Selon Courrier International, les Émirats arabes unis (EAU) et l’Iran semblent engagés dans une dynamique d’apaisement, une première depuis le début de la guerre entre Téhéran et une coalition dirigée par les États-Unis et Israël en 2024. « Tout indique que les Émirats cherchent à renouer avec un semblant de normalité après la plus grande crise depuis son indépendance, en 1971 », note le Financial Times, cité par Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- 3 000 attaques ont été menées par l’Iran contre les Émirats depuis le début du conflit, principalement par missiles et drones.
- Les EAU avaient adopté une position « faucon » en soutenant militairement les opérations contre l’Iran au début de la guerre.
- Abou Dhabi mise désormais sur le pragmatisme économique pour stabiliser ses relations avec Téhéran, malgré des tensions persistantes.
- Près de 20 000 Iraniens ont été autorisés à revenir aux Émirats après avoir quitté le pays en raison de l’hostilité ambiante.
- Le commerce bilatéral reprend progressivement, avec la réouverture des vols iraniens vers Dubaï et le rétablissement des liaisons maritimes traditionnelles.
Cette réorientation stratégique s’inscrit dans un contexte où les Émirats, autrefois parmi les plus bellicistes du Golfe, privilégient désormais la realpolitik. « Ils ont abandonné l’espoir d’un changement de régime à Téhéran et préfèrent composer avec lui », souligne le quotidien britannique. Cette approche s’explique notamment par la dépendance économique des EAU envers l’Iran, un partenaire commercial historique malgré les sanctions internationales.
Le marché iranien représente en effet un enjeu majeur pour Dubaï, qui sert de plateforme de réexportation pour les biens iraniens. « Un cageot de tomates pour 1,20 euro ne pourra venir que de l’Iran », a déclaré un homme d’affaires local au Financial Times. Les EAU importent également des produits agricoles iraniens à bas coût, essentiels pour leur marché intérieur. « L’Iran compte une population importante, un vaste marché de consommateurs et offre un avantage considérable pour Dubaï en tant que hub commercial », a expliqué un responsable émirati sous couvert d’anonymat.
Une communauté iranienne en partie rétablie
La reprise des relations entre les deux pays passe aussi par un retour progressif de la communauté iranienne aux Émirats. Quelque 20 000 Iraniens ayant quitté le pays au début de la guerre ou sous la pression des tensions anti-chiites ont été autorisés à rentrer. « Plusieurs centaines de milliers d’Iraniens vivent déjà à Dubaï », rappelle Courrier International, soulignant l’importance de cette diaspora dans les échanges culturels et économiques.
Cette politique de détente n’est pas unanime au sein du pouvoir émirati. Elle est portée par trois des frères de Mohammed ben Zayed, l’homme fort d’Abou Dhabi : Tahnoon, Mansour et Abdullah. Le premier, conseiller pour la sécurité nationale, est réputé pour sa ligne modérée envers l’Iran. Leur approche marque un tournant par rapport à la rhétorique plus agressive adoptée par les EAU au début du conflit.
Le commerce et les transports reprennent doucement
Les signes concrets d’un rapprochement se multiplient. À l’aéroport international de Dubaï, les premiers vols en provenance d’Iran ont été rétablis, tandis que les dhows – ces boutres traditionnels en bois – ont repris leurs traversées dans le Golfe pour transporter des marchandises entre les deux pays. Ces échanges, bien que limités, marquent une étape symbolique dans la normalisation des relations.
Les milieux économiques et politiques émiratis expriment désormais leur intérêt pour des investissements en Iran dès la fin du conflit. « On observe un appétit pour des projets communs une fois la paix revenue », indique le Financial Times. Cette perspective s’inscrit dans la stratégie globale des EAU, qui cherchent à diversifier leurs partenariats malgré leur alliance militaire indéfectible avec les États-Unis et leur rapprochement avec Israël.
Un pari audacieux et risqué
Cette politique d’apaisement envers l’Iran s’accompagne toutefois de défis majeurs. Les Émirats restent engagés dans une alliance militaire forte avec Washington et maintiennent leur partenariat stratégique avec Tel-Aviv. « Ils font un pari audacieux en cherchant à normaliser leurs relations avec Téhéran tout en renforçant leurs liens avec leurs alliés traditionnels », analyse Courrier International.
La question de la confiance persiste également. L’Iran a longtemps été perçu comme une menace par les pétromonarchies du Golfe, notamment en raison de son soutien à des groupes armés régionaux et de ses programmes balistique et nucléaire. La récente attaque massive de drones et missiles contre Israël en avril 2026, revendiquée par Téhéran, rappelle la volatilité de la situation.
En attendant, les Émirats continuent de naviguer entre pragmatisme économique et alliances stratégiques, dans un équilibre aussi fragile que nécessaire. Pour Téhéran, cette ouverture représente une opportunité de briser son isolement régional, mais aussi un risque de voir ses rivaux du Golfe tirer profit de sa situation sans rien concéder en retour.
La volte-face émiratie s’explique principalement par des considérations économiques et géographiques. L’Iran représente un marché important pour Dubaï, qui sert de plateforme de réexportation, et un fournisseur clé de produits agricoles à bas prix. De plus, les EAU, conscients de leur vulnérabilité face à Téhéran en raison de leur proximité géographique, privilégient désormais la stabilité régionale pour sécuriser leurs intérêts.
Plusieurs freins persistent. D’abord, la méfiance historique entre les deux pays, alimentée par des décennies de tensions et de rivalités régionales. Ensuite, le programme balistique et nucléaire iranien, perçu comme une menace par les pétromonarchies du Golfe. Enfin, les alliances militaires des EAU avec les États-Unis et Israël limitent la marge de manœuvre d’Abou Dhabi dans ses négociations avec Téhéran.