Depuis le 30 mai 2026, les jeunes Allemands sont invités à proposer leur mot de l’année, et un terme fait déjà figure de favori : « Mehrzweckeier ». Selon Euronews FR, ce mot, détourné de l’expression « Merz leck Eier », s’est imposé comme un symbole de contestation contre la réforme du service militaire et contre le chancelier Friedrich Merz. Le vote, ouvert jusqu’à la mi-juin, pourrait ainsi donner une résonance médiatique à ce néologisme contestataire.

Ce qu'il faut retenir

  • Le mot « Mehrzweckeier », dérivé de « Merz leck Eier », émerge comme candidat principal pour le mot de l’année des jeunes 2026 en Allemagne, selon l’éditeur Pons Langenscheidt.
  • Le terme est né dans le contexte des manifestations contre la réforme du service militaire obligatoire, avant de devenir une critique ciblée contre Friedrich Merz.
  • Des enquêtes judiciaires pour diffamation ont été ouvertes après des incidents lors de rassemblements, ce qui a amplifié la viralité du mot.
  • L’Union (CDU/CSU) propose de durcir encore l’article 188 du code pénal allemand, déjà renforcé en 2021, pour sanctionner davantage les insultes envers les responsables politiques.
  • Le nombre de procédures judiciaires pour ce type d’infractions est passé de 2 600 en 2025 à 4 500 récemment, selon le SPD.

Un mot né dans la contestation et détourné contre Merz

Le terme « Mehrzweckeier » – littéralement « œufs à usages multiples » – est un détournement humoristique et provocateur de l’expression « Merz leck Eier » (« Merz, lèche les œufs »), un appel à l’insulte à l’encontre du chancelier. L’origine de ce mot remonte aux manifestations contre la réforme du service militaire obligatoire, qui s’étendent depuis plusieurs mois dans tout le pays. L’expression est apparue sur une pancarte brandie par un lycéen de 18 ans lors d’un rassemblement à Berlin début mars 2026. La police a saisi l’objet, mais la diffusion du terme sur les réseaux sociaux a rapidement dépassé le cadre de l’incident.

Quelques semaines plus tard, à Giessen, une nouvelle enquête a été ouverte par le parquet local pour « suspicion initiale de diffamation et de calomnie à l’encontre de personnes de la vie politique ». Cette réaction des autorités judiciaires a provoqué l’indignation des internautes et accéléré la popularisation du mot. Sur Instagram, des utilisateurs ont partagé des images affichant « Merz leck Eier », tandis qu’un militant, se faisant appeler « sacksaftbeats », a rebaptisé plusieurs sièges locaux de la CDU en « Eierhaus » sur Google Maps, revendiquant 161 modifications visibles.

Friedrich Merz réagit à la polémique et dénonce un traitement inédit

Friedrich Merz n’est pas resté silencieux face à cette vague de critiques. Dans un entretien accordé au SPIEGEL, il a dénoncé le traitement réservé à sa personne : « Si vous regardez ce qui circule sur moi, la manière dont on m’attaque et dont on m’avilit – aucun chancelier avant moi n’a eu à subir cela », a-t-il déclaré. Cette réaction illustre l’ampleur prise par ce phénomène, qui dépasse désormais le cadre strict de la contestation contre la réforme militaire pour s’attaquer directement à sa personne.

Sur les réseaux sociaux, les appels à soutenir « Mehrzweckeier » pour le titre de mot de l’année des jeunes 2026 se multiplient. Sur Reddit, des internautes ont lancé des campagnes pour soumettre ce terme, certains commentaires allant de « erledigt » (« c’est fait ») à « I am doing my part » (« je fais ma part »), montrant l’engagement des jeunes dans ce vote symbolique.

L’article 188 du code pénal sous le feu des débats

Face à la multiplication des insultes envers les responsables politiques, l’Union (CDU/CSU) propose de durcir davantage l’article 188 du code pénal allemand. Cet article, déjà modifié en 2021 pour ajouter l’infraction d’injure, punissable jusqu’à trois ans de prison, permet désormais de poursuivre les insultes envers des responsables politiques même sans plainte de leur part. Cette réforme avait été justifiée par la nécessité de protéger les élus des attaques diffamatoires en ligne.

Les condamnations pour ce type d’infractions se multiplient. En Bade-Wurtemberg, un homme a été condamné à payer l’équivalent de presque un mois de salaire net pour avoir traité Merz de « Lügenfritz » (« Fritz le menteur ») dans un commentaire Facebook. À Heilbronn, un autre citoyen a écopé de 20 jours-amende pour avoir qualifié le chancelier de « Lackaffe » (« singe »), avant que la procédure ne soit classée après paiement d’une somme d’argent suite à un recours.

Liberté d’expression ou protection accrue des élus ?

La question divise profondément le paysage politique allemand. Certains membres de l’Union s’opposent au durcissement de l’article 188. Selon le SPIEGEL, le secrétaire général de la CDU, Carsten Linnemann, et le président du groupe parlementaire Jens Spahn, seraient hostiles à cette extension, prônant un retour au système antérieur à 2021 où les poursuites n’étaient possibles qu’à la suite d’une plainte de la victime.

À l’inverse, le SPD défend le maintien de l’article 188, arguant que la protection des responsables politiques contre les insultes et la diffamation reste indispensable. Carmen Wegge, porte-parole du groupe SPD sur les questions juridiques, a souligné que le nombre de procédures ouvertes pour ce type d’infractions est passé de 2 600 en 2025 à 4 500 récemment. De son côté, le député écologiste Erik Marquardt plaide pour l’abrogation pure et simple de l’article, estimant que la liberté d’expression doit primer.

Un mot de l’année 2026 attendu à l’automne

Quelle que soit l’issue du débat juridique, le mot « Mehrzweckeier » pourrait bien remporter le titre de mot de l’année des jeunes 2026. Les propositions sont ouvertes jusqu’à la mi-juin, avant qu’un Top 10 ne soit établi fin juillet. Le résultat final sera dévoilé à l’automne, offrant une tribune inattendue à ce terme né dans la contestation.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’issue de ce débat. D’ici la mi-juin, la campagne de propositions pour le mot de l’année se poursuivra, tandis que le Bundestag pourrait examiner une éventuelle nouvelle réforme de l’article 188 du code pénal. Les prochaines décisions judiciaires, notamment sur les affaires en cours liées à Merz, pourraient également peser dans la balance. Il reste à voir si ce mot, né d’une protestation spontanée, aura un impact durable sur le débat public.

Dans l’attente de ces décisions, « Mehrzweckeier » s’impose comme un symbole de la tension entre liberté d’expression et protection des responsables politiques, un sujet qui divise une société allemande en pleine mutation.

L’article 188 du code pénal allemand sanctionne l’injure, la diffamation et la calomnie envers les responsables politiques. Modifié en 2021, il permet désormais de poursuivre les insultes envers ces derniers même sans plainte de leur part, avec des peines pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.

Les propositions sont ouvertes jusqu’à la mi-juin 2026. Un Top 10 sera établi fin juillet, et le mot de l’année sera officiellement dévoilé à l’automne 2026.