Alors que la Chine et les États-Unis s'affrontent dans une course à l'intelligence artificielle où Pékin vise la première place d'ici 2030, le pays mise sur des programmes scolaires intensifs pour former une génération de génies de l'IA. Selon Le Figaro, ces cursus d'élite, réservés aux élèves les plus prometteurs en mathématiques et en informatique, transforment l'éducation en un véritable entraînement professionnel dès le plus jeune âge.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine forme ses futurs experts en IA dès le collège via des classes spécialisées en STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques).
- Ces programmes visent à permettre aux élèves d'intégrer les universités prestigieuses sans passer par le Gaokao, l'examen national redouté.
- Les participants s'entraînent jusqu'à 8 heures par jour pour remporter les Olympiades nationales d'informatique et figurer parmi les 50 premiers.
- Malgré ces efforts, le pays peine à retenir ces talents, qui quittent souvent la Chine après leurs études.
Des journées rythmées par la compétition et la performance
Au sud de Nankin, dans l'est de la Chine, des lycées sélectionnent les élèves les plus doués en mathématiques et en algorithmique pour les intégrer à des classes spéciales. Comme le rapporte Le Figaro, ces adolescents suivent un rythme digne d'un sportif de haut niveau : le matin, des concours blancs de cinq heures sont organisés, suivis d'une pause déjeuner puis d'analyses approfondies des résultats l'après-midi. L'objectif ? Maîtriser de nouveaux algorithmes et enchaîner les exercices pour dominer les Olympiades nationales d'informatique.
« C'était comme un entraînement sportif professionnel. Le matin, on faisait un concours blanc de 8h à 13h. Ensuite pause déjeuner, puis l'après-midi on analysait les résultats, on apprenait de nouveaux algorithmes et on faisait des exercices », a expliqué Li Wei (le nom a été modifié), un ancien participant repéré dès le collège pour son talent exceptionnel. Ces sessions intensives permettent aux élèves de se préparer à un enjeu majeur : intégrer les universités chinoises les plus prestigieuses, comme l'Université de Tsinghua ou celle de Pékin, sans avoir à passer le Gaokao, cet examen national jugé si exigeant qu'il peut déterminer toute une vie.
Une stratégie nationale pour dominer l'IA d'ici 2030
Ces dispositifs éducatifs s'inscrivent dans une ambition plus large : faire de la Chine le principal centre d'innovation en intelligence artificielle d'ici la fin de la décennie. Selon Le Figaro, les classes spécialisées en STEM constituent le socle de cette stratégie, avec pour objectif de produire une main-d'œuvre hautement qualifiée capable de rivaliser avec les géants américains du secteur. Les autorités chinoises ont ainsi multiplié les investissements dans l'éducation et la recherche, en ciblant notamment les disciplines liées à l'IA et à l'apprentissage automatique.
Pour autant, cette approche ne se limite pas à la formation des futurs talents. Elle s'accompagne d'une politique incitative visant à attirer les chercheurs et ingénieurs, tout en développant des écosystèmes technologiques compétitifs. Des initiatives comme le Plan national de développement de l'IA, lancé en 2017, illustrent cette volonté de structurer une filière complète, de la recherche à l'application industrielle. Pourtant, malgré ces efforts, un défi majeur persiste : retenir ces cerveaux une fois leur formation achevée.
Un vivier de talents qui peine à rester en Chine
Si la Chine excelle dans la formation de ses élites scientifiques, le pays fait face à un paradoxe : une partie importante de ces nouveaux diplômés choisissent de quitter le territoire pour travailler à l'étranger, notamment aux États-Unis ou en Europe. Ce phénomène, souvent appelé « fuite des cerveaux », touche particulièrement les secteurs high-tech comme l'IA, où les opportunités salariales et les conditions de travail sont parfois plus attractives à l'étranger.
Les raisons de ces départs sont multiples. D'une part, les salaires proposés en Chine, bien que élevés pour les standards locaux, restent inférieurs à ceux offerts par les géants technologiques américains. D'autre part, l'environnement professionnel à l'étranger offre souvent plus de liberté académique et d'accès à des infrastructures de recherche de pointe. « Toute notre énergie est dépensée à courir après les classements », confie un ancien participant, soulignant ainsi la pression constante subie par ces jeunes prodiges pour maintenir leur rang dans un système où la performance est sans cesse mesurée.
Pour l'instant, les prochaines Olympiades nationales d'informatique, prévues en juin 2026, serviront de baromètre pour évaluer l'efficacité de cette stratégie. Si les résultats sont au rendez-vous, Pékin pourrait renforcer ses dispositifs ; dans le cas contraire, le pays devra peut-être revoir sa copie pour éviter de voir ses futurs génies d'IA s'envoler vers l'étranger.
En attendant, la course à l'innovation se joue aussi dans les salles de classe, où des adolescents de moins de 18 ans enchaînent les concours et les algorithmes pour tenter de façonner l'avenir technologique de leur pays.
Le Gaokao, ou « test d'évaluation supérieur », est un examen national qui conditionne l'accès aux universités chinoises les plus prestigieuses. Considéré comme l'un des examens les plus exigeants au monde, il peut durer jusqu'à neuf heures par jour sur deux jours et couvre des matières aussi variées que les mathématiques, la littérature et les sciences. Les résultats déterminent non seulement l'orientation universitaire des élèves, mais aussi leurs perspectives professionnelles, ce qui en fait une source de pression extrême pour des millions de lycéens chaque année.
