Dans un essai intitulé « Bienvenue en 2055 : dans un monde neutre en carbone », publié aux éditions du Seuil, la géographe et spécialiste des risques environnementaux Magali Reghezza-Zitt brosse le portrait d’un avenir où les émissions de CO₂ auraient été drastiquement réduites, à condition d’appliquer sans délai les recommandations du GIEC. Selon Franceinfo - Politique, cette projection, bien que loin d’être idyllique, révèle des transformations profondes dans nos modes de vie, notre économie et notre rapport à l’environnement.
Ce qu'il faut retenir
- En 2055, la France pourrait atteindre des températures extrêmes, avec jusqu’à 50 °C à l’ombre, malgré une neutralité carbone atteinte.
- Les villes seraient silencieuses, marquées par une mobilité exclusivement douce (marche, vélo, transports collectifs électriques) et des logements plus petits mais mieux isolés.
- La « fast fashion » aurait disparu au profit de vêtements durables en fibres naturelles, et les emballages plastiques seraient quasi inexistants.
- La consommation de viande serait réduite de 50 %, tandis que les légumineuses et les productions locales domineraient l’alimentation.
- Des secteurs comme la forêt, le recyclage ou les métiers manuels connaîtraient un essor, compensant partiellement les destructions d’emplois dans l’industrie polluante.
- L’autrice insiste sur le rôle clé de la volonté politique pour accompagner ces transitions.
Un monde plus chaud, mais moins émetteur de CO₂
Si les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont menés à leur terme, la France de 2055 pourrait atteindre la neutralité carbone. Pourtant, comme le souligne Magali Reghezza-Zitt dans son ouvrage, ce monde ne serait pas épargné par les conséquences du réchauffement climatique déjà en cours. « On peut désormais atteindre les 50 degrés à l’ombre en France », rappelle l’autrice. Autant dire que les vagues de chaleur, déjà plus fréquentes en 2026, deviendraient monnaie courante, avec des conséquences directes sur la santé, l’agriculture et les écosystèmes.
Cette neutralité carbone impliquerait de cesser d’émettre plus de carbone que ce que la nature et les technologies ne peuvent absorber. Un défi colossal, alors que les émissions mondiales continuent d’augmenter en 2026. La géographe insiste : ce scénario n’est pas une utopie, mais une projection réaliste si les recommandations du GIEC sont suivies à la lettre. « Les solutions existent, mais elles nécessitent une rupture radicale avec nos habitudes », explique-t-elle.
Villes silencieuses, logements sobres et alimentation sobre
Les villes de 2055 seraient radicalement différentes de celles d’aujourd’hui. La mobilité y serait presque exclusivement douce : la marche, le vélo et les transports collectifs électriques deviendraient les modes de déplacement dominants. Les véhicules thermiques auraient disparu, remplacés par des alternatives non polluantes. Côté habitat, les logements seraient plus petits, mais mieux agencés et surtout mieux isolés, réduisant drastiquement les besoins en chauffage ou en climatisation – deux postes énergivores aujourd’hui.
Côté consommation, les emballages plastiques auraient presque totalement disparu. Les aliments seraient achetés en vrac, les médicaments vendus à l’unité, et les vêtements fabriqués à partir de fibres végétales ou animales, conçus pour durer. La « fast fashion », ce modèle économique basé sur la surconsommation de vêtements bon marché et jetables, n’existerait plus. « On mange aussi moins de viande », précise Magali Reghezza-Zitt. « Il y a toujours des barbecues, c’est écrit pour rassurer tout le monde. Mais la consommation de viande aurait chuté de 50 %, tandis que les légumineuses, les légumes de saison et les fruits locaux occuperaient une place centrale dans notre alimentation. » Des kiwis ou des agrumes, autrefois cantonnés à certaines régions, pousseraient désormais dans plusieurs zones de France.
Emploi : des destructions, mais aussi de nouvelles opportunités
Ces transformations n’allaient pas sans conséquences sur le marché du travail. Magali Reghezza-Zitt souligne que des secteurs comme l’industrie, la pétrochimie ou l’agroalimentaire verraient leurs effectifs diminuer fortement. « Il y aura des destructions d’emploi », reconnaît-elle. Mais à l’inverse, de nouveaux métiers émergeraient. Ceux liés à la gestion des forêts, au soin, au recyclage ou encore aux métiers manuels (travail du bois, de la pierre, des métaux) connaîtraient un essor. Bref, une économie plus circulaire, où la réparation et le recyclage deviendraient des piliers.
Pour l’autrice, tout cela suppose une volonté politique forte. « Les solutions sont là, mais elles nécessitent des choix ambitieux », explique-t-elle. Sans cadre réglementaire contraignant et sans investissements massifs dans les énergies renouvelables, les transports propres ou l’isolation des bâtiments, ces scénarios ne pourraient voir le jour. « En 2055, le monde ne sera pas parfait, mais il sera différent. Le vrai défi n’est pas technique, mais politique et social. »
Magali Reghezza-Zitt ne cache pas que ce monde neutre en carbone resterait marqué par les séquelles du réchauffement déjà en cours. Les événements météorologiques extrêmes, les pénuries d’eau ou les migrations climatiques continueraient de peser sur les sociétés. Pourtant, cette projection offre une lueur d’espoir : elle démontre que, malgré l’urgence climatique, des alternatives existent – à condition d’agir dès aujourd’hui. Le vrai débat n’est plus de savoir si un tel monde est possible, mais comment y parvenir.
Selon le GIEC, les leviers principaux incluent une réduction drastique des émissions de CO₂ dans les secteurs de l’énergie, des transports, du bâtiment et de l’agriculture, le développement massif des énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique, la capture et le stockage du carbone, ainsi qu’une transformation profonde des modes de production et de consommation, notamment dans l’alimentation et les biens manufacturés.