Le secteur de la programmation informatique, en première ligne face à l’essor de l’intelligence artificielle, pourrait déjà compter des milliers d’emplois en moins à cause de cette technologie. Selon Ouest France, des données de l’Insee révèlent en effet que l’automatisation des tâches de développement et de maintenance logicielle aurait un impact mesurable sur le marché du travail. Une tendance qui interroge autant les professionnels du secteur que les pouvoirs publics.
Ce qu'il faut retenir
- L’IA générative a commencé à affecter les postes dans la programmation informatique, selon des données de l’Insee rapportées par Ouest France.
- Les secteurs les plus exposés sont ceux impliquant des tâches répétitives ou standardisées, comme le développement de code basique.
- Entre 2022 et 2025, une baisse de 8 % des effectifs dans certains segments de la programmation a été enregistrée.
- Les jeunes diplômés en informatique pourraient être particulièrement vulnérables face à cette automatisation accélérée.
- Les entreprises adoptent progressivement ces outils, mais leur impact global sur l’emploi reste encore difficile à évaluer précisément.
Un secteur en mutation, sous l’effet de l’IA générative
Avec l’arrivée d’outils comme GitHub Copilot ou les assistants de codage intégrés aux environnements de développement, une partie des tâches autrefois réalisées par des développeurs est désormais automatisée. Ouest France indique que l’Insee a constaté une diminution des postes dans des domaines comme le développement web ou la maintenance de logiciels simples. Autant dire que les profils les plus exposés sont ceux dont le travail consiste à écrire du code standardisé, souvent pour des entreprises cherchant à réduire leurs coûts.
Les données de l’Insee, compilées entre 2022 et 2025, montrent que les entreprises ayant adopté massivement ces outils ont enregistré une baisse de leur besoin en recrutement pour des postes de niveau intermédiaire. Les développeurs seniors, en revanche, restent moins touchés, leur expertise étant plus difficile à reproduire par une IA.
Des chiffres qui divisent, mais qui confirment une tendance
Les chiffres avancés par Ouest France s’appuient sur une analyse des déclarations sociales et des offres d’emploi dans le secteur. Entre 2022 et 2025, le nombre d’offres d’emploi pour des postes de « développeur junior » a chuté de 12 %, tandis que les postes nécessitant des compétences en cybersécurité ou en architecture logicielle ont continué de progresser. Jean Martin, économiste à l’Insee, précise : « L’impact de l’IA sur l’emploi dans l’informatique n’est pas uniforme. Il dépend du niveau de technicité des tâches. »
Les régions les plus touchées sont celles où l’industrie logicielle est la plus présente, comme l’Île-de-France ou Auvergne-Rhône-Alpes. Certaines entreprises, comme des startups ou des ESN (Entreprises de Services du Numérique), ont déjà réduit leurs effectifs en recrutant moins de juniors, privilégiant des profils plus expérimentés ou des solutions automatisées.
Un marché du travail sous tension, entre opportunités et risques
Face à cette évolution, les acteurs du secteur s’interrogent sur l’avenir des métiers de la programmation. Si l’IA permet de gagner en productivité, elle soulève aussi des questions sur la qualité des produits finis. « Les outils d’IA générative produisent du code, mais il faut encore le valider, le tester et l’intégrer dans des systèmes complexes », rappelle Sophie Leroy, directrice d’une école d’ingénieurs en informatique à Lyon. Les professionnels insistent sur la nécessité de former les futurs développeurs à des compétences complémentaires, comme la gestion de projets ou l’optimisation de systèmes.
Les syndicats, eux, s’inquiètent de l’impact social. « On observe une polarisation du marché : d’un côté, des emplois hautement qualifiés, de l’autre, une précarisation des profils les moins expérimentés », explique Marc Dubois, secrétaire général de la CGT Informatique. Les formations continues et les reconversions professionnelles pourraient devenir essentielles pour limiter les risques de chômage dans ce secteur.
Une chose est sûre : l’IA n’est plus une menace lointaine pour les métiers de l’informatique, mais une réalité qui redessine déjà le paysage professionnel. Pour les acteurs du secteur, l’enjeu sera de concilier innovation et stabilité des emplois.
