créer une version Hungry Hippo du Starship pour collecter et désorbiter les étages de fusées usagés et autres déchets spatiaux », a-t-il déclaré, citant ainsi le jeu de plateau où des hippopotames articulés s’ouvrent pour attraper un maximum de billes.

Une solution face à la pollution spatiale croissante

Cette proposition intervient alors que la question des débris spatiaux prend une ampleur inédite. D’après un article publié par Ars Technica le 26 mai 2026, la multiplication des lancements, en particulier ceux de la Chine, génère une quantité croissante d’étages de fusées abandonnés en orbite. Ces débris, non contrôlés, représentent un risque majeur pour les satellites actifs et les futures missions habitées. « Ça va poser un problème », avait souligné un journaliste dans les colonnes du média américain.

Elon Musk, en proposant une solution technique, met en lumière un enjeu industriel et stratégique. SpaceX, dont les activités dépendent d’un accès sécurisé à l’orbite, a tout intérêt à participer à la résolution de ce problème. Gwynne Shotwell, présidente de SpaceX, avait d’ailleurs évoqué cette possibilité dès 2020, lors d’un entretien avec TIME : « Il est tout à fait possible que nous puissions tirer parti du Starship pour aller vers certaines de ces fusées mortes et ramasser certains de ces déchets dans l’espace. »

Un design inspiré du Hungry Hippo, mais des défis techniques colossaux

Le concept imaginé par Elon Musk repose sur une modification majeure du Starship : l’ajout d’une mâchoire articulée à l’avant du vaisseau. Ce dispositif, inspiré du jeu Hungry Hippo, permettrait au lanceur de s’approcher des débris en orbite, de les saisir, puis de les freiner avant de les précipiter dans l’atmosphère terrestre, au-dessus d’une zone océanique. Une autre option, plus spectaculaire, consisterait à ramener le déchet dans la « gueule » du Starship jusqu’à son retour sur Terre.

Pour autant, les défis techniques restent immenses. Capturer un débris de plusieurs tonnes en rotation chaotique en orbite exige une précision balistique extrême, ainsi qu’un système de navigation et de contrôle d’attitude ultra-performant. SpaceX, qui a déjà repoussé les limites avec des innovations comme la réutilisation des étages ou la capture du premier étage par des bras articulés, pourrait bien une fois de plus surprendre le secteur spatial. Comme le rappelle Numerama, l’entreprise a l’habitude de déjouer les pronostics défavorables en matière d’ingénierie.

Un concurrent, Rocket Lab, explore déjà une solution similaire

Si l’idée d’Elon Musk reste pour l’instant au stade de la réflexion, elle n’est pas totalement inédite. Un concurrent direct, Rocket Lab, développe en effet pour son lanceur moyen Neutron un système de coiffe articulée, directement inspiré du même jeu. Le principe ? La fusée s’ouvre en deux segments à l’avant pour expulser son deuxième étage et sa charge utile, avant de refermer sa « gueule » pour un retour intact sur Terre.

Cependant, la finalité diffère : là où Rocket Lab utilise ce design pour optimiser la réutilisation de son lanceur, SpaceX envisagerait une version adaptée au ramassage des débris. Comme le souligne Numerama, les bases technologiques pour une telle innovation existent déjà, mais leur application à la capture de déchets spatiaux reste à valider.

Vers une industrialisation du nettoyage spatial ?

La question du business model se pose naturellement. Un Starship dédié au nettoyage de l’orbite pourrait-il devenir rentable ? SpaceX n’a pas encore communiqué sur d’éventuels partenariats ou contrats publics pour une telle mission. Pour autant, l’intérêt stratégique est évident : assurer la pérennité de ses activités en réduisant les risques liés aux débris. Un orbite terrestre « propre » est dans l’intérêt de toutes les entreprises spatiales, et SpaceX, en tant que leader du secteur, a tout à gagner à prendre les devants.

Reste à savoir si cette version « poubelle » du Starship verra le jour. Comme le souligne Numerama, le défi technique est de taille, et la faisabilité dépendra des investissements consentis par SpaceX. Une chose est sûre : l’idée, bien que surprenante, s’inscrit dans une logique d’innovation continue, chère à Elon Musk.

Et maintenant ?

Pour l’instant, la proposition d’Elon Musk relève davantage d’une réflexion prospective que d’un projet concret. SpaceX devra d’abord évaluer la faisabilité technique et économique d’un Starship « éboueur spatial ». Si l’entreprise donne son feu vert, les premières esquisses pourraient être dévoilées dans les mois à venir, avec un calendrier de développement qui reste à préciser. En parallèle, la question de la régulation internationale des débris spatiaux, déjà sur la table des agences spatiales, pourrait gagner en urgence. Une collaboration entre acteurs publics et privés sera probablement nécessaire pour éviter une saturation de l’orbite terrestre.

Alors que le Starship continue d’évoluer avec des versions successives — comme le Starship V3, dont le douzième vol a été réalisé récemment — l’ajout d’une fonction de nettoyage spatial pourrait s’imposer comme une évolution majeure. Une chose est certaine : dans un secteur où la compétition est féroce, SpaceX ne manque jamais une occasion de repousser les limites.

Selon les propos d’Elon Musk et les déclarations passées de SpaceX, le Starship serait conçu pour saisir principalement des étages de fusées usagés, des satellites en fin de vie et d’autres débris de grande taille errant en orbite basse ou moyenne. Ces objets, souvent laissés à l’abandon après leur mission, représentent un risque majeur de collision avec des satellites actifs ou des missions habitées.

Aucun calendrier précis n’a été annoncé par SpaceX pour l’instant. L’idée reste pour l’heure au stade de la réflexion, comme l’a confirmé Elon Musk lui-même sur X. Tout dépendra des études de faisabilité et des décisions stratégiques de l’entreprise, qui pourraient intervenir dans les deux à cinq prochaines années si le projet est retenu.