Face à l’expansion des projets miniers aurifères dans la région de Caranavi, en Bolivie, trois municipalités ont adopté des lois locales interdisant toute activité d’extraction sur leur territoire. Cette initiative, portée par les producteurs de café et de cacao, vise à préserver les ressources hydriques et les terres agricoles, jugées vitales pour la survie économique de ces zones rurales. Selon nos confrères de Reporterre, cette résistance inédite illustre les tensions croissantes entre développement industriel et préservation des écosystèmes en Amérique latine.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois villes boliviennes — dont Caranavi — ont adopté des lois municipales interdisant l’exploitation minière sur leur territoire.
  • Les producteurs de café et de cacao de la région craignent que les projets aurifères ne dégradent les sols et les ressources en eau.
  • La rivière Yara, affluent du Coroico puis de l’Amazone, est au cœur des préoccupations environnementales des habitants.
  • Ces mesures locales s’inscrivent dans un contexte de multiplication des concessions minières en Bolivie sous pression économique.

Des lois municipales pour contrer une menace industrielle

À Caranavi, chef-lieu de la province de Nor Yungas, les élus locaux ont franchi le pas en votant des textes stricts. Ces lois visent explicitement à bloquer l’implantation de mines d’or, une activité en pleine expansion dans la région. « Ce serait la fin pour nous », a confié un producteur de café sous couvert d’anonymat, évoquant les risques de pollution des sols et des cours d’eau. D’après Reporterre, ces décisions reflètent une prise de conscience collective parmi les habitants, dont l’économie repose largement sur l’agriculture.

Les nouvelles règles s’ajoutent aux réglementations nationales, mais leur portée est limitée. Elles n’ont pas de valeur légale au-delà des frontières communales, sauf si elles sont validées par des instances supérieures. Pourtant, elles envoient un signal fort aux investisseurs et aux autorités centrales, souvent accusées de privilégier l’exploitation minière au détriment des activités traditionnelles.

Une région sous pression entre orpaillage et agriculture

Sur les hauteurs de Caranavi, les paysages verdoyants contrastent avec les zones déboisées et les cours d’eau boueux en aval, où se mêlent les eaux claires de la Yara et les eaux terreuses du Coroico. Ces dernières rejoignent le fleuve Beni, puis l’Amazone après un parcours de plusieurs milliers de kilomètres. Les agriculteurs locaux pointent du doigt l’orpaillage, qui contribue à la déforestation et à la contamination au mercure. Selon des études citées par Reporterre, certaines communautés amérindiennes voient leur accès à une eau potable saine menacé par ces activités.

Les producteurs de cacao, dont les fèves sont exportées vers l’Europe, redoutent une chute de leur production si les sols venaient à être pollués. « Sans nos rivières, sans nos forêts, nous n’avons plus rien à vendre », a expliqué un cultivateur rencontré sur place. Ces craintes s’appuient sur des exemples voisins, où l’exploitation minière a déjà causé des dégâts irréversibles aux écosystèmes.

« Ce serait la fin pour nous. »

Un producteur de café de Caranavi, s’exprimant sous anonymat

Et maintenant ?

Ces initiatives municipales pourraient servir de modèle à d’autres collectivités en Bolivie, où la question minière divise. Les prochains mois seront décisifs : les autorités régionales doivent trancher sur la validité juridique de ces lois, tandis que les associations environnementales préparent des recours contre les projets aurifères en cours. Une audience devant le tribunal administratif de La Paz est d’ores et déjà programmée pour le 15 octobre 2026, selon les informations de Reporterre.

Pour l’heure, la tension reste palpable. Les habitants de Caranavi, comme ceux des deux autres villes ayant adopté des lois similaires — Coroico et Coripata —, attendent des garanties. Leurs craintes portent aussi sur l’avenir des négociations commerciales avec l’Union européenne, où des clauses environnementales pourraient être renforcées dans les mois à venir. Une chose est sûre : cette mobilisation locale a placé la Bolivie sous les projecteurs, forçant le débat sur l’équilibre entre développement économique et sauvegarde des ressources naturelles.

L’orpaillage artisanal et industriel en Bolivie entraîne une déforestation massive, une pollution des sols par les métaux lourds et une contamination des cours d’eau au mercure, utilisé pour séparer l’or des sédiments. Ces polluants affectent la biodiversité et la santé des populations locales, notamment les communautés amérindiennes dépendantes des rivières pour leur alimentation et leur agriculture.